Le Bois d'Amour à Pont-Aven
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| Artiste | |
|---|---|
| Date |
1883 |
| Type | |
| Technique | |
| Dimensions (H × L) |
38 × 61 cm |
| Format |
Horizontal |
| Mouvement | |
| No d’inventaire |
2006.9.1 |
| Localisation |
Le Bois d’Amour à Pont-Aven est une huile sur toile réalisée par Marie Luplau en 1883. Depuis 2006, l'œuvre est conservée au musée de Pont-Aven, dans le Finistère.
L'œuvre est une peinture de paysage représentant le Bois d’Amour, traversé par l’Aven, dans la commune bretonne de Pont-Aven. Les arbres de la forêt, denses et d’un vert profond, occupent la majorité du tableau. Au premier plan, se trouve un chemin de terre rocheux. Le sol est jonché de feuilles aux tons orangés. Au centre du chemin, un homme marche seul vers le spectateur. Appuyé sur une canne, il porte un chapeau, des vêtements traditionnels bretons, tels qu’un bragoù-bras (un pantalon), ainsi que des sabots de bois. Dans la partie gauche du tableau, une étendue d’eau, l’Aven, se dessine. Sa teinte d’un bleu profond accentue la densité du vert de la forêt. Des arbres aux troncs fins et aux feuillages épais sont omniprésents dans la partie droite. La luminosité de la scène émane du coin supérieur gauche, où apparaît un bout de ciel. L’huile sur toile est datée et signée dans la partie inférieure, au centre.
Histoire
Marie Luplau : une artiste émancipée

Marie Luplau est une artiste peintre danoise, spécialisée dans la peinture de paysage. Durant sa vie, elle s’engage dans la cause féministe et œuvre notamment à une meilleure accessibilité des études artistiques aux femmes. Elle et sa compagne Émilie Mundt fondent, en 1886, une école d’art pour les jeunes femmes peintres, située à Frederiksberg, au Danemark.
En 1890, les deux femmes adoptent une fille. Tout au long de leur vie, Marie Luplau et Émilie Mundt voyagent dans différents pays d’Europe pour peindre. Ces événements témoignent, au-delà d’une volonté de liberté individuelle de leur part, d’un engagement profond en faveur d’une émancipation des femmes dans divers domaines.
Vers 1870, elle se forme à la peinture dans l’atelier de Peter Vilhelm Kyhn, au Danemark. Elle complète ensuite sa formation à l’Académie Colarossi, à Paris, entre 1882 et 1884. Ce séjour lui permet de découvrir les paysages du territoire français[1].
Elle s’est notamment rendue à Pont-Aven, en Bretagne, où elle séjourne quelque temps aux côtés de sa compagne[2].
Les artistes femmes de Scandinavie en France
À partir des années 1870, de nombreuses étudiantes en peinture venues du Nord de l’Europe se rendent dans la capitale française, où elles jouissent de plus de liberté que dans leurs académies nationales[3]. En effet, la Norvège et la Finlande du XIXe siècle disposent uniquement d’écoles de dessin[3]. Les femmes peintres sont donc contraintes de partir vers d’autres pays d’Europe afin de se former[3].
La France, en particulier, leur offre des caractéristiques géographiques intéressantes, notamment pour ses paysages pittoresques[4]. Les peintres peuvent voyager sur le territoire grâce au développement du réseau ferroviaire à partir des années 1850[1]. Cette innovation contribue à l’accroissement d’un tourisme « artistique », parallèlement au tourisme balnéaire[4].
En 1879, la romancière américaine May Alcott publie un ouvrage à destination de ces femmes artistes. Ce livre offre des conseils afin de leur permettre de poursuivre leurs études à l’étranger à moindre coût[5]. Ce livre témoigne de la popularité croissante des voyages à la fin du XIXe siècle.
La colonie nordique de Pont-Aven
À cette époque, la Bretagne est une destination prisée[4]. L’inauguration de la ligne de train Paris-Quimper en 1862 permet une meilleure circulation dans la région[1]. L’année suivante, un arrêt est créé à la gare de Quimperlé, encourageant plusieurs artistes à y faire escale[6]. La popularité de la région bretonne s’explique par la variété de ses paysages[3]. De plus, les traditions populaires ainsi que les mythes et légendes qui perdurent séduisent les artistes en quête de folklore[3].
Les séjours en Bretagne sont facilités par le faible coût de la vie. En 1885, Paul Gauguin écrit à son épouse danoise :
« Si je vends quelques tableaux j’irai l’été prochain me mettre à l’auberge dans un trou de Bretagne faire des tableaux et vivre économiquement. C’est encore en Bretagne qu’on vit le meilleur marché »[3].
De fait, certains villages, tels que Pont-Aven, se transforment en colonies artistiques importantes, accueillant des artistes étrangers qui s’y rencontrent et séjournent temporairement. En 1886, Paul Gauguin écrit de Pont-Aven :
« Ici, il n’y a presque pas de Français : tous étrangers. Un Danois, deux Danoises, le frère de Hagborg et beaucoup d'Américains »[3].
Le début de l’hôtellerie marque également un tournant. Plusieurs auberges ouvrent et permettent d’effectuer de longs séjours, à l’image de la Pension Gloanec et de l’Hôtel Julia à Pont-Aven, favorisant les rencontres et les échanges entre les peintres[7].
La présence de Marie Luplau à Pont-Aven
Marie Luplau fait partie de cette colonie installée à Pont-Aven à la fin du XIXe siècle. Certaines esquisses et dessins du village témoignent de sa venue et de celle de sa conjointe Émilie Mundt, entre 1882 et 1883[8]. Marie Luplau s’attache à représenter le paysage d’après la nature tandis que Émilie Mundt cherche à peindre les habitants[8].
Analyse de l’œuvre
La peinture de paysage française au XIXe siècle
Dans les années 1870, différents artistes-peintres nordiques viennent en France à la recherche de nouveaux motifs pour leurs productions[3]. En souhaitant rompre avec l’enseignement traditionnel de leurs pays, ils introduisent dans leurs tableaux le réalisme et le naturalisme[1].
L’influence de l’école de Barbizon

Dès les années 1830 émerge également une nouvelle école picturale, à Barbizon. Ce village limitrophe de la forêt de Fontainebleau, en Ile-de-France, attire des artistes tels que Théodore Rousseau et Jean-François Millet. Recherchant une proximité avec la nature et fuyant l’industrialisation de la capitale française, beaucoup de peintres naturalistes s’y installent afin de se consacrer à l’étude d’un paysage pur[9]. Cette école se construit autour de la volonté de représenter fidèlement la nature tout en se démarquant des lois académiques prônant la tradition romantique[9]. L’école de Barbizon ouvre ainsi la voie à l’école du plein air, que Marie Luplau expérimente à la fin du XIXe siècle.
En effet, cette dernière dépeint régulièrement des paysages arborés, thème de prédilection de ce mouvement[9]. L’huile sur toile Skovparti fra Sæby med en rindende å (Zone forestière près de Sæby traversée par un ruisseau), datant de 1890 et appartenant à une collection particulière, représente une nature relativement simple, de manière réaliste. L'œuvre illustre un sous-bois dans lequel serpente un cours d’eau entre les troncs et les rochers. La lumière traverse le feuillage des arbres et se reflète dans le ruisseau, créant une atmosphère paisible.
Jules Bastien-Lepage : un peintre naturaliste en vogue
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la popularité du peintre Jules Bastien-Lepage contribue à faire de son travail une source d’inspiration pour les étudiant.e.s en peinture scandinaves, dont Marie Luplau[1]. Considéré comme la figure de proue de l’art naturaliste, il est même surnommé le « Zola de la peinture » à partir de 1870[3].
Une volonté de peindre en plein air
L’engouement pour ce réalisme rustique incite de jeunes artistes à s’intéresser à la peinture de plein air[8]. Les femmes-peintres étaient nombreuses à prendre le chemin des campagnes françaises, afin d’y travailler le paysage et la figure en extérieur[8]. Elles réalisent des œuvres dans lesquelles se mêlent réalisme et idéalisation de l’environnement[3].
Le corpus réaliste de Marie Luplau
L’apprentissage et les séjours en France de Marie Luplau ont fait émerger une nouvelle esthétique dans son art. À la fin du XIXe siècle, elle représente de multiples vues du Danemark. À l’instar de son œuvre Le Bois d’Amour à Pont-Aven, ses tableaux de paysages sont calmes et épurés. C’est le cas de son huile sur toile Motiv ved gl. Kongevei i Aaret (Vue sur la vieille route royale à Aaret), qu’elle peint en 1889 (collection privée). Sur celle-ci, un paysage hivernal est baigné d’une lumière douce. Un chemin bordé de neige en train de fondre mène à une ville dans une atmosphère calme.
L’artiste place souvent dans ses œuvres une personne seule, marchant le long d’une route. Cette présence renforce le calme et la tranquillité du lieu, témoignant d'une recherche d’idéalisation. Dans Le Bois d’Amour à Pont-Aven tout comme dans son œuvre plus tardive, datant de 1916, Solnedgang på Fanø (Coucher de soleil à Fanø), une silhouette se dessine, déambulant sur un chemin au sein d’un paysage rural (collection privée). De même que dans Motiv ved gl. Kongevei i Aaret, le ciel occupe une place prépondérante, diffusant une luminosité apaisante sur l’ensemble de la scène.
- Quelques œuvres du corpus réaliste de Marie Luplau
Marie Luplau, Motiv ved gl. Kongevei i Aaret (Vue sur la vieille route royale à Aaret), 1889, huile sur toile, 26 × 41 cm. Marie Luplau, Solnedgang på Fanø (Coucher de soleil à Fanø), 1916, huile sur toile, 34 × 45 cm.
Le bois d’amour : un lieu prisé des artistes de Pont-Aven
Au XIXe siècle, Pont-Aven était considéré comme un Barbizon, avec un caractère exotique et le charme pittoresque de la Bretagne en plus[3]. La presse de l’époque compare même régulièrement ces deux villages[3].
Le Bois d’Amour est une grande source d’inspiration pour les peintres de passage à Pont-Aven. Par son accessibilité et la richesse de sa nature, beaucoup d'artistes en quête de nouveaux motifs s’y promènent et y peignent.
« Le Bois d’Amour est un bon terrain de chasse pour les artistes [...]. Vous ne passez jamais par là sans voir au moins un ou deux d’entre eux avec les toiles tendues sur les chevalets montés et essayant en vain de reproduire la beauté du site. Les artistes sont nombreux dans la région. »[10]
Mettant en peinture cette forêt dès les années 1880, Marie Luplau est l’une des premières à manifester de l’intérêt pour cet environnement boisé. En 1882, elle exécute aussi Paysage avec une rivière et une femme le long d’un chemin (collection privée). L’année suivante, à travers Le Bois d’Amour à Pont-Aven, elle met cette fois-ci en scène un homme seul, profitant de ce cadre désert et apaisant, avant l’arrivée des peintres et de leurs chevalets.

C’est véritablement à partir de 1888 que le Bois d’Amour acquiert une certaine notoriété, après la leçon que donne Paul Gauguin à Paul Sérusier. Ce cours de peinture donne naissance à l'huile sur toile Le Talisman. Paul Sérusier y dépeint le site au travers de formes schématisées[11]. Présentée à ses camarades de l’Académie Julian, l'œuvre devient rapidement une référence pour les théories de synthétisme développées par Paul Gauguin et Émile Bernard, introduisant le mouvement Nabis[12].
Beaucoup de peintres dépeignent la forêt sous des angles différents, comme en témoigne la toile Madeleine au Bois d'Amour d'Émile Bernard en 1888 et conservée au Musée d’Orsay. Il y représente sa sœur, Madeleine, allongée dans l’herbe. La composition, structurée géométriquement par les arbres, laisse apparaître l’Aven en arrière-plan.
Acquisition
La toile, auparavant conservée dans une collection particulière à Copenhague, au Danemark, est acquise par le musée de Pont-Aven le , grâce au don des Amis du Musée de Pont-Aven[2].
Expositions
Le Bois d’Amour à Pont-Aven de Marie Luplau a été exposé à plusieurs reprises :
- « Les 25 ans du musée, un quart de siècle d'acquisitions », musée de Pont-Aven – au , no 142[2].
- « De Gauguin à Gromaire. La naissance d'un musée », musée de Pont-Aven – au [2].