Le Café ou l'Écossaise
pièce de théâtre de Voltaire (1760)
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Le Caffé ou l’Écossaise (ou L’Écossaise ou le Caffé) en 5 actes et en prose est une pièce de théâtre de Voltaire, représentée pour la première fois à Paris au théâtre de la rue des Fossés à Saint-Germain le .
Sujet
Lindane, une jeune Écossaise belle et pauvre, dont la famille est persécutée par le pouvoir anglais, vit recluse dans dans un café-auberge de Londres tenu par le bienveillant Fabrice. Tombée amoureuse du fils de l’ennemi juré qui a fait condamner son propre père, elle doit faire face à la malveillance d’une rivale jalouse, mais surtout à la hargne d’un journaliste prêt à tout pour la dénoncer.
Historique
Cette comédie en cinq actes et en prose a été écrite par Voltaire en seulement huit jours. Afin de brouiller les pistes et déjouer la censure, Voltaire publie la pièce, en , sous le pseudonyme de « Jérôme Carré », en la présentant comme la traduction d’une comédie anglaise due au pasteur Hume, de l’église d’Édimbourg, frère du célèbre philosophe David Hume[1]. Quoique initialement destinée à être seulement imprimée, en avril 1760, la représentation des Philosophes incite le comte de Choiseul, désireux de faire oublier sa politique extérieure désastreuse, à abandonner son protégé Fréron en incitant Voltaire à faire représenter la pièce[2].
Personnages
- Maitre Fabrice, patron du café : Armand.
- Lindane, Écossaise : Mademoiselle Gaussin.
- Monrose, aristocrate écossais : Brizard.
- Lord Murray : Bellecour.
- Polly, suivante : Mademoiselle Dangeville.
- Freeport, négociant de Londres : Préville.
- Wasp, journaliste : Dubois (d).
- Lady Alton : Madame Préville.
- André, laquais de lord Monrose : Durancy.
- Plusieurs Anglais, clients du café.
- Domestiques.
- Un Messager d’État.
Trame

Lindane, jeune Écossaise pauvre et vertueuse, vit cachée sous un faux nom dans le café de Fabrice, à Londres. Elle est en réalité la fille de Monrose, un aristocrate écossais banni et ruiné à la suite des rébellions jacobites. Lindane est aimée en secret par Lord Murray, qui n’est autre que le fils de celui qui a fait condamner le père de Lindane. Lorsque le journaliste malveillant Wasp découvre l’identité de Lindane, il ne songe qu’à la dénoncer pour toucher une récompense. De plus Lindane a contre elle l’hostilité de l’ancienne maitresse jalouse de Lord Murray, Lady Alton. Après qu’elle a échoué à acheter Lindane, elle tente de la faire arrêter pour l’éloigner de Murray.
Touché par la détresse de Lindane, un client du café Friport, riche marchand anglais, bourru mais extrêmement généreux, lui offre de l’argent et sa protection sans rien attendre en retour. Lorsque Monrose, le père de Lindane, arrive incognito au café pour retrouver sa fille avant de mourir, Lord Murray obtient le pardon royal pour Monrose et rétablit la fortune de sa famille. Monrose pardonne à Lord Murray la mort de son propre père. Lindane et Lord Murray peuvent enfin se marier, tandis que le méchant Wasp est chassé sous les moqueries générales.
Contexte

Voltaire a composé cette pièce pour répliquer à la pièce les Philosophes de Palissot, qui tentait de ridiculiser les Encyclopédistes , considère comme une secte dangereuse à cause de leur méthode scientifique et de leur usage de la raison pour réévaluer les dogmes établis. Bien que la pièce de Palissot vise spécifiquement les figures de proue du mouvement philosophique, Diderot, d’Alembert et Helvétius, et que Voltaire n’y ait pas été attaqué personnellement, il s’en prend plus particulièrement, dans la pièce, au « folliculaire » Fréron, critique de l'Année littéraire, qui y est représenté sous le nom de « Frelon, écrivain de feuilles et fripon ».
Première
Dès le début de la représentation, la majorité de la salle se montre hostile à Fréron. Le succès croissant de la pièce semble affecter Palissot, depuis sa loge. Dans l’orchestre, Fréron, accompagné de son épouse et installé à proximité de Malesherbes, montre des signes de malaise après les premières scènes, alternant rougeurs et pâleurs, tandis que Mme Fréron se trouve mal, selon Marivaux. D’autres spectateurs, généralement peu favorables aux philosophes, comme Piron, Collé, Favart ou Marivaux, conservent une attitude impassible. Au centre, Diderot et plusieurs encyclopédistes manifestent une vive excitation. À droite, Grimm coordonne les applaudissements d’un groupe composé de clercs et d’hommes de lettres, tandis qu’à gauche, Sedaine agit de même avec un groupe d’auteurs[2]. Fréron s’est offert le luxe d’en publier un compte-rendu pince-sans-rire sous le titre sarcastique de « Relation d’une grande Bataille, où il ne dit pas un mot de la pièce elle-même, mais ridiculise les protagonistes suscités[3] », pour s’offrir le luxe de conclure que les Voltairiens s’étaient assemblés aux Tuileries « pour chanter un TE VOLTARIUM[4] ».
Réception
Le succès a été immédiat et massif : la pièce a tenu l’affiche seize jours de suite lors de sa création, attirant même une foule plus nombreuse lors de la quatrième représentation que lors de la première. Elle totalise 127 représentations sous l’Ancien Régime.
Analyse

Bien que souvent réduite à sa dimension de pamphlet contre la presse conservatrice, la pièce s’inscrit dans au contexte littéraire plus large. La pièce se déroule entièrement dans un café de Londres, lieu neutre et moderne d’échange d’idées essentiel à l’émergence de l’opinion publique au XVIIIe siècle[5], au cœur d’une Angleterreidéalisée comme une terre de liberté politique et de tolérance, en opposition à l’arbitraire français[6].
Influencé par le drame bourgeois, Voltaire utilise un ton plus sérieux et pathétique que dans ses autres pièces pour mieux faire passer son message moral[5]. En faisant de l’aubergiste Fabrice le véritable héros de la pièce, Voltaire place la bourgeoisie et le peuple au centre de la dignité humaine. Ce personnage, tout d'humanité et de désintéressement, devient la preuve que la moralité ne dépend nullement de la naissance. Voltaire substitue à la vertu héréditaire des grands de ce monde celle de l’homme d’action, pragmatique et magnanime, érigeant le commerçant philosophe Freeport en nouveau modèle moral[7].
Iconographie
Une gravure de Hubert-François Gravelot, représentant « Une lyre suspendue agréablement avec des guirlandes de fleurs et un âne qui braie de toute sa force en la regardant » devait figurer au frontispice de cette pièce, avec ces mots :
Ayant eu vent du projet de Voltaire, Fréron a contre-attaqué avant même l’impression de l’Écossaise en annonçant publiquement que l’ouvrage serait accompagné d’un portrait très ressemblant de l’auteur. Pris de court par cette ruse, Voltaire a renoncé à inclure la gravure satirique prévue, qui n’a été finalement publiée que l’année suivante, en , jointe à l’édition de sa tragédie Tancrède[8].
Réimpression
Une réimpression de l’édition, parue en 1761, porte au titre un vers de l’acte 5, scène 5 de Mithridate, en épigraphe :
J’ai vengé l’univers autant que je l’ai pu.
Adaptations
Le Café ou L’Écossaise a été parodié, en 1760, par Poinsinet et Anseaume pour la foire Saint-Laurent[9].
Adaptée en anglais par George Colman l'Ancien sous le titre The English Merchant, la pièce a rencontré un succès aussi retentissant à Londres qu’à Paris. Pour cette version britannique, de « Wasp » (guêpe) original, le nom du méchant est devenu « Frelon », conservant ainsi la piquante symbolique de l’insecte nuisible chère à Voltaire. L’épilogue a été composé par le célèbre Garrick[10].