Lac de Montriond
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Lac de Montriond | |||
Le lac de Montriond depuis la rive est. | |||
| Administration | |||
|---|---|---|---|
| Pays | |||
| Département | Haute-Savoie | ||
| Région | Auvergne-Rhône-Alpes | ||
| Fait partie de | Nappe de la Brèche | ||
| Géographie | |||
| Coordonnées | 46° 12′ 30″ N, 6° 43′ 40″ E | ||
| Type | Lac de barrage | ||
| Origine | Glissement de terrain | ||
| Montagne | Massif du Chablais | ||
| Superficie | 0,32 km2 |
||
| Longueur | 1,3 km | ||
| Largeur | 0,3 km | ||
| Altitude | 1 055 m | ||
| Profondeur · Maximale |
18,5 m |
||
| Volume | 2,7 M m3 | ||
| Hydrographie | |||
| Alimentation | Dranse de Montriond, nant de Lens, nant de la Lapiaz et deux sources sous-lacustres[1] | ||
| Émissaire(s) | Dranse de Montriond[1] | ||
| Géolocalisation sur la carte : France
Géolocalisation sur la carte : Haute-Savoie
| |||
| modifier |
|||
Le lac de Montriond se trouve en Haute-Savoie sur la commune de Montriond, dans le Chablais français. C'est le plus grand lac du massif du Chablais[1], le troisième plus grand lac de Haute-Savoie et un géosite du Géoparc du Chablais[2].
Situation
Le lac se situe dans la partie aval de la vallée de la Dranse de Montriond, une vallée orientée ENE-OSO et qui s'ouvre sur la vallée d'Aulps. Il est délimité au nord par un ensemble de relief comprenant la pointe de la Chavache, la pointe d'Entre Deux Pertuis et la pointe de Nantaux. Au sud, le lac est dominé par les falaises de la montagne de Seraussaix. Le lac est accessible principalement depuis Montriond par la route départementale 228 mais peut aussi être atteint depuis le col de la Joux Verte et les Lindarets.
Géologie

Le lac de Montriond se situe dans une ancienne vallée glaciaire creusée dans la nappe de la Brèche qu'il occupe longitudinalement. Le fond de la vallée et les pentes sous les falaises ceinturant le lac sont composés par les schistes ardoisiers tandis que ces mêmes falaises sont représentées par la Brèche supérieure[3]. C'est de cette unité que provient l'écroulement à l'origine du lac de Montriond[2]. Les berges de la rive sud du lac sont composées d'éboulis provenant de la Brèche supérieure, auquel se rajoute le barrage d’éboulis à l'origine du lac. Les rives nord et est sont recouvertes par des dépôts glaciaires quaternaires qui sont constitués de moraine sur les pentes et de reliques d'un cône de déjection au fond de la vallée en amont du lac.
Hydrologie

L'alimentation principale du lac de Montriond est la Dranse de Montriond auquel s'ajoutent les nants de la Lapiaz (rive gauche) et de Lens (rive droite) ainsi que deux sources sous-lacustres identifiées lors de l'assèchement du lac pour les travaux d'étanchéification au début des années 1990 et au débit équivalent à la Dranse de Montriond[1]. La Dranse de Montriond est aussi son principal émissaire ainsi que des pertes sous-lacustres au niveau du barrage (plus de 1 000 sont répertoriés à l'automne 1989[4]), particulièrement actives avant les travaux d'étanchéification (3 l/s[4] à 5-6 l/s[5]), et dont l'émergence se situait 280 à 320 m en aval du seuil[1].
La forte pression touristique en aval du lac (station d'Avoriaz, hameau des Lindarets) peut entrainer une dégradation de la qualité de l'eau. La turbidité de l'eau pourrait résulter de l'important ravinement des pentes aménagées pour le ski[1],[5].
Histoire
Formation du lac
Alphonse Favre (en) considère que l'apparition du lac de Montriond serait lié à la présence d'une moraine[6]. André Delebecque contredit cette hypothèse et y voit davantage le résultat d'un écroulement qui a barré la vallée, formant un barrage bloquant l'écoulement de la Dranse de Montriond[7]. Cette thèse est par la suite reprise[1],[5] et sera confortée par la découverte de débris de bois fossiles à la base des dépôts lacustres et dont la datation par le carbone 14 a permis de déterminer que l'écroulement s'est produit pendant la seconde moitié du XVe siècle. La niche d'arrachement, toujours bien visible dans le paysage, se situe sur la rive droite, sous le Saix Travesci (1 729 m), au sud de la pointe de Nantaux[1].
Aménagements

Le barrage initial de blocs n’étant pas étanche, il se traduisait par de grandes variations du niveau lacustre, de l’ordre de 10 m. Des travaux d'étanchéification sont alors entrepris vers 1900 par le Baron Albert de l’Espée[4] avec la construction d'un barrage en bois, complété de glaise, autour des zones d'infiltration mais sans succès[1]. Des essais d'obturation des pertes avec du goudron sont ensuite effectués dans les années 1970 mais toujours sans succès.
Par souci d'améliorer l'offre touristique, d’importants travaux d’étanchéification sont entrepris au début des années 1990[8] pour stabiliser son niveau à la cote actuelle (1 067 m). Ils ont consisté en la pose de 15 000 m2 d'un film en polyéthylène en 1991 sur un terrain préalablement aplani puis recouvert d'argile, prélevée dans la partie amont du lac à l'automne 1990[4]. Ces travaux nécessitèrent d'assécher partiellement le lac. Seule restait une zone inondée de 3 ha couverte de 2 m d'épaisseur d'eau[1].
Parallèlement à ces aménagements, deux parkings sont construits en aval, sur l'emplacement originel du déversoir, et en amont[4]. Un espace de baignade aménagée est aussi construit sur la rive ouest. Enfin le rachat par la mairie de Montriond des parcelles bordant la rive sud du lac permet la création d'un chemin pédestre ceinturant le lac[4].
Chalet du baron de l'Espée
Le Baron Albert de l’Espée fait construire un chalet à proximité de l'exutoire du lac en 1895[4],[9]. Il se tient à l'emplacement d'une chapelle désaffectée située au commencement du lac, sur un tertre aisé d'accès. Érigée quarante ans plus tôt par l'abbé Cottet, elle est vouée à la haine quasi-générale des habitants de la vallée. La rumeur publique accuse son fondateur d'être à l'origine de l'affaire des possédées de Morzine. Autour de la chapelle maudite qu'il intègre à son projet, c'est un chalet de bois pimpant et immense qui s'ajoute à sa collection déjà riche de résidences. Sa définition du chalet est relative : certes, sa nouvelle création en a l'apparence, mais l'intérieur est tout autre et étonne les visiteurs de la vallée le découvrant avec la complicité du gardien, face à tous ces aménagements inédits dans une contrée si reculée[10].
Au centre, largement ouvert sur le lac par de grandes fenêtres, un hall-salon aux parois lambrissées de pitchpin ciré abrite le sempiternel orgue. Mais il se distingue des autres par sa mobilité, pouvant être déplacé jusqu'à la terrasse, et aussi parce qu'il a été commandé au facteur Joseph Merklin de Lyon. Cet orchestrion est un étonnant mélange de piano mécanique et d'orgue de Barbarie, à tuyaux d'étain et de bois, avec dérouleur de partitions. Tout morceau musical doit être arrêté par un trou percé dans la partition, correspondant au mot « finir ». Cet effet consiste à faire fermer les introductions d'air aspiré dans toute la mécanique. Aussi, cet ingénieux système produit l'arrêt du moteur électrique et embraye, sur la soufflerie qui est toujours en marche, la rotation inverse du rouleau sur lequel se trouve le morceau de musique. Lorsque ce morceau est de nouveau enroulé, se produit un déclenchement automatique, arrête ce mouvement inverse à la marche et permet d'enlever ce morceau pour en mettre un autre à la place. Les villageois ignorent qu'ils sont les seuls à connaître cet instrument qui n'existe nulle part ailleurs. Ils découvrent également les chambres spacieuses, richement ornées de boiseries ouvragées, deux salles de bains alors que nul ici ne possède encore l'eau courante, une salle à manger où pourrait banqueter la moitié de la paroisse et une cuisine avec monte-plat électrique[10].
Pour ces montagnards vivant aussi rudement que leurs ancêtres, la découverte de l'électricité est le clou de la visite. Pour équiper sa demeure, le propriétaire a détourné l'eau du petit torrent dévalant derrière sa maison pour la faire couler dans son sous-sol. Là, une usine miniature équipée de turbine, dynamo et accumulateurs suffit à alimenter tout l'édifice. Mais les surprises ne sont pas finies : les villageois apprennent aussi que l'homme a ouvert une carrière là-haut, vers « l'envers du lac », parce qu'il trouve que ses eaux sont trop basses. En effet, à chacun de ses séjours estivaux, il déplore que ce niveau soit inférieur à celui des autres saisons. Pour un meilleur colmatage des fuites souterraines de cette vaste étendue d'eau née quelques siècles plus tôt lors d'un effondrement de la montagne, il décide d'ériger un barrage, selon lui seul moyen de stabiliser ce niveau. Actuellement, ce barrage est détruit ; seules sont visibles ses ruines quand les eaux sont basses. Le soir, afin d'oublier les soucis de ses chantiers, il se détend en écoutant son orgue jouer du Richard Wagner, du Richard Strauss, ainsi que l'hymne allemand Deutschland über alles, que les villageois connaissent désormais par cœur, comme se souvinrent longtemps après les anciens du village[10].
La maison est vendue à des hôteliers suisses qui l'exploitent jusqu'en 1939 puis est revendue à Pernod qui la transforme en colonie de vacances pour ses employés et leurs enfants[4]. Elle est enfin rachetée fin 1994 par la commune de Montriond. Le bâtiment est détruit et remplacé par une salle communale en 2008 qui prend le nom de « domaine du Baron ».