La Vie extérieure est un recueil littéraire français écrit par Annie Ernaux publié pour la première fois en 2000. L'ouvrage prend la forme d'un journal faisant constat de la vie de tout les jours de son autrice, retraçant son environnement de 1993 à 1999[1].
La Vie extérieure reprend la forme du précédent livre de l'autrice Journal du dehors, qui lui retrace la décennie d'un point de vue de spectateur observant des scènes du quotidien dans les transports en commun et les supermarchés de 1985 à 1993[1]. La Vie extérieure en est donc la suite chronologique sans pour autant l'être d'un point de vue de narration, l'autrice ne faisant jamais référence explicite à des évènements survenus dans Journal du dehors. Elle fera en revanche référence durant tout l'ouvrage à plusieurs évènements politiques marquants de la décennie comme par exemple l'épidémiologie du sida ou encore Les bombardements de l'OTAN sur la Yougoslavie.
Résumé
1993
Dans le premier chapitre, l'autrice retracera plusieurs de ses trajets dans le RER A entre Cergy et Paris, ou elle y dépeindra des scènes du quotidien entre des jeunes, des familles, avec toujours un ton neutre. S'en suivra des scènes de vie dans des galeries marchandes ou des grands magasins, on y retrouve à ce stade déjà les premières scènes d'inégalité de classe. Quelques passages visent à replacer son époque, on y trouve les premiers passages parlant du Sida, le chapitre se terminant le , journée du sida.
On ne peut pas faire de récit ou de description de cela, même sur le mode de l'indignation. La seule chose à faire serait que tous les gens de France et d'Europe se rassemblent sur les places et exigent des gouvernements la solution du conflit. Si on ne le fait pas, c'est que cette guerre et ces enfants morts sur le marché de Sarajevo sont pour nous moins importants que le loto, le film du soir à la télé, qu'ils ne nous sont qu'un bruit de fond tragique. "La honte nous étreint tous" clament certains intellectuels. Ils se trompent, la réalité lointaine ne fait pas honte.
Le reste du chapitre est plus centré sur les artistes de rue et les mendiants, ainsi que sur le traitement des femmes sur un plan intellectuel, en évoquant une rencontre avec Taslima Nasreen, puis en terminant son chapitre sur un homme tentant de séduire une femme plus jeune dans un café.
La première entrée du chapitre annonce la découverte du corps de Céline Figard, française morte assassinée à Londres. L'autrice y parle également plus de sa vie, en plaçant pour la seule fois du livre une scène directement chez elle, évoquant la découverte d'une souris morte dans sa cuisine, ce qui l'attriste. "J'ai rompu un lien qui ressortit aux vivants."
1997
Ici, c'est l'autrice qui est directement prise dans un mouvement de foule suite à une attaque survenue à Chatelet. Elle s'étonne elle même du calme de la foule, ainsi que de son propre sang froid une fois l'épisode passé. Elle évoque également plusieurs morts médiatiques marquantes de cette année, comme celle de Lady Diana, Jeanne Calment ou encore celle de Gabrielle Russier.
L'un des thèmes principaux du chapitre est également la montée de l'extrême droite en France.
17 février
Quarante-cinq pour cent des gens trouveraient bon qu'il y ait des députés du Front National à l'assemblée.
20 février
Brunot Mégret, sur Europe 1: "Nos idées se répandent dans la population française, nous n'avons pas besoin d'avoir une quinzaine de député."
Elle y déplore également le débat sur la loi Debré.
Le chapitre se conclut sur la mort de Imad Bouhoud assassiné par un nationaliste néo-nazi.
1998
Ici, Ernaux propose des passages plus encré dans ses réflexions personnelles qu'elle vient sourcer directement dans des expériences de tout les jours, là ou elle gardait une place de spectatrice dans les précédents chapitres.
1999
C'est dans ce chapitre que l'autrice parlera le plus du Siège de Sarajevo, et de la cause Serbe, thème majeur du livre. Elle parlera également énormément de la montée de la délinquance, et s'interrogera sur l'avenir du monde lorsqu'arrivera le 21eme siècle.
Analyse de l'œuvre.
Genre
Malgré une forme rappelant un journal intime, Vie Extérieure se détache rapidement du genre, de part la centralisation d'une dimension universelle plus que par l'expérience d'un individu propre, Annie Ernaux se détachant encore plus du je que dans son précédent livre Journal du dehors, déjà qualifié d'anti-journal intime[2].
Ici, Annie Ernaux joue une nouvelle fois avec la sociologie, et se permet de nombreuses déconstructions du genre biographique ou introspectif pour véritablement déconstruire le "je", elle se retrouve alors par elle même un nouveau genre littéraire mêlant l’auto-construction et l’auto-orientation de la réception[3]. On y retrouve des thèmes chers à l'autrice, comme son expérience de transfuge des classes, qu'elle partage avec Bourdieu.
Style
En utilisant le "je transpersonnel", Ernaux s'efface rapidement au long du livre pour un "je" devenant alors un oeil générique et impersonnel qui viendra placer au premier plan des classes souffrant d'oppression au sein même d'un environnement populaire, comme les femmes, les sans-abris, et plus généralement les marginaux. De fait, elle permet ainsi au spectateur d'interroger son quotidien quant à ses agissements, et ses préoccupations morales[4].
↑KATARZYN ATHIEL-JAŃCZUK, JOURNAL DU DEHORS E T LA VIE EXTERIEURE
D'ANNIE ERNAUX: L'ENGAGEMENT AU QUOTIDIEN., Universite Adam Mickiewicz, Pologne, , 16p. (ISBN83-232-1270-8, lire en ligne)