La nature de la firme
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Article académique (d) |
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| Traduction |
Cécile Thiébault |
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« La Nature de la firme » (The Nature of the Firm) est un article de Ronald Coase paru dans la revue de sciences économiques Economica en 1937. Il y développe une explication des raisons pour lesquelles les individus choisissent de former des entreprises, des sociétés et d'autres entités commerciales plutôt que de commercer bilatéralement par le biais de contrats sur un marché. L'auteur reçoit le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel en 1991, notamment pour cet article. Malgré cette distinction, Ronald Coase, ayant rédigé cet article pendant sa scolarité, l'a décrit plus tard comme « un simple devoir d'étudiant »[1].
L'article soutient que les entreprises sont créées car elles sont plus efficace que les individus face aux coûts de transaction inhérents à la production et aux échanges[2],[3]. Plusieurs économistes tels qu'Oliver Williamson[4], Douglass North[5], Oliver Hart, Bengt Holmström, Armen Alchian et Harold Demsetz ont approfondi les travaux de Coase sur les entreprises, les coûts de transaction et les contrats[2], Les économistes et des politologues ont utilisé les travaux de Coase pour expliquer le fonctionnement des organisations en général, et pas seulement celui des entreprises[3],[4]. Les travaux de Ronald Coase ont fortement influencé la Nouvelle économie institutionnelle[3].
L'article de Ronald Coase établit une distinction entre les marchés en tant que mécanisme de coordination et les entreprises en tant que mécanisme de coordination[6].
Puisque que la production pourrait se poursuivre sans aucune organisation, Ronald Coase se demande : « Pourquoi et dans quelles conditions devrions-nous nous attendre à ce que des entreprises émergent ? »[7] Puisque les entreprises modernes ne peuvent émerger à la seule condition qu'un entrepreneur, quel qu'il soit, commence à embaucher du personnel, l'analyse de Coase examine les conditions dans lesquelles il est judicieux pour un entrepreneur de recourir à du personnel salarié plutôt que de sous-traiter une tâche particulière[8].
La théorie économique traditionnelle de l'époque suggére que, puisque le marché est « efficient » (c'est-à-dire que ceux qui sont les mieux placés pour fournir chaque bien ou service au moindre coût le font déjà), il devrait toujours être moins cher de sous-traiter que d'embaucher[8].
Ronald Coase a toutefois souligné que le recours au marché engendre de nombreux coûts de transaction ; le coût d’acquisition d’un bien ou d’un service sur le marché dépasse en réalité le prix "normal" de ce bien. D’autres coûts, tels que les coûts d'innovation et d’information, les coûts de négociation, la protection des secrets commerciaux, ainsi que les coûts de surveillance et de répression, peuvent tous s’ajouter au coût total d’acquisition. Cela laisse supposer que les entreprises se formeront lorsqu’elles seront en mesure de produire elle-même ce dont elles ont besoin et d’éviter ainsi ces coûts[8].
Il existe toutefois une limite naturelle à ce que les entreprises peuvent produire elle-même. Ronald Coase observe « des rendements décroissant de la fonction entrepreneuriale », notamment une augmentation des frais généraux et une propension à l'erreur d'allocation des ressources plus importante, pour un manager. Il s’agit d’un coût compensatoire à l’utilisation de l’entreprise[8].
Ronald Coase soutient que la taille d'une entreprise (mesurée par le nombre de relations contractuelles « internes » à l'entreprise et « externes » à l'entreprise) résulte d'un équilibre optimal entre les tendances contradictoires des coûts décrits précédemment. En général, agrandir l'entreprise est avantageux dans un premier temps, mais la loi des rendements décroissants, finit par empêcher une croissance indéfinie.
Toutes choses égales par ailleurs ( ceteris paribus ), une entreprise aura tendance à grandir :
- Plus les coûts d'organisation sont faibles et plus lentement augmentent ces coûts quand le nombre de transactions à organiser augmentent.
- Plus l'augmentation du nombre d'erreurs est faible avec l'augmentation du nombre de transactions organisées.
- Plus la variation du prix d'approvisionnement des facteurs de production aux entreprises est proportionnelle à la taille de celles-ci.
Les deux premiers coûts augmentent avec la répartition spatiale des transactions organisées et leur hétérogénéité. Ceci explique pourquoi les entreprises ont tendance à être implantées dans des zones géographiques distinctes ou à exercer des fonctions différentes. Par ailleurs, les évolutions technologiques qui réduisent le coût de l'organisation des transactions à distance entraînent une augmentation de la taille des entreprises ; l'avènement du téléphone et des voyages aériens à bas prix, par exemple, devrait accroître leur taille. Dans le même ordre d'idées, l'utilisation d'Internet et des technologies modernes de l'information et de la communication semble favoriser l'émergence d' organisations dites virtuelles[8].
Ronald Coase ne prend pas en compte les relations non contractuelles, comme celles amicales ou familiales[8].
Réactions
En 1991, Ronald Coase reçoit le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel. Son article a permis de mettre en lumière l'importance des coûts de transaction et des droits de propriété pour la structure institutionnelle et le fonctionnement de l'économie[9].
Cet article a eu un impact considérable sur le domaine de la microéconomie, notamment en fondant le corps de recherches consacré à la théorie de la firme. Selon Google Scholar, il a été cité plus de 59 000 fois en .
Cet article a été cité par Yochai Benkler dans son article « Coase's Penguin, or, Linux and The Nature of the Firm »[10], où il établit un lien entre l'essai de Coase et l'émergence de communautés de production collaborative fondées sur les communs via Internet. Benkler considère notamment cette production collaborative comme un troisième mécanisme de coordination des transactions économiques, en complément de la dichotomie entre marchés et hiérarchies. Dans le titre de l'article, le terme « pingouin » fait référence au logo du système d'exploitation Linux, soulignant ainsi la remise en question de l'œuvre de Coase par des mécanismes différents de ceux des marchés et des entreprises. Pour Benkler, la solution réside dans la substitution des coûts de transaction, tels qu'ils sont présentés dans l'œuvre de Coase, par le concept de coût d'opportunité informationnel, afin d'expliquer l'émergence de la production collaborative fondée sur les communs.
Le Rapport sur le développement dans le monde 2019 de la Banque mondiale sur l’évolution de la nature du travail suggère que les entreprises et les processus de production deviennent moins intégrés verticalement à mesure que la technologie rend moins coûteux le recours au marché libre pour compléter des parties du processus de production.