Le Malentendu
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Le Malentendu est une pièce de théâtre en trois actes écrite par Albert Camus, elle fait partie du cycle de l'absurde. Sa première représentation date du , au théâtre des Mathurins, dans une mise en scène de Marcel Herrand.
L'acte I, scène 1, s'ouvre de la manière suivante :
- Midi. La salle commune de l'auberge. Elle est propre et claire. Tout y est net.
Jan, jeune homme à qui la vie a réussi, riche et amoureux, décide de renouer le lien avec sa famille, qu'il a quittée des années auparavant. C'est ainsi qu'il retourne dans son village natal et plus précisément dans l'auberge tenue par sa mère et sa sœur. Ne sachant comment les informer de sa vraie identité, Jan séjourne dans l'auberge, attendant une occasion propice à sa déclaration. Maria, sa femme, tente de dissuader son mari et se justifie par ses inquiétudes et l'absurdité du comportement de Jan ; celui-ci d'ailleurs ne l'écoutera pas. Cependant, même si les inquiétudes de Maria sont infondées, elles ne sont pas moins justes. En effet, la mère et sa fille Martha ont pris l'habitude de tuer pendant leur sommeil les voyageurs qui séjournent auprès d'elles et de les voler afin d'obtenir les moyens pour fuir cette région grise et trouver des terres plus ensoleillées. Jan, ne dévoilant pas son identité, souffrira du malentendu et sera victime du stratagème devenu mécanique.
Thèmes développés
- Amour et manque d'amour constituent un thème central de la pièce. Qu'il s'agisse de l'amour filial, dont manque la mère, ou de l'amour dans le couple, dont débordent Jan et Maria, et dont Martha n'a jamais connu le frisson, ce sentiment fort est continuellement présent dans le discours. L'amour maternel défaillant se trouve également traduit par le suicide de la mère lorsqu'elle comprend qu'elle vient de tuer son fils, laissant ainsi sa fille seule.
- Cette solitude doublée du sentiment d'abandon constituent la base de ce malentendu, et se trouvent perpétués au fil des événements tragiques.
- Malentendu et incompréhension, hésitation à s'expliquer ou impossibilité de réagir face au crime… Ces difficultés sont à l'origine de tout le drame de la pièce - Jan ne sachant trouver les mots pour annoncer son retour à l’auberge. Elles perdureront tout au long de la pièce, les échanges devant se limiter aux conventions[1] imposées par une définition de rôles erronée du fait du malentendu, une relation d'hôte à aubergiste que Jan peine malgré tout à modifier afin de se faire connaître de sa famille. Ces difficultés trouvent leur illustration finale avec l'apparente apathie de Martha lorsqu'elle comprend qu'elle a tué son frère.
- Le voyage se trouve en toile de fond, les unes le rêvant, n'ayant jamais quitté leur contrée natale, les autres le vivant, tentant maladroitement d'apporter ce bonheur dans l'auberge triste et morne.
- La puissance divine à l'extrême fin de la pièce: Maria qui appelle Dieu est interrompue par le domestique qui entre dans la pièce. Elle lui demande de l'aide et il répond : « Non ! ». Ainsi le domestique est assimilé à la puissance divine et la fin montre qu'il n'aide pas. On pourrait rapprocher cela de l'existentialisme qu'approuvait Jean-Paul Sartre. Cependant, Camus a dit lui-même qu'il ne l'était pas.
Autour de la pièce
Distribution
Les personnages lors de la première représentation :
- Maria Casarès : Martha
- Hélène Vercors : Maria
- Marie Kalff : La mère
- Marcel Herrand : Jan
- Paul Œttly : le vieux domestique
Parallèle
Dans son roman L'Étranger, Camus évoque une histoire similaire.
« Entre ma paillasse et la planche du lit, j'avais trouvé, en effet, un vieux morceau de journal presque collé à l'étoffe, jauni et transparent. Il relatait un fait divers dont le début manquait, mais qui avait dû se passer en Tchécoslovaquie. Un homme était parti d'un village tchèque pour faire fortune. Au bout de vingt-cinq ans, riche, il était revenu avec une femme et un enfant. Sa mère tenait un hôtel avec sa sœur dans son village natal. Pour les surprendre, il avait laissé sa femme et son enfant dans un autre établissement, était allé chez sa mère qui ne l'avait pas reconnu quand il était entré. Par plaisanterie, il avait eu l'idée de prendre une chambre. Il avait montré son argent. Dans la nuit, sa mère et sa sœur l'avaient assassiné à coups de marteau pour le voler et avaient jeté son corps dans la rivière. Le matin, la femme était venue, avait révélé sans le savoir l'identité du voyageur. La mère s'était pendue. La sœur s'était jetée dans un puits. J'ai dû lire cette histoire des milliers de fois. D'un côté, elle était invraisemblable. D'un autre, elle était naturelle. De toute façon, je trouvais que le voyageur l'avait un peu mérité et qu'il ne faut jamais jouer. » Deuxième partie, chapitre II