Le Cheval blême
Récit de Boris Savinkov
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Le Cheval blême (en russe : Конь бледный), sous-titré Journal d'un terroriste dans son édition française de 2003, est un récit présenté sous la forme d'un journal imaginaire écrit par le révolutionnaire et terroriste russe Boris Savinkov sous le pseudonyme de Viktor Ropchine.
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Roman Roman court Récit (en) |
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Publié en Russie en 1909 et lourdement censuré, l'ouvrage est édité une seconde fois sans cette censure, toujours en russe, par M. A. Toumanov à Nice en 1913. Dans l'introduction de l'édition française de 2003, basée sur l'édition russe de 1913, le traducteur Michel Niqueux indique que le livre, déjà censuré en 1909, l'est encore plus dans sa première version française datée de 1912, qui omet entièrement le mot "terrorisme"[1].
Le Cheval blême raconte les activités d'un groupe de terroristes qui préparent un attentat contre le gouverneur général de Moscou. Son narrateur fait part, à travers ses entrées de journal, de nombreuses réflexions philosophiques à propos de la religion, de la mort, de la morale qui sont liées aux attentats et assassinats que les personnages prévoient de commettre. Rappelant les propos d'Ivan Karamazov dans Les Frères Karamazov ou Nikolaï Stavrogine dans Les Démons de Dostoïevski, la formule « si Dieu n'existe pas, tout est permis » est questionnée.
Le récit se déroule à la première personne, prenant la forme du journal intime du personnage principal et narrateur, George.
Si Savinkov publie ce roman-journal sous pseudonyme et donne vie à des personnages a priori fictionnels, le récit reprend, dans une temporalité légèrement décalée, des évènements réels dont notamment l'assassinat du grand-duc Serge Alexandrovitch en 1905 (« le gouverneur de Moscou » dans le récit). Les personnages du Cheval blême évoquent des figures que Savinkov a côtoyées lors de ses années au sein de l'Organisation de Combat des SR : Vania le mystique rappelle en particulier Ivan Kaliaïev[2].
Le titre de l'ouvrage est tiré du texte biblique de l'Apocalypse :
« Apocalypse 6 »
— 6:8, Je regardai, et voici, parut un cheval d'une couleur pâle. Celui qui le montait se nommait la mort, et le séjour des morts l'accompagnait. Le pouvoir leur fut donné sur le quart de la terre, pour faire périr les hommes par l'épée, par la famine, par la mortalité, et par les bêtes sauvages de la terre.(Traduction Louis Segond; Bible)
Personnages
- George est le narrateur et personnage principal, leader du groupe des terroristes-révolutionnaires.
- Erna est la technicienne du groupe qui fabrique les bombes à utiliser. Elle est amoureuse de George et Heinrich est amoureux d'elle.
- Heinrich est un ancien étudiant, socialiste convaincu. Plus jeune, il portait un pince-nez et les cheveux longs et participait à des débats politiques. Il en est venu au terrorisme par conviction de la nécessité absolue de cette méthode.
- Vania est un jeune homme mystique, ancien exilé. Il a commencé à croire en Dieu après avoir miraculeusement échappé à l'ensevelissement dans un marécage où il a bien cru mourir.
- Fiodor est un forgeron, qui a participé à l'insurrection de Moscou de décembre 1905. Sa femme a été tuée par les cosaques lors de la répression des émeutes.
Suite et adaptations cinématographiques
En 1923, Savinkov écrit un deuxième récit sous le nom Le Cheval noir (édition Anabed 2008), qui est une suite au Cheval blême. Les deux récits sont souvent publiés ensemble.
En 1991, le récit de Savinkov a été repris au cinéma par le réalisateur russe Vassili Panine (ru) sous le nom de Diabolique (Isdatche ada). Le rôle principal est revenu à l'acteur Georgy Taratorkin (en).
En 2004, le réalisateur soviétique Karen Chakhnazarov a réalisé le film Le Cavalier du nom de la mort (ru) sur le même motif que Le Cheval blême et qu'un autre récit de Savinkov Souvenirs d'un terroriste (édition Ivréa 1982).
Critique
À sa publication, le récit est critiqué en Russie par le parti SR (Socialiste-Révolutionnaire)[3] : le ton désillusionné du narrateur ne met pas en valeur les actions terroristes qui y sont dépeintes et qui rappellent ouvertement celles de l'Organisation de Combat, branche terroriste du même parti.
Les trois romans de Savinkov (Le Cheval blême, Ce qui ne fut pas et Le Cheval noir, écrits respectivement en 1909, 1912, 1924), caractéristiques des époques où ils furent écrits, sont d'autant plus intéressants que leurs données se confondent avec la biographie mouvementée de l'auteur (Boris Savinkov publie ses mémoires en 1909, éditées et traduites en France en 1982 aux éditions Champ Libre).
Pour le critique littéraire Ettore Lo Gatto, Savinkov garde une place dans la littérature russe parce qu'il s'est inséré dans un de ses plus typiques filons idéologiques. Son premier récit Le Cheval blême évoque un terroriste qui se pose le problème du droit de tuer, ensuite il a poursuivi sa vie d'écrivain grâce à son réalisme narratif à une période de luttes ardentes entre modernisme et tradition[4].