Le Voile dérobé
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Le Voile dérobé ou le Conte à la Montgolfier est un conte de fées du troisième volume des Volksmährchen der Deutschen (Contes populaires des Allemands) de Johann Karl August Musäus, 1784.
Après la défaite à la bataille de Lucka (près du village de Lucka, en Allemagne) en 1307, sept Souabes fuient la dynastie des Wettin. Ils passent la nuit cachés dans un four à bois de Zwickau, où Friedbert est le seul à échapper aux attaques furieuses des paysans souhaitant se venger sur les ennemis survivants. L'ermite Benno, vivant au bord de l'étang aux cygnes, l'accueille. Il lui raconte comment il a dû fuir sur place autrefois.
Alors amoureux de Zoé, l'épouse du prince Zénon sur l'île grecque de Naxos, il apprend qu'elle et d'autres femmes, descendantes de fées, se rendent chaque année à l'étang, où elles regagnent leur jeunesse sous forme de cygnes. Elles ont pour ancêtre Léda, reine de la mythologie grecque qui eut une liaison avec Zeus métamorphosé en cygne. Ainsi, « les filles de Léda ne viennent pas au monde nues comme les autres enfants humains, mais couvrent leurs corps délicats d'un vêtement aérien tissé de rayons de lumière condensés de l'éther, qui s'étend au gré de leur croissance et possède non seulement toutes les propriétés de l'air ardent le plus pur pour vaincre le poids terrestre et s'élever avec légèreté jusqu'aux nuages, mais confère également à celle qui le porte la forme d'un cygne tant qu'elle le revêt ». Arrivé près de l'étang, Benno attend sa Zoé, en vain.
Trois ans après l'arrivée de Friedbert, Benno meurt. Friedbert fait fortune en vendant les biens de Benno comme des reliques. Un jour, alors que des cygnes-filles flânent à nouveau sur l'étang, Friedbert observe les baigneuses et tombe amoureux de l'une d'elles. Il lui dérobe son voile, sans lequel elle ne peut redevenir un cygne. Il s'agit de Kalliste, la fille de Zoé. Lorsqu'elle arrive désespérée à sa hutte, il feint la piété et l'innocence, lui cache le vol du voile, gagne son affection et l'emmène comme épouse dans sa patrie souabe.
Le matin de leurs noces, la mère de Friedbert lui remet négligemment voile à sa future bru. Furieuse de la tromperie de Friedbert, Kalliste ouvre la fenêtre, se couvre du voile, se métamorphose en cygne et s'envole par la fenêtre. Friedbert la suit à cheval puis en bateau jusqu'à Naxos. Là, il gagne la confiance de la vieille Zoé en se faisant passer pour un chevalier, et découvre le portrait de Kalliste parmi sa collection de peintures de beautés grecques. Zoé lui apprend que sa fille Kalliste vit dans un couvent. Il apprend aussi que le prince Zénon avait jadis déchiré le voile de Zoé, l'empêchant de retourner dans la région de Zwickau pour revoir Benno et préserver sa jeunesse.
Friedbert part à la recherche de Kalliste qui, après une première résistance, lui pardonne son larcin. Les deux sont désormais unis par les liens du mariage. Ce qui rendait ce mariage si particulier, c'était que Kalliste était sans cesse rajeunie par le bain miraculeux, tandis que les boucles brunes de Friedbert prenaient des reflets argentés à leurs pointes lors de leurs noces d'argent. « Mais la belle Kalliste ressemblait toujours à une rose épanouie au plus beau des printemps ».
Origine
Musäus commence par raconter l'histoire de l'étang aux cygnes du Schwanenteichpark (de) près de Zwickau, dans les monts Métallifères, dont les pouvoirs de guérison inconnus surpassent de loin ceux de Carlsbad, mais seulement pour les descendants des fées. Le Schwanenfeld (Champ des Cygnes) tirerait son nom d'un tel conte populaire[1]. Friedbert aurait fui la bataille de Lucka avec six autres Souabes, ce pour quoi Musäus invoque le « noyau de l'histoire saxonne » de Glafey[2] – une motivation initiale similaire à celle des Écuyers de Roland (de). La ressemblance avec le conte Les Sept Souabes (notamment publié par les frères Grimm dans leurs Contes de l'enfance et du foyer, 1815) reste superficielle. L'histoire d'amour malheureuse de Benno se déroulerait à Naxos. Friedbert est originaire d'Eglingen, « dans les Alpes escarpées ».
Le sous-titre « Le Conte à la Montgolfier » convient parfaitement au vol en montgolfière des frères Montgolfier à Paris le . Walter Scherf (de) pense à l'anneau du KHM 92, Le Roi de la Montagne d'Or (de) des frères Grimm, ainsi qu'au cachot de la cave à glace de Grünus Kravalle (de) ( Deutsche Hausmärchen (de), n° 29, de Johann Wilhelm Wolf (en)). Le roman de chevalerie permet à Musäus de se moquer de la piété et de l'hypocrisie[3]. Harlinda Lox y voit des motifs de la femme-cygne et une légende étymologique liée à Zwickau[4]. La diffusion des contes de la jeune fille-cygne correspond à celle du chamanisme nord-eurasien[5]. Comme l’observe Wolf-Dieter Storl (en), le cygne n’est ni un animal aérien ni un animal terrestre, un être intermédiaire, comme un être spirituel qui nous rend visite, comme les Valkyries, comme Lohengrin[6].
Inspiration pour Le Lac des cygnes
Le Voile dérobé est considéré comme l'une des sources d'inspiration du ballet narratif de Piotr Ilitch Tchaïkovski, Le Lac des cygnes, dans sa version de 1877[7].
Le chorégraphe suédois Johan Inger s'est inspiré de certains personnages et éléments de l'intrigue de ce conte pour une réinterprétation chorégraphique du Lac des cygnes, créée au Semperoper le et diffusée en direct sur la chaîne Arte. « Pour le Ballet du Semperoper, le danseur suédois propose en 2023 une nouvelle réinterprétation qui aborde des questions profondes : quelle influence la violence et la manipulation exercent-elles sur les relations interpersonnelles ? Quel rôle jouent la liberté individuelle, le respect et l'acceptation dans une relation amoureuse ? »[8]. Le sous-titre « Le Conte de fées à la Montgolfier » et la fascination pour l'impression de flottement qu'il exprime sont également directement évoqués. Dans un immense miroir rond placé au-dessus de la scène, les images des danseurs « flottent », comme si un cygne en vol les observait[9].