Le mal court

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GenreComédie
Nb. d'actes3
Durée approximative115 minutes
Le mal court
Silvia Monfort dans Le mal court. Théâtre La Bruyère 1963.
Silvia Monfort dans Le mal court. Théâtre La Bruyère 1963.

Auteur Jacques Audiberti
Genre Comédie
Nb. d'actes 3
Durée approximative 115 minutes
Dates d'écriture 1947
Sources (BNF 31740272)
Éditeur Gallimard
Collection Théâtre
Date de parution 1948
Nombre de pages 200
Date de création en français
Lieu de création en français Théâtre de Poche
Paris
Metteur en scène Georges Vitaly
Scénographe Marie Viton
Rôle principal La princesse Alarica
Représentations notables
Mise en scène de Georges Vitaly, Théâtre La Bruyère Paris, 1955.
Mise en scène de Georges Vitaly, production Tréteaux de France, Parc des Sports de Fresnes, 1966.
Personnages principaux
  • Alarica, princesse de Courtelande, fille du roi Celestincic
  • F..., policier-séducteur
  • Toulouse, l'espionne-gouvernante d'Alarica
  • Parfait XVII, roi de l'Occident
  • Le cardinal de la Rosette et ministre du roi de l'Occident
  • Le maréchal de la noblesse, général Silvestrius et conseiller du roi Celestincic
  • Celestincic, roi du grand-duché de Courtelande
  • Lieutenant de l'armée courtelandaise, chargé d'escorter la princesse Alarica et sa suite
Lieux de l'action
Acte I, II et III : chambre d'Alarica et de sa gouvernante, dans une résidence située sur le territoire de Saxe, à proximité de la frontière d'Occident.
Incipit des tirades célèbres
Acte I

Alarica [qui vient d'être réveillée par le bruit de la circulation] à sa gouvernante Toulouse : — J'ai entendu la roue d'une charrette. Elle m'a grincé jusque dans les dents.
La gouvernante : — Tu as des sens tout à fait diaboliques. Tout te blesse, mais tu ne manques rien. Le mariage te fera du bien.
Alarica : — Tu te flattes que le mariage me rendra sourde ?
Toulouse : — Il t'apaisera, te détendra. Non plus d'un peu de fleur d'orange, mais de l'arbre aux oranges tout entier ton corps sera comblé, satisfait, rassuré. Le mariage, c'est l'état, c'est le trône de la femme.
Alarica : — Une femme je ne suis pas.
Toulouse : — De toi le mariage saura faire une femme.
Alarica : — Fera-t-il un homme de mon époux ?
Toulouse : — Même puceau, un homme est un homme, même puceau, même tout seul. Mais une femme n'est entière qu'autant qu'elle est une moitié.

La gouvernante : — Pendant huit ans, ni de jour ni de nuit, je ne t'ai quittée. Prétendrai-je que je te connais ? Une petite fille, mais qu'on la gratte, sous les joujoux, sous les caprices, que trouvera-t-on ? Le diamant. Ton cœur est dur.
Alarica : — Dur ? Non. Pur. Je veux qu'il soit pur.

Alarica à la gouvernante : — Je réfléchis. D'abord, cet homme, tu le chasses. Ensuite, tu le dorlotes. Ton fils, il serait ton fils, tu ne te remuerais pas plus.
La gouvernante : — Mon fils ? Il l'est.
Alarica : — Comment ?
La gouvernante : — Les hommes sont les fils des femmes.
Alarica : — Des jeunes filles, alors, les jeunes hommes sont les amants, même à distance et sans qu'on vous ait présentée ?
La gouvernante : — Je crains qu'il en soit ainsi. Mais on est davantage la mère d'un homme entre tous, et même de plus près la maîtresse de celui qui vous ferme dans ses bras.

Acte II

Alarica : — Je ne les verrai pas, les iris d'Occident. Je ne recevrai pas la couronne. Je ne connaîtrait jamais les visages de mesdames de Boissangel, de Pompelane, de Chazouran, d'Iffimeur. Légère comme une déesse, portée par mon mari et suivie par ma robe, je n'entrerai pas, je n'entrerai pas dans la cathédrale. Je ne les dénombrerai pas, les cuirassiers, les navires, les vestibules. De loin, de bien loin, on l'a fait venir, la pauvre bête, au juste endroit où l'attendait le piquant de la dague.

Parfait : — Je ne puis rien contre la convenance administrative. Elle dispose de ma personne, de ma viande. [...] L'Espagne me menace sur mes frontières du Sud. Ses felouques cannonières ont bombardé mes cultivateurs de maïs. Le Danemark, lui, me taquine par le haut. Les régiments danois à toque rouge défilent, pour me narguer, toute la semaine...
Le cardinal : — L'Espagne met une égale et constance promptitude à nous proposer la guerre et à nous tendre l'amour. Ses îles africaines, chargées d'artilleries, nous barrent la route de l'or, et sans or, ma chère, comment se battrait-on ? Comment vivrait-on ? Or, le roi d'Espagne à une sœur.

Alarica au cardinal : — Monsieur le ministre, considérez, je vous prie, qu'un ministre représente le degré le plus élevé du domestique, et qu'il est, par conséquent, le domestique le plus certain, le moins constatable, en dépit de ses mats et de ses vestibules et du tonnerre qu'il emprunte pour organiser la mort. Tant que ce ne fut sur le tapis que la vicissitude des peuples et même ma carrière, je me suis contenue. Mais qu'on touche à mes doigts de pied, je saute. Des doigts de pied de femme comme les miens, vous n'en avez peut-être jamais vu. Tenez, mon brave (elle s'adresse au cardinal), gouttez-les. Vous m'en donnerez des nouvelles.

Acte III

Alarica à F... : — Tu as été auprès de moi dans une mauvaise passe. Je me suis servie de toi. Je t'ai fait jouer un rôle. Mais j'ai tenu que réalité vienne, au plus vite, pour alimenter la comédie, l'alimenter, la démentir. Je ne regrette rien. J'ai perdu avec toi mon honneur de fille. Disons que tu m'a donné mon bonheur de femme, si c'est un honneur que d'être conforme à sa nature physique. Non, mon ami, je ne regrette rien. J'aurais mieux aimé, vous le savez, connaître le destin d'une épouse limpide. J'aurais été loyale au roi, fidèle à Dieu. Mais puisque le roi n'a pas pu, et ses raisons ne sont ni louches ni mesquines, puisqu'il n'a pas pu gravir avec moi toutes les marches de l'autel, je juge équitable de t'avoir donné la joie de mon corps, à toi qui, le premier, non sans courage, vins à moi pour me prendre aux lèvres. Je ne pense que du bien de vous. Ne pensez pas de mal de moi. Vous m'aviez embrassée. Je suis pour la droiture, toujours, pour la vérité. Vous m'aviez embrassée. Vous m'aviez serrée. J'étais déjà votre maîtresse. Le crime eut été que le roi d'Occident malgré tout m'épousât. Il faut que le monde soit clair. Si les cœurs étaient clairs, le monde serait clair.

F... : — Ils voulaient être surs, en Occident, que ça tiendrait. Que la rupture tiendrait. Le cardinal. (Il soulève son chapeau.) Le cardinal désirait qu'un scandale carabiné anéantit, de toute façon, votre mariage, au cas où vous fussiez obstinée. Je fus envoyé ici, en mission, afin de vous compromettre. Remarquez que si mon numéro avait foiré, vous auriez tout de même été mouchée. Les roues de votre carrosse, en effet, avaient été assaisonnées. Jamais vous n'auriez franchi le fleuve. Jamais. Ou, alors, à la dérive. Mais ça ne pouvait pas foirer. Ça ne pouvait pas. C'était réglé comme les manœuvres d'une frégate. Elle est bien faite, la police. Ceux-là qui vous diront que le hasard est dedans, demandez-leur un peu qu'ils aillent voir comment ça se passe, quand par exemple on est sur des imprimeurs de libellés et que, dans chaque imprimeur, il y a un commis de chez nous qui nous apporte au bureau les épreuves dès qu'elles tombent.

Le mal court est une pièce de théâtre de Jacques Audiberti créée au Théâtre de Poche le . Suzanne Flon était la créatrice du rôle d'Alarica.

Comédie en 3 actes.
Acte I
Alarica (Silvia Monfort) n'est pas insensible à la flamme de Monsieur F... (Jean Brassat).

La princesse Alarica, fille du souverain Celestincic du grand-duché de Courtelande situé quelque part dans l'est de l'Europe et voisinant avec l'Empire Russe, a été demandée en mariage par Parfait XVII, roi d'Occident. Alarica est arrivée, avec sa suite, en territoire de Saxe, limitrophe de l'Occident. Dans la chambre qui leur a été octroyée dans la résidence de Saxe, à cinq heures vingt, Alarica et sa gouvernante Toulouse sont éveillées. Selon le protocole, elles se préparent à recevoir la visite du roi Parfait. Lorsqu'on frappe violemment, à plusieurs reprises, à leur porte et que le roi Parfait, ou prétendu tel s'annonce de façon non protocolaire, la gouvernante est prise d'un doute et, par sécurité, refuse d'ouvrir la porte, mais Alarica, plus confiante, y consent. Un grand jeune homme énamouré se précipite vers Alarica en lui déclarant sa flamme. Alors que la gouvernante doute de l'identité du jeune homme, Alarica n'est pas insensible à la ferveur amoureuse que ne cesse de lui témoigner celui-ci. Finalement, la gouvernante, convaincue qu'il n'est pas le roi, donne l'alerte en appelant le lieutenant de l'armée du roi Celestincic. Le maréchal de la noblesse courtelandaise (autrement dit « le général Silvestrius ») est appelé à la rescousse pour identifier le roi Parfait qu'il a déjà rencontré par le passé. Mais alors que le maréchal, dépassé par l'embrouillamini de la situation, est incapable de se prononcer, le lieutenant décide d'arrêter le prétendu roi. Celui-ci s’enfuit en sautant par la fenêtre. Le lieutenant lui tire dessus, mais la balle se loge dans la queue de la perruque du fuyard. Ce dernier n’est qu’assommé par l’impact (il revient à lui en disant « Quelqu’un m’a donné du gourdin dans la nuque. J'ai vu mille soleils. », puis il se rendort (en méconnaissance de son identité, on va l'appeler F...). Mais voilà qu'on frappe de nouveau à la porte : c'est le roi Parfait qui se présente accompagné de son ministre, le cardinal de la Rosette.

Acte II
Même lieu. Mêmes personnages. L'acte s'enchaîne avec l'acte précédent.

(Entrent le roi Parfait et le cardinal de la Rosette. Le roi d'Occident est en vert, avec des bottes. Petite perruque, tendance à l’embonpoint. Le cardinal est en habit de voyage. Il porte un manteau sur le bras. Tous deux s'inclinent.)

Le roi Parfait (Roger Pelletier) est très épris de la princesse Alarica.

Si le roi est courtois avec Alarica et la complimente pour sa beauté, son ministre de la Rosette se montre acerbe et ne manque aucune occasion pour dénigrer le royaume de Courtelande, enchaînant les critiques. Successivement, il qualifie le grand-duché « d'âpre contrée », laquelle « hormis la pluie, ils n'ont rien », « vous ne devez pas en avoir beaucoup, de maisons, dans votre campagne sauvage ». À Alarica qui lui dit « nous avons du bois », il lui répond « le bois sert aussi à faire des navires, mais ils marcheront comment, sans un peu de mer ? » Lorsque Alarica rappelle qu'elle est fiancée au roi, le cardinal prétend lui donner une leçon en rétorquant : « Femme de roi, croyez-moi, c'est un état pour lequel il convient d'avoir de fortes épaules. » Le dialogue se transforme alors en affrontement quand Alarica lui répond « Je suis fille de roi, Monseigneur. Je ne pense pas qu'il vous appartienne de m'instruire dans une matière qui m'est plus familière qu'à vous. » Le cardinal conteste sa souveraineté : « La Courtelande n'est royale que depuis que les grandes puissances en ont ainsi décidé, il y a huit ans. » Cette remarque désobligeante pour Alarica fait sursauter le roi qui, désolé, essaie de rester accommodant : « Que puis-je faire pour vous plaire ? Demandez-moi ce que vous voudrez. » Mais le cardinal insiste sur le fait que le roi n'a pas dit le plus important et reproche à celui-ci ses atermoiements « qui empirent la blessure qu'il faut faire [à Alarica]. » Mais celle-ci a déjà deviné en répondant au roi « N'allez pas plus avant. J'avais compris dès que j'ai vu cet homme » (désignant le cardinal, celui-ci est offusqué qu'elle escamote son titre). C'est elle qui résume ce que le roi ne parvient pas à lui avouer : « Je ne les verrai pas, les iris d'Occident. Je ne recevrai pas la couronne. […] De loin, de bien loin, on l'a fait venir, la pauvre bête, au juste endroit où l'attendait le piquant de la dague » (Le roi s'agenouille, en sanglotant, au pied du lit d'Alarica.) Le roi lui explique que l'Espagne le menace sur ses frontières du Sud et que le Danemark « le taquine par le haut », pour la raison que le souverain du Danemark est, par les femmes, le grand-père du roi d'Espagne — et, le plus important, est qu'il est également celui de Mercédès, la sœur du roi —. La solution, pour mettre fin aux hostilités des Espagnols et des Danois, est que le roi Parfait épouse Mercédès. Le cardinal résume trivialement la décision révoquant les fiançailles de Parfait et d'Alarica : « Nous laissons au Danemark les mains libres pour la morue [un avantage dans l'affaire d'un marché bassement mercantile de peaux de morue] et nous mettons l'Espagne dans nos draps. » [À partir de là, Alarica fredonne une chanson en courtelandais jusqu'à l'arrivée du maréchal.] Pour compenser le désistement des épousailles de l’Occident avec la Courtelande, le cardinal a tout prévu : une donation [sans frais ni taxe] de deux châteaux en Occident et, pour le roi Celestincic, une lettre de change de quarante-quatre écus d’Occident (trois cent mille florins de Courtelande). De façon méprisante, le cardinal précise que « cela vous permettra, braves gens, d’ajouter une colonne aux quatre péristyles du théâtre de votre métropole de paille et de pluie. » Mais quand le cardinal fait référence à la rumeur d'une anomalie physique d'Alarica « qui aurait les doigts de pied qui se tiennent. Et ce n'est pas tout... [murmurant à l'oreille du maréchal] », Alarica, lui répond « Tant que ne furent sur le tapis que la vicissitude des peuples et même de ma carrière, je me suis contenue. Mais qu'on touche à mes doigts de pied, je saute.

Alarica au cardinal : « Des doigts de pied de femme comme les miens, vous n'en avez peut-être jamais vu. Tenez, mon brave, goûtez-les. Vous m'en donnerez des nouvelles ».

Des doigts de pied de femme comme les miens, vous n'en avez peut-être jamais vu. Tenez, mon brave, goûtez-les. Vous m'en donnerez des nouvelles. » (Elle promène ses jambes nues sous le nez du cardinal. Le maréchal et la gouvernante tentent de réprimer l'emportement d'Alarica, qui est debout sur son lit et qui saute. […] Elle arrache sa chemise. La gouvernante et le maréchal s'efforcent de l'en empêcher. Ils gravissent le lit qui s'écroule à moitié. La fille leur échappe et s'enfuit. Elle danse, provocante, entre les autres, qui s'essoufflent. Elle vient près du cardinal et se jette contre lui.) Et lui dit « Je vous brulerai jusqu'à l'os. » Il s'ensuit que, jusqu'à présent dénudée, Alarica revêt une robe ; mais elle a perturbé le cardinal et le roi Parfait de telle façon que celui-ci se dresse contre son ministre, en révélant que le cardinal a « fricassé toute cette affaire. […] Notre mariage ne fut manigancé par le cardinal afin de chatouiller, d'accélérer la conclusion de notre accord avec l'Espagne. Dès le commencement, c'était une comédie. Voilà la vérité ! » Voulant renverser la situation, le roi Parfait, supplantant son ministre, enjoint à Alarica à s'enfuir avec lui, mais elle a d'autres projets. Pour cela, elle revêt un costume d'amazone, car elle part en résistance. Elle réveille F... qui dormait derrière le paravent (« J'ai dormi comme du plomb. Le cou me fait mal. C'est ce choc »). Se jouant du roi, Alarica embrasse F... sur les lèvres en disant « Nous deux, nous allons retourner dans notre lande malotrue ». Mais, continuant de se moquer du roi et de son ministre, elle fait mine de consentir à son mariage avec Parfait, à la condition que F..., déclaré comme son petit ami, soit nommé colonel et partage le lit royal. Finalement, vaincus par la comédie d'Alarica, le roi Parfait, effondré, et le cardinal se retirent.

Acte III
Même décor.
Alicia et F... sont sur le lit d'Alarica. Ils achèvent de s'habiller.
Alarica, qui s'est proclamée reine de Courtelande, fait face à son père déchu Celestincic (R. J. Chauffard) qui se demande :
— Qu'est-ce que je vais devenir ?
Elle répond : — Le mal court.

Alarica se prépare à rentrer en Courtelande. Elle a passé la nuit avec F... qui, lui aussi, songe à quitter le pays. Elle lui fait part de son regret d'avoir joué la comédie au roi Parfait en ayant tout fait « pour qu'il me croie une garce, et, même, pour être, pour de bon, méchante. » F... la rassure en lui disant que le roi se consolera avec d’autres femmes. Cependant, Alarica ne regrette pas d’avoir donné son corps à F... qui, le premier, vint l’embrasser. Elle lui exprime son estime en disant : « Vous m’aviez embrassée. Je suis pour la droiture, toujours la vérité. Vous m'aviez serrée. J'étais déjà votre maitresse. Le crime aurait été que le roi d'Occident malgré tout m'épousa. Il faut que le monde soit clair. Si les cœurs étaient clairs, le monde serait clair. »
Alarica, s'inquiétant de l'absence prolongée de sa gouvernante qui pourrait être embarrassée par le fait que « la princesse ait pris un amant », est détrompée par F... qui lui apprend que sa gouvernante aurait passé la nuit avec le maréchal. Face à l'incrédulité d'Alarica, F... lui répond que sa naïveté et ses illusions qui lui font prendre le faux pour le vrai lui donnent « des agaceries dans le bras qui sert à planter des tartes. » Alarica réplique que la déclaration d’amour que F... lui a faite est vraie et qu’elle se souvient des mots qui l’ont émue. Il lui révèle alors que ces mots figuraient dans un manuscrit que quelqu'un avait écrit pour être récité. D'ailleurs, il tire de sa poche ce manuscrit qu'il se met à parcourir. Alarica tombe des nues en se demandant quel est le sens de tout cela. Elle réalise enfin : « Vous voulez dire que vous me récitâtes un texte qu'on vous prépara ? Vous teniez un emploi. Pour le compte de qui ? » F... lui apprend qu'il s'appelle Roger La Vaque et qu'il est policier. Il lui révèle les détails du complot : « En Occident, ils cherchaient à s’assurer que la rupture réussirait ; le cardinal désirait un scandale retentissant pour mettre fin au mariage de toute façon ; quant à F..., il avait été mandaté pour salir la réputation de la princesse. » Et que, même si le numéro avait foiré, les roues du carrosse de la princesse avaient été assaisonnées et que jamais elle n'aurait franchi le fleuve. Alarica est effondrée par ces révélations en déclarant « Ainsi, partout, l'on triche. Partout, l'on fait comme si... C'est insupportable. C'est horrible. »

Mais l'arrivée de la gouvernante interrompt leur conversation. Alarica s'épanche sur son épaule. La gouvernante lui propose de retourner tout de suite dans « ton pays qui m'adopta » et à la rencontre de l'équipage du roi Celestincic venu les rejoindre. Pour consoler Alarica, la gouvernante lui dit que d'autres princes existent... Ce qui déclenche l'ire d'Alarica qui répond « Il s'agit bien du trône ! C'est au mensonge, au mal que jamais je ne me ferai. Chaque bouche est un piège. On a même truqué les roues de ma voiture. » En entendant ces derniers mots, la gouvernante se tourne vers F... et le traite de « salaud » pour « avoir parlé ». À partir de là, la gouvernante et F... s’invectivent, s’injurient et se menacent (la gouvernante dit notamment à F... : « Vous m'avez brûlée. Vous serez fusillé. »). Après avoir fait son mea-culpa à Alarica, la gouvernante s'en va.

Mais une voix, derrière la porte, dit — C'est le roi.

C'est le roi Celestincic, cinquante ans, qui entre, avec béquille, manchons.

Il sait que les fiançailles sont rompues, mais ne semble pas trop déçu des deux châteaux et des trois cent mille florins reçus en compensation. Alarica est étonnée qu'il soit déjà au courant. Le roi est prêt à partir avec sa fille « tous les deux, tous les deux ». F... veut fuir les Occidentaux « qui le rattraperont comme ils voudront. » Mais Alarica lui propose de venir avec eux. Le roi marque son désaccord quand Alarica fait part à F... de ses projets ambitieux pour moderniser la Courtelande et que le royaume a besoin d'officiers et que, même si F... n'est pas noble « La noblesse prend sa source dans l'ambition et l'énergie. » Ce n'est pas du tout du goût du roi qui monte sur ses grands chevaux : « Je ne tolérerai pas que tu te flattes d'une prérogative dont je dispose seul. Seuls mes invités seront les bienvenus dans ma maison. » (le roi et Alarica échangent quelques mots acerbes en courtelandais). Puis Alarica dit à F... « Je t'emmène, tu seras mon partageur musclé. Ce qu'il me faut de chair virile pour être un homme tout à fait. »
Le roi Celestincic s'étonne de l'absence de la gouvernante. Alarica lui répond « Ma gouvernante cuisine des roues. Ma gouvernante tricote des balles. Avant tout, ce qu'il faut c'est que coure le mal. Le mal court. Vous le voyez ? Comme il court bien ! Furet ! C'est un plaisir. Le crime... » Le roi Celestincic ne comprend rien de ce que raconte Alarica, mais s'en prend au roi Parfait, le traitant de crapule. Alarica répond alors à son père : « Le roi d'Occident est un très grand roi. Vous n'êtes, vous, qu'un petit roi d'oies. Vous régnez sur les oies, mon ami. Mais patience... » Le roi Celestincic croit que sa fille est devenue folle et veut alerter ses officiers et les autorités de Saxe pour le constater. Le maréchal et le lieutenant entrent et le roi Celestincic leur demande d'appréhender F... et qu'il va enfermer sa fille qui a la tête dérangée. Mais Alarica s'explique sur sa prise de position en déclarant « Ma vie si pure, ma si droite vie, n'aura servi qu'à masquer l'ouragan de ma férocité. Ma férocité se démasque. Tout le mal que je n'ai pas fait, je le fais d'un seul coup. La plaine s'ouvre. Que jaillisse la montagne des eaux noires. » Elle interpelle F... qui la comprend parfaitement et la suit dans ses ambitions. Il dévoile son plan pour fertiliser les marécages de Courtelande en les asséchant tout en évacuant l'eau vers les fleuves et qu'ensuite, le blé qui poussera permettra à la Courtelande de le vendre en quinze bateaux par an en Angleterre qui n'a guère de blé. Comme il faudra un port, les Anglais viendront le chercher dans le port moscovite le plus proche de nous, car Catherine nous en louera un. Parce que d'abord elle palpe le bail et ensuite, à mesure que d'argent et de crédit nous nous enrichissons, la brave Catherine nous vendra du cuir, des fourrures, du thé. À notre tour, avec l'argent de notre blé, nous achèterons, en Angleterre, des machines...
Alarica tient alors un discours devant la petite assemblée qui — à part le roi Celestincic — a approuvé le plan de F... : « Messieurs, la reine de Courtelande vous délie du serment prêté entre les mains de ce béquillard pastilleux. La reine de Courtelande vous conseille de jurer fidélité à moi-même et, par-dessus le marché, à ce beau garçon que, désormais, je promeus mon cheval, mon danseur, mon tuteur, mon filleul et mon cavalier. Les blés seront hauts, désormais, là-bas, sur notre contrée mal notée. Nous aurons des hôpitaux, des casernements, des instituts. Je m'en moque. Je ne recherche pas la puissance pour la puissance, mais il se trouve que je suis la fille d’un souverain et que le renversement de mon âme du côté du mal qui est le bien, du mal qui est le roi, je ne puis l'accomplir de plus mémorable, de plus exemplaire manière qu'en revendiquant la puissance, par l'assassinat si c'est nécessaire. […] Engendrer signifie qu'on douta de soi pour accomplir la vie. L'enfant détruit le parent. […] Les granges craqueront de blé. Nous aurons des canons, des douaniers, des prêtres. Les enfants prieront à genoux devant mon image. »
Le roi Celestincic s'interroge : — « Qu'est-ce que je vais devenir ? » Alarica répond : — « Le mal court. »

Décor

Décor identique aux actes I, II et III : époque Louix XV.
Décembre 1762 : une chambre, dans une résidence située sur le territoire de l'électeur de Saxe, à proximité de la frontière de l'Occident. Deux lits.

Création de la pièce

Le metteur en scène Georges Vitaly en répétition à Rotterdam en 1961.

Créée le dans une mise en scène de Georges Vitaly au Théâtre de Poche-Montparnasse de Paris (6e arr.)[1].
Georges Vitaly a également effectué la mise en scène des reprises de 1955 (Théâtre La Bruyère), 1963 (La Bruyère), 1966 (Tréteaux de France à Fresnes) et 1982 (au Théâtre du Tourtour[Note 1]). Le rôle principal, celui de la princesse Alarica, a été créé par Suzanne Flon qui a de nouveau endossé ce rôle en 1955.

Représentations 1955

Toutes ces informations proviennent des Archives du Spectacle[2].

Fiche technique

Distribution

Représentations 1963

Toutes ces informations proviennent du cahier BnF no 46 (ISBN 2-7177-2282-3) de l'exposition Silvia Monfort - Une vie de combat pour le théâtre 2003-2004[3].

Fiche technique

Distribution

De gauche à droite : Jean-Pierre Moutier (le lieutenant), Claude Mansart (le maréchal), Jean Brassat (F...), Silvia Monfort (Alarica), Roger Pelletier (Parfait), Aline Bertrand (la gouvernante), Jean Bolo (le cardinal), R. J. Chauffard (Celestincic), en 1963 au théâtre La Bruyère.

Représentations 1966

Le chapiteau des Tréteaux de France.
Jean Danet en conférence au Festival d'Avignon 1975.

Toutes ces informations proviennent des Archives du Spectacle[4].

Fiche technique

Distribution

  • Silvia Monfort : Alarica, princesse de Courtelande
  • Moni-Reh : Madame Toulouse, gouvernante d'Alarica
  • Jean Danet : Monsieur F...
  • Jacques Herbert : le lieutenant
  • Rogers : le maréchal
  • Roger Pelletier : Parfait XVII, roi d'Occident
  • Jean Antolinos : le cardinal de la Rosette
  • Georges Aubert : Celestincic, roi de Courtelande

Témoignage

Jacques Audiberti : « Silvia Monfort joue à son tour Alarica, sur la scène du théâtre La Bruyère. Elle compose davantage. Elle rejoint en prenant du champ. Elle chorégraphie. Elle déploie l'artistique plasticité. Elle ne cherche pas l'absolue vraisemblance d'un modèle historique, absent, d’ailleurs, de mon esprit quand j'écrivis ces rapides trois actes. [...] De toute part, elle s'enroule au spectateur[3]. »

Vidéo

Notes et références

Liens externes

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