Lac de Réghaïa
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| Lac de Réghaïa | ||
| Administration | ||
|---|---|---|
| Pays | ||
| Wilaya | Alger | |
| Commune | Réghaïa | |
| District forestier | Conservation des Forêts d'Alger | |
| Statut | Lac et zone humide protégée | |
| Géographie | ||
| Coordonnées | 36° 46′ 17″ N, 3° 20′ 38″ E[1] | |
| Type | Lac côtier et complexe humide | |
| Superficie | 75 km2[2] |
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| Altitude | 4 à 35 m[2] | |
| Volume | 3 hm3 | |
| Hydrographie | ||
| Bassin versant | 842 km2[2] | |
| Alimentation | Oued Réghaïa, oueds affluents du bassin versant (dont Oued El Hamiz), ruissellement et apports diffus |
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| Émissaire(s) | Oued Réghaïa | |
| Divers | ||
| Commentaire | Site Ramsar (site n° 1304) ; réserve naturelle en projet/gestion | |
| Géolocalisation sur la carte : Algérie
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Le lac de Réghaïa est un lac côtier et un complexe humide situés dans la commune de Réghaïa, à environ 30 km à l’est d’Alger, sur la frange littorale de la Mitidja. Le site constitue un ensemble de milieux (plan d’eau douce, marais, dunes, maquis et zone marine) reconnu au titre de la Convention de Ramsar comme zone humide d’importance internationale (site n° 1304)[2].
Le lac et ses marais se situent en arrière du littoral, à proximité de la RN24 et de l’embouchure de l’Oued Réghaïa. Le complexe humide s’inscrit dans une zone fortement contrainte par l’urbanisation et les infrastructures de l’est algérois, tout en restant l’un des principaux réservoirs de biodiversité du secteur[2].
Origine et fonctionnement
Le lac de Réghaïa correspond à un système estuarien/lagunaire dont l’embouchure est structurée par un cordon dunaire séparant les eaux continentales de la Méditerranée. Une digue implantée à environ 600 m en amont du rivage retient une lame d’eau douce plus permanente et favorise l’extension des marais associés, avec une forte variabilité saisonnière des niveaux d’eau et des paramètres physico-chimiques[2].
Le bassin versant (842 km2) draine des apports provenant de l’axe de l’Oued Réghaïa et d’un réseau d’oueds et de drains, avec des contributions d’origine urbaine, industrielle et agricole identifiées par plusieurs études comme facteurs majeurs de dégradation de la qualité de l’eau[3].
Milieux et habitats
La fiche descriptive Ramsar décrit un complexe d’habitats articulé autour de cinq ensembles :
- Plan d’eau douce : environ 75 ha, constituant le lac au sens strict[2].
- Marais maritime et roselières : environ 16,85 ha, zones clés pour l’avifaune et la filtration naturelle[2].
- Cordon dunaire : environ 48 ha, barrière sableuse littorale jouant un rôle de protection et de fermeture partielle de l’embouchure[2].
- Zone marine : environ 500 ha autour de l’îlot Aguelli (ou Bounettah/Bounetah), inclus dans le périmètre fonctionnel du site et utilisé notamment comme zone de nidification par certaines espèces d’oiseaux marins et littoraux[2].
- Maquis et formations arbustives : ceinture autour du lac, vestiges de maquis à oléo-lentisque contribuant à l’accueil et à la protection de l’avifaune[2].
Milieu marin proche
Plusieurs documents de gestion et de diagnostic sur la réserve naturelle de Réghaïa décrivent le prolongement écologique du système vers le littoral et la zone marine attenante, et mentionnent l’îlot Aguelli/Bounetah ainsi que des repères/îlots du secteur (dont les îles Sandja et le rocher de la Bordelaise) dans le contexte littoral Réghaïa–RN24–Cap Matifou[4].
Caractéristiques physiques
Géomorphologie
Le plan d’eau est associé à une plaine littorale à faible altitude, avec des gradients entre l’amont (zones d’entrée d’eau et d’apports anthropiques) et l’aval (secteur plus proche de la dune et du débouché vers la mer)[2].
Climat
Le site s’inscrit dans un climat méditerranéen, avec alternance d’une période humide et d’une période sèche estivale, ce qui accentue les contrastes saisonniers des niveaux d’eau, de la salinité et des concentrations en nutriments[5].
Biodiversité

Flore
Le marais côtier présente une richesse floristique notable, avec un minimum de 233 espèces végétales recensées selon la fiche descriptive Ramsar, incluant des formations de roselières et des éléments de maquis littoral[2].
Avifaune
Le site accueille une avifaune abondante et diversifiée. La fiche descriptive Ramsar indique plus de 203 espèces d’oiseaux, dont plus de 82 espèces d’oiseaux d’eau, et mentionne un effectif maximal dépassant 20 000 oiseaux d’eau lors d’hivernages, ainsi qu’un contingent d’espèces protégées/nicheuses d’intérêt patrimonial[2].
Une étude fondée sur des comptages (2008–2009) utilise les oiseaux d’eau comme bioindicateurs et inventorie 51 espèces appartenant à 18 familles. Elle met en évidence une baisse marquée de l’abondance totale entre les deux années (par exemple un maximum annuel rapporté d’environ 21 164 individus contre 9 479 l’année suivante, soit un ordre de grandeur de diminution d’environ 45 %), et discute des relations entre diversité/abondance et paramètres de qualité de l’eau (transparence, minéralisation, etc.)[6].
Macro-invertébrés
Une étude de la macrofaune benthique (2018–2019) recense 22 familles de macro-invertébrés, dominées par les insectes (environ 94 % des organismes), avec une forte représentation des Diptères (environ 45 %) et des Chironomidae (environ 52 %). Elle classe la qualité de l’eau comme très médiocre (classe 4) et met en avant la sensibilité de la composition des communautés aux nutriments (dont NH4+ et NO2-)[7].
Diatomées
Une étude hydrobiologique (–) décrit les diatomées planctoniques comme indicateurs de pression. Elle identifie 24 espèces (dont 10 signalées pour la première fois en Algérie) et observe une forte dominance saisonnière de Cyclotella ocellata (jusqu’à environ 97 % en été). L’étude souligne un gradient amont–aval, avec une dominance d’espèces tolérantes à la pollution dans les stations amont, en lien avec les apports d’eaux usées et les charges nutritives (PO4, NH4)[5].
Qualité de l’eau
Plusieurs travaux convergent vers le diagnostic d’un plan d’eau sous fortes pressions, avec eutrophisation et contamination microbiologique.
Une étude de synthèse basée sur des paramètres physico-chimiques et des analyses multivariées classe l’état comme très dégradé, avec un indice CCME-WQI rapporté à 14,31 et un indice trophique (TSI) autour de 95,1, compatibles avec un état fortement eutrophe. Elle rapporte également des charges microbiologiques élevées (par exemple des coliformes fécaux de l’ordre de 104 unités/100 mL)[3].
Les variations de nutriments (PO4, NH4) et d’oxygénation décrites dans l’étude sur les diatomées vont dans le même sens et relient directement la structure des communautés algales aux fluctuations physico-chimiques et aux apports anthropiques[5].
Pressions et enjeux
Les documents de diagnostic et la littérature scientifique attribuent la vulnérabilité du site à la combinaison de pressions :
- apports d’eaux usées et rejets (oueds, drains, exutoires) affectant l’amont du système ;
- charges en nutriments et matières en suspension, avec effets sur l’oxygénation et les blooms ;
- contraintes littorales (dune, embouchure, usages) et risques de dégradation des habitats ;
- urbanisation et infrastructures du corridor littoral est d’Alger.
Le document de diagnostic de la réserve naturelle insiste sur la nécessité d’articuler la gestion des niveaux d’eau, la protection de la dune et la maîtrise des usages (accueil du public, circuits, postes d’observation) avec un plan de gestion[2].