Laleh-Zar
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Laleh-Zar | |
Café Pars | |
| Situation | |
|---|---|
| Coordonnées | 35° 41′ 36″ nord, 51° 25′ 23″ est |
| Pays | |
| modifier |
|
Laleh-Zar (en persan: لالهزار) 35° 41′ 38″ N, 51° 25′ 23″ E est le nom d'un quartier et une avenue ancienne du centre-ville du Vieux Téhéran. Laleh-Zar, surnommée Les Champs-Élysées de Téhéran, était autrefois le symbole de nouveauté et d’art iraniens. La plupart des salles de théâtre, restaurants, commerces, cabarets, « pyaleh-frooshi » (magasins de vaisselle), maisons de couture, salles de cinéma, et les grands magasins renommés s’y trouvaient.
Origine
Au XIXe siècle, Laleh-zar est constitué de jardins privés, propriétés de la noblesse, à l'extérieur et au nord des remparts d'époque safavide. Sous le règne de Nassereddine Shah, dans les années 1860, les anciens remparts sont détruits et remplacés par une enceinte plus vaste, adaptée à l'expansion de la ville, qui englobe Laleh-zar, qui devient un jardin public[1]. Cette enceinte sera détruite à son tour sous Reza Shah, dans les années 1930, pour faciliter la circulation et la croissance de la capitale[1].
Dès son retour de son premier voyage en Europe, en 1873, Nasseredin Shah a conçu l’idée de faire construire une avenue somptueuse à l’exemple des Champs-Élysées de Paris, donnant l’ordre de le faire à travers les jardins fleuris de Laleh-Zar. Les terrains des deux côtés sont partagés entre membres de la noblesse[2]. Inspirée par les boulevards parisiens, surnommée les « Champs-Élysées de Téhéran »[3], la rue Laleh-zar est la première avenue moderne de Téhéran[1]. Elle mesure 1 kilomètre de long sur une largeur de 20 mètres[2]. Elle doit son nom au fait qu'elle occupe la place d'anciens jardins (Laleh, en persan, signifie « tulipe »)[1]. La démolition des remparts dans les années 1930 permettent l'ouverture de l'avenue Reza Shah (aujourd'hui avenue Enghelab) et le désenclavement de la rue Lalehzar vers le nord[2].
Les « Champs-Élysées de Téhéran »

La rue est dans la première moitié du XXe siècle le symbole de la modernité de l'Iran. On y trouve les enseignes de marques occidentales, comme les montres suisses Omega[4]. Le magasin de mode Pirayesh est le premier de style européen de la capitale[2]. Des galeries marchandes font leur apparition. Les bureaux du journal Kayhan sont aussi rue Laleh-zar[2]. La présence de plusieurs ambassades dans le secteur attire une clientèle européenne[2].
À l’époque de la Dynastie Pahlavi, les chanteurs de la musique populaire iranienne, comme Mahvash, Afat, Ghassem Jebeli, Tajik, Roohparvar, Ali Nazari, Aghassi, et Soussan, chantaient sur les scènes laleh-zariennes : Cabaret Moulin Rouge, Café Ofogh-e Talaee (« Horizon doré »), Grand Hotel, Café Ray, Café Noor, Café Laleh-Zar, etc[2]. Le Grand Hotel, le premier hôtel moderne d'Iran, accueille les premiers concerts publics, donnés à la suite de la révolution de 1906 par Darvish Khan[4],[5]. Le Cafe Pars apparaît dans l'un des premiers films iraniens dans les années 1930[4]. Ces cafés, dans la première moitié du XXe siècle, deviennent le lieu de rendez-vous des intellectuels[1]. Le poète Nader Naderpur habite la rue[3].
Mirzadeh Eshghi (poète, journaliste et homme politique iranien à l'époque de Reza Pahlavi) et Aref (poète connu pour ses compositions des premières chansons persanes à l'époque de la révolution constitutionnelle de l'Iran), à leur tour, ont mis en scène leurs plus grands spectacles en présentant au public les jeunes hommes et jeunes filles habillés en costumes de la dernière mode européenne, donnant ainsi l’exemple à une élite qui passait désormais dans l'avenue Laleh-Zar, fréquentant des salles et salons régulièrement[réf. nécessaire].
Au début du XXe siècle, les premiers théâtres et cinémas d'Iran ouvrent rue Lalah-zar. Dans les années 1950 à 1970, c'est le centre de la vie nocturne et culturelle à Téhéran, un endroit prisé des cinéphiles et amateurs de théâtre. La rue abrite jusqu'à 16 cinémas et 6 théâtres[4],[2]. Les premiers films réalisés en Iran le sont dans les studios de la rue Laleh-zar à partir des années 1930[1]. Le premier film parlant du cinéma iranien est projeté en 1933 au cinéma Marjan[2].
Le déclin

Le déclin de la rue commence au milieu du XXe siècle. La censure ne favorise pas les spectacles, la qualité de la production cinématographique décline et souffre de la concurrence d'Hollywood[1]. À partir de 1941, avec l'occupation par les Alliés, la rue est fréquentée par les soldats qui cherchent à se divertir[3]. La réputation de la rue en subit les conséquences. De lieu de culture, elle devient progressivement un lieu de divertissement, où les cabarets remplacent les salles de théâtre. Dans les années 1960, les habitants aisés se déplacent vers le nord, les boutiques de luxe les suivent vers ces quartiers plus chics[2],[6]. Les cinémas privilégient la programmation de films iraniens de série B (« film farsi »)[2]. La révolution islamique donne le coup de grâce à la rue : toutes les activités jugées « immorales » sont proscrites, ainsi que la vente d'alcool, ce qui entraîne la fermeture de nombre de cafés et de salles de spectacle[1].
Actualité
Située dans le 12e arrondissement, elle conduit de l'avenue Enghelab au nord à la place Toopkhaneh, aujourd'hui baptisée place de l'Imam Khomeyni[2].
De nos jours, Laleh-zar est une vieille avenue dans un quartier de l’ancien centre ville où on ne trouve que des petits magasins de vente d’appareils électriques[1]. De toutes les grandes salles de cinéma de la belle époque, il ne reste que quelques-unes : Sara (ancien Venus), Laleh (ancien Rex), Khorshidno, Ferdowsi, Mayak, Iran, Taban, Roudaki, Shahrzad[2]. On la surnomme aujourd'hui le « cimetière des théâtres[7]. » Par exemple, le Cinéma Iran est devenu une sandwicherie, le Théâtre Pars un magasin d'électronique[3]. Leurs anciennes façades sont à l'abandon[4].
La rue comporte de nombreux bâtiments vides et insalubres. Dans un quartier congestionné, mal reliée aux quartiers d'intérêt, elle aurait besoin d'un plan de rénovation[1]. La municipalité de Téhéran, dans les années 2010, a mis en place un projet de piétonisation de la rue. Mais il s'agit d'une rénovation superficielle, alors que le tissu urbain de la zone aurait besoin d'être repensé[1].
Références
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 (en) Sara Khorshidifard, « Reimagining Lalehzar Street: A Tomorrow, far from Dilapidated », The International Journal of the Constructed Environment, , p. 49-72 (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 (fa) « لاله زار، از نوگرایی تا گورستان سینماهای ایران » [« Lalehzar, du modernisme au cimetière des cinémas iraniens »], Téhéran 24, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- 1 2 3 4 (en) « Laleh-Zar Street: Tehran’s faded cinematic glory », sur caravanistan.com (consulté le )
- 1 2 3 4 5 (en-GB) Sourena Parham, « Remnants of Lalezar: a tour of Tehran by neighborhood - in pictures », The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Rob Simms et Amir Koushkani, The Art of Avaz and Mohammad Reza Shajarian: Foundations and Contexts, Bloomsbury Publishing USA, (ISBN 979-8-7651-8386-1, lire en ligne), p. 128
- ↑ (fa) « کهنترین خیابان طهران کجاست؟ +عکس » [« Où se trouve la plus vieille rue de Téhéran ? »], اقتصاد آنلاین, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ (en-US) Pontia, « Travel Diary: Tehran's Lalezar Street », sur My Persian Corner, (consulté le )
