Le Chemin de la fortune
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Personnages
- Lucidor.
- La Verdure.
- Le Scrupule.
- Une Dame.
- Une Suivante.
- Clarice.
Argument
Tout le monde voudrait bien entrer dans le splendide palais de la déesse représenté sur scène, mais on n’y arrive qu’en sautant un fossé, et, pour le franchir, il faut faire l’abandon de tous ses bons sentiments. Ces sentiments, reniés par ceux qui ont sauté, sont représentés par une série de tombeaux ornés d’inscriptions : « Ci-gît la Fidélité d’un ami », « la Parole d’un Normand », « la Morale d’un philosophe », « le Désintéressement d’un druide », « l’Innocence d’une jeune fille », « le Soin que sa mère avait de la garder, et en même temps la Peine qu’elles avaient à vivre ».
Lucidor, un chevalier en assez mauvais équipage, et la Verdure, un paysan, voudraient bien sauter, mais le Scrupule les arrête. Cependant, la Verdure est presque décidé. Une dame s’avance : c’est la Cupidité ; elle les engage à sauter le fossé, et se moque d’eux parce qu’ils espèrent arriver au palais de la Fortune par le chemin de l’Honneur, qui tourne le dos au palais de la déesse.
La déesse apparaît sur son trône et donne audience à ceux qui se présentent. Une pauvre jeune femme, qui pourrait avoir des adorateurs à foison, s’avance et demande un mari capable de lui faire une position convenable, à la Fortune qui lui répond qu’elle court après l’impossible et la congédie. La Verdure s’approche. C’est un enfant trouvé ; la Fortune, qui aime ces êtres-là, lui fait bon accueil, mais lorsqu’il raconte qu’il a refuser d’épouser, moyennant finance, une jeune fille compromise, la Fortune le chasse.
Vient ensuite M. Rondelet, un garçon de joyeuse humeur, qui chante, se met à l’aise et tutoie la Fortune. Il saute le fossé sans scrupule ni hésitation et devient le favori de la déesse. Un bel esprit survient à son tour, qui lui offre des vers, de la prose, des dédicaces. La Fortune s’endort en l’écoutant et, à son réveil, elle le congédie. Peut-être l’accueillerait-elle s’il savait faire des chansons et des vers orduriers. Le chevalier Lucidor revient : « Qu’il saute », dit la Fortune, mais il refuse, car c’est un honnête homme, et la Fortune n’admet que ceux qui sont dénués de scrupules. Elle lève la séance et s’en va à l’Opéra-Comique.
Commentaire
On ignore si Marivaux a essayé de faire jouer ce petit acte spirituel au dialogue piquant, qui figure tout à côté du chapitre sur le « Je ne sais quoi » dans Le Cabinet du philosophe[1], mais rien n’indique qu’il ait jamais paru sur un théâtre. Le départ de la Fortune pour l’Opéra-Comique, sur lequel se clôt la pièce est peut-être une épigramme contre ce théâtre où triomphaient alors Lesage et Piron, mais le ton de cette comédie était beaucoup trop fin pour ce théâtre populaire[2].