Le Nid
livre de Shirley Jackson
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Le Nid (titre original : The Bird's Nest) est un roman psychologique et roman noir de l'écrivaine américaine Shirley Jackson, publié en 1954.
| Le Nid | |
| Auteur | Shirley Jackson |
|---|---|
| Pays | |
| Genre | roman psychologique, roman noir |
| Version originale | |
| Langue | Anglais |
| Titre | The Bird's Nest |
| Éditeur | Farrar, Straus and Giroux |
| Lieu de parution | New York |
| Date de parution | 1954 |
| Nombre de pages | 276 |
| Version française | |
| Traducteur | Clément Martin |
| Éditeur | Payot et Rivages |
| Collection | Rivages/Noir |
| Date de parution | 11 février 2026 |
| Couverture | Miles Hyman |
| Nombre de pages | 320 |
| ISBN | 9782743669126 |
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Troisième roman de l'autrice après Hangsaman (1951), il raconte l'histoire d'une jeune femme, Elizabeth Richmond, souffrant d'un trouble dissociatif de l'identité. Le récit suit ainsi l'apparition des différentes entités qui composent sa personnalité, ainsi que la psychothérapie qui lui est prodiguée par le Dr Victor Vray (Victor Wright en anglais).
Encore une fois, Le Nid exploite toutes les thématiques chères à Jackson : la place de la femme dans la société américaine des années 1950, l'identité féminine forcée de tenir plusieurs rôles (épouse, fille, professionnelle), l'orgueil masculin impuissant, l'opposition entre les injonctions traditionnelles liées au genre et l'affranchissement d'une personnalité insaisissable ; ici Elizabeth[1].
Résumé
Chaque chapitre suit du point de vue interne l'un des personnages du récit : Elizabeth, Dr Vray, Betsy, Morgen.
Chapitre 1 : Elizabeth
Elizabeth est une jeune femme timide qui vit chez sa tante Morgen, qui l'élève depuis la mort de sa mère quelques années auparavant. Employée comme secrétaire dans un musée, elle souffre fréquemment de maux de tête, de maux de dos et d'insomnies. Elle commence à recevoir sur son lieu de travail des lettres manuscrites anonymes menaçantes qui la traitent de « sale sale Lizzie ». Un matin, Morgen accuse sa nièce de s'être enfuie de la maison la nuit, mais Elizabeth n'en a aucun souvenir. Lors d'un dîner chez des amis à tante Morgen, les Arrow, Elizabeth se met à tenir des propos vulgaires et déplacés, dont elle ne se souvient pas par la suite. Inquiète, tante Morgen l'emmène chez le médecin de famille, le Dr Ryan, qui, incapable de l'aider, la dirige vers le Dr Vray, un psychiatre renommé.
Chapitre 2 : Dr Vray
Le Dr Vray décide de coucher sur papier le cas de sa patiente Elizabeth Richmond : il raconte les premières séances qu'il a eu en sa compagnie, la manière dont il l'a interrogé et gagné sa confiance en la convainquant de se soumettre à une séance d'hypnose, afin de mieux saisir sa situation et de comprendre ce qu'elle se refuse à lui dire. Grâce à l'hypnose, il parvient à calmer durant un temps les maux de tête et de dos d'Elizabeth, mais lors de sa seconde tentative, il rencontre deux personnalités alternatives d'Elizabeth : Beth, jeune fille calme, polie et amicale, et Betsy, immature et enfantine, qui effraie le docteur. Considérant que la source du problème vient de la mère d'Elizabeth, il parvient à obtenir des informations sur le lieu où elle pourrait se trouver. Betsy le menace alors de prendre possession du corps d'Elizabeth. Croyant l'avoir maîtrisé, le Dr Vray accepte de lui laisser les commandes pendant une journée ; il tente ensuite de ramener Beth pour lui demander de lutter contre Betsy, mais il découvre alors que celle à qui il s'adresse depuis le début est Betsy se faisant passer pour Beth. Plus tard, il reçoit un appel de Morgen Jones qui lui informe qu'Elizabeth a fugué.
Chapitre 3 : Betsy
Betsy, qui est désormais pleinement consciente, embarque dans un autocar pour New York dans l'espoir d'y retrouver sa mère. Pendant le voyage, elle se souvient d'une sortie à la plage avec sa mère et son petit-ami de l'époque, Robin ; elle se rappelle d'une conversation où Robin confie à sa mère détester Elizabeth, regrettant qu'elle ne soit pas rester à la maison avec Morgen. Revenue au présent, Betsy quitte le bus, trouve un hôtel dans lequel prendre une chambre, puis se rend au restaurant, où elle se lie d'amitié avec un homme qui l'invite à dîner : lorsqu'il lui révèle qu'il est médecin, Betsy prend peur, persuadée qu'il est le Dr Vray déguisé, et s'enfuit. Elle monte ensuite dans un bus et alpague une passagère en expliquant qu'elle est à la recherche de sa mère. Elle tente tant bien que mal de décrire l'endroit où celle-ci vit, en se basant sur ses souvenirs. La femme, à la description de la maison, lui suggère de chercher dans l'Upper West Side. Suivant son conseil, Betsy tente de retrouver la bâtisse, mais hantée par ses souvenirs, elle croise sans cesse des badauds qu'elle prend pour Robin ou des ennemis de son passé. Sa peur l'affaiblissant, elle sent que Beth et Elizabeth reprennent le contrôle sur elle, jusqu'à un point où Elizabeth agresse Besty en la laissant inconsciente. Lorsqu'Elizabeth se réveille à l'hôpital, retrouvée par sa tante et Dr Vray, c'est une nouvelle et quatrième personnalité qui prend le dessus : Bess.
Chapitre 4 : Dr Vray
Le Dr Vray continue de retranscrire le cas de sa patiente : dès la sortie de l'hôpital et le retour à la maison, Elizabeth est convoquée à son cabinet. Là, Dr Vray tente de savoir pourquoi elle s'est rendue sur New York. Bess, l'alter ego qui contrôle désormais le corps d'Elizabeth, se montre peu coopérative : elle se révèle être une jeune femme pire que Betsy, obsédée par son argent et l'héritage laissé par sa mère, haïssant sa tante qu'elle soupçonne de vouloir la voler. Lorsque Besty parvient à reprendre le contrôle, elle joue des tours à Bess pour l'humilier, mais celle-ci semble gagner en puissant. Finalement, Besty va jusqu'à contrôler la main de Bess pour la forcer à écrire des messages sur un morceau de papier : terrifiée, Bess dénie être l'auteur de ces messages, et pense que c'est un canular orchestré par Dr Vray. Inquiet par la tournure des évènements, et le caractère de plus en plus incontrôlable d'Elizabeth, le docteur rédige un mot à Morgen, mais ne reçoit qu'une réponse incendiaire ; il comprend alors que Betsy a réécrit le mot pour effrayer sa tante et empêcher un rendez-vous entre elle et le docteur. Finalement, Dr Vray se rend chez la tante Morgen pour discuter de l'état de santé de sa nièce : il lui explique les quatre personnalités distinctes qui composent Elizabeth, mais la discussion prend une mauvaise tournure et se dégrade. Morgen Jones, ivre de brandy, se met à crier sur le médecin ; Bess rentre au même moment et annonce qu'elle veut que les deux disparaissent de sa vie. Furieux, le Dr Vray s'en va et jure de ne plus jamais travailler avec Elizabeth. Dans ses notes, il reconnaît qu'il a échoué à aider Elizabeth, qu'il n'a fait qu'empirer son état, que sa psychothérapie l'a corrompue et que la personnalité de Bess n'est qu'un miroir de son arrogance et de sa vanité.
Chapitre 5 : Tante Morgen
Le lendemain de l'altercation, Morgen Jones se réveille avec une gueule de bois. Consciente des personnalités qui habitent sa nièce, elle tente de discuter avec elles, et notamment Betsy. Dégoûtée par Elizabeth, Morgen monte faire une sieste. Lorsqu'elle redescend, elle découvre son réfrigérateur rempli de boue : le soir même, elle blâme Elizabeth, mais n'y voyant que sa nièce de toujours, elle est prise de culpabilité. Pour se faire pardonner, elle propose de lui faire prendre un bain et d'utiliser ses nouveaux sels de bain. Elizabeth accepte, mais elle est peu après remplacée par Beth, puis Bess, puis Betsy, chacune d'entre elles voulant prendre son bain, vidant ce qu'il reste des sels de Morgen.
Le lendemain, exaspérée par l'insolence de Bess qu'elle reconnaît bien, Morgen appelle le Dr Vray et le convainc de revenir prendre en charge Elizabeth. Lorsque le psychiatre arrive sur place, Bess se bat avec Morgen pour l'empêcher d'aller ouvrir la porte. Le Dr Vray parvient tout de même à entrer, et tante Morgen leur explique alors les circonstances exactes de la mère d'Elizabeth. Selon Morgen, sa sœur était une femme alcoolique et émotionnellement distante, qui avait plusieurs relations avec différents hommes. Lors d'une altercation entre Elizabeth et sa mère, Elizabeth l'aurait violemment secouée, et sa mère serait morte peu de temps après. Brisée par cette révélation, Bess tente d'agresser Betsy, mais Morgen et le docteur la retiennent. Chacune des personnalités fragmentées d'Elizabeth quitte alors son corps, pour ne plus laisser qu'Elizabeth, faible et fatiguée, qui confie au Dr Vray que Beth, Betsy et Bess sont toutes parties « trouver un nid. »
Chapitre 6 : Le Nom d'une héritière
Elizabeth Richmond, qui se considère désormais sans nom, a absorbé ou « dévoré » toutes ses identités précédentes. Elle se remet lentement de sa maladie et conquiert peu à peu son indépendance, toujours accompagnée par sa tante et le Dr Vray. Après un déjeuner chez les Arrow, tous les trois rentrent à la maison : sur le chemin, Morgen et le Dr Vray proposent à Elizabeth deux nouveaux noms : Victoria Morgen, ou Morgen Victoria. La jeune femme, accrochée à leurs bras, rit et déclare : « Je suis heureuse... Je sais qui je suis. »
Genèse et écriture
La rédaction du Nid fut particulièrement difficile pour Jackson ; comme son personnage principal, elle souffrait d'insomnie et de maux de dos. Lorsqu'elle s'attela à l'écriture du roman, entre la fin d'année 1952 et début 1953, elle se mit à boire en grande quantité, et développa des symptômes de paranoïa. Plusieurs fois, elle songea à abandonner l'histoire. Après avoir rédigé les deux premiers chapitres, Jackson interrompit l'écriture au cours de l'été 1953, mais les symptômes réapparurent aussitôt qu'elle reprit le roman à l'automne[2]. Selon sa biographe, Ruth Franklin (en), plus Jackson s'immergeait dans son livre, plus ses symptômes empiraient[3],[4].
Dans un des premiers brouillons du récit, le roman s'ouvre sur une focalisation interne, où Elizabeth raconte ses problèmes à un psychiatre ; mais Jackson trouvait que cette introduction se rapprochait trop de L'Attrape-cœurs (1951), écrit par son ami J. D. Salinger. De la même manière, Jackson n'était pas satisfaite du premier jet du chapitre consacré à Betsy, le trouvant « très faible, très vague, très mauvais » : elle décide de le repenser, et de changer la vision que l'on a de Betsy, viciée par le point de vue du Dr Vray, pour la faire passer d'un démon à une enfant terrifiée[4].
Pour les besoins du roman, Jackson a étudié plusieurs ouvrages sur la psychologie, et notamment The dissociation of a personnality (1906) de Morton Prince[5].
Réception critique
Bien qu'il soit mieux accueilli que ses deux romans précédents à l'époque, Le Nid a d'abord reçu un accueil mitigé de la part des critiques, certains estimant que la personnalité d'Elizabeth était trop simpliste. La gestion des quatre personnalités d'Elizabeth et le ton mesuré, parfois comique, du récit ont cependant été unanimement acclamé. Des critiques ont comparé le roman à L'Étrange cas du docteur Jekyll et de mister Hyde de Robert Louis Stevenson, échouant à saisir la « compréhension de la psyché humaine » que Jackson tentait de retransmettre, plutôt que l'aspect macabre de l'intrigue[6].
The Roanoke Times (en) a décrit la plume de Jackson sur ce roman comme un « don pour le choc rembourré de velours », la comparant à Roald Dahl pour sa capacité pertinente à « pousser l'horreur civilisée sur le lecteur ». Dan Wickenden pour le New York Herald Tribune dépeint le livre comme un écho à la double personnalité de son autrice, à la fois femme au foyer et mère, et « nécromancière littéraire ». Au Royaume-Uni, le Spectator acclame Le Nid comme un livre « plus captivant qu'un roman policier »[6]. De la même manière, Kirkus Book Reviews se montré plus positif, soulignant que, malgré son caractère inhabituel, l'histoire exerce une certaine fascination sur le public en « explorant des variations précaires et imprévisibles »[7].
Plus récemment, le livre a fait l'objet de critiques plus positives. Le magazine Flavorwire a salué le roman, commentant qu'il « démontre les capacités narratives novatrices de Shirley Jackson », en le qualifiant de « chef-d'œuvre de fiction psychologique » méritant tout autant d'attention « que les écrits plus populaires »de l'autrice[8]. Le New York Times, lui, loue Le Nid comme « un roman à la fois sec et troublant [...] »[9].
Analyse
Les personnages féminins de Jackson sont bien souvent dénués de mère ou victimes de mère pas assez présentes pour eux, et Elizabeth Richmond ne déroge pas à la règle : elle est ainsi le premier personnage de Jackson commettant un matricide, action qui se reproduira dans ses textes suivants, comme avec Nous avons toujours vécu au château[4].
Édition française
Le roman est traduit pour la première fois en France par Clément Martin pour les éditions Payot et Rivages : sa publication est prévue pour le sous le titre Le Nid, dans leur collection « Rivages/Noir », avec une illustration de Miles Hyman (petit-fils de Shirley Jackson) en couverture[10].
Adaptation cinématographique
Le roman a été adapté une fois pour le cinéma en 1957 : Lizzie, réalisé par Hugo Haas. Le personnage d'Elizabeth y est interprété par Eleanor Parker[11]. De prime abord, Shirley Jackson a décrié le scénario, critiquant la représentation de tante Morgen comme une femme légère et aguicheuse, à l'opposé de sa version dépeinte dans le livre. Elle décrit entre autres le film comme « la rencontre d'Abbott et Costello avec une personnalité multiple », et regrette que le film ait fait d'Elizabeth une « lunatique, ce que, par définition, elle ne peut être »[12]. Cependant, Jackson semble changer d'avis après avoir vu le long-métrage, le trouvant « excellent, et considérablement meilleur que le premier scénario que j'avais lu »[13].
Liens externes
- Ressource relative à la littérature :