Lee Kun-hee

ancien chef d'entreprise, homme d'affaires sud-coréen et président du groupe Samsung From Wikipedia, the free encyclopedia

Lee Kun-hee (hangeul 이건희, romanisation révisée I Geon-hui), né le à Daegu (Corée) et mort le [1] à Séoul (Corée du Sud), était un chef d'entreprise sud-coréen, président du Groupe Samsung.

Décès
Nom de naissance
Kunhee Lee
Surnom
Lee Kun-hee
Faits en bref Président du groupe Samsung, 24 mars 2010 - 25 octobre 2020 ...
Lee Kun-hee
Lee Kun-hee en 2013.
Fonctions
Président du groupe Samsung
-
Président du groupe Samsung
-
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Kunhee Lee
Surnom
Lee Kun-hee
Romanisation révisée
I Geon-huiVoir et modifier les données sur Wikidata
McCune-Reischauer
I KŏnhŭiVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Sud-Coréen (Drapeau de la Corée du Sud Corée du Sud)
Formation
Université Waseda
Université George-Washington
Seoul National University High School (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Père
Mère
Park Tu-ul (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Lee In-hee (d)
Lee Maeng-hee (d)
Lee Chang-hee (d)
Lee Myung-heeVoir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Hong Ra-hee
Enfants
Parentèle
Jo Un-hae (d) (beau-frère)
Jeong Jae-eun (d) (beau-frère)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Propriétaire de
Samsung Electronics, Samsung Life, Lee Kun-hee Collection (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Membre de
Condamné pour
Distinctions
Fermer

Lee Kun-hee (1942-2020) est un industriel sud-coréen ayant présidé le Groupe Samsung de 1987 à sa mort. Il hérite de la présidence du groupe à la mort de son père, Lee Byung-chul en 1987, et la transmet à son fils Lee Jae-yong (homme d'affaires) en 2020, dans les mêmes conditions. Initiateur de la « Nouvelle Gestion » en 1993, il a transformé le groupe en leader mondial de la Technologie, de l'Électronique et des Semi-conducteurs avec son célèbre slogan appelant à un changement radical de culture d'entreprise « Changez tout, sauf votre femme et vos enfants », un slogan qui servait de cri de ralliement pour ses employés. Membre du Comité international olympique, il était l'homme le plus riche de Corée du Sud.

Biographie

Origines et Jeunesse (1942-1953)

Portrait en noir et blanc de Lee Byung-Chul et d'un jeune garçon. À gauche, Byung-Chul porte un costume avec une cravate et des lunettes à monture fine, affichant une expression sérieuse. À droite, le jeune garçon (Lee Kun-hee) porte un pull sombre.
Lee Kun-hee enfant aux côtés de son père, Lee Byung-chul, fondateur du groupe Samsung.


Lee Kun-hee naît le à Daegu, une ville du sud-est de la Corée. À cette époque, la Corée est sous domination japonaise (Corée pendant la colonisation japonaise ). Son environnement familial est donc imprégné d'une double culture coréenne et nippone dès le berceau. Il est le septième enfant et le troisième fils de Lee Byung-chul un homme d'affaires influent; le fondateur du groupe Samsung en 1938 (une société de négoce de poisson séché, de légumes et de nouilles), et de sa première épouse, Park Du-eul. Décrit comme un enfant solitaire et observateur, il passe une partie de sa jeunesse au Japon, envoyé par son père dès l'âge de 11 ans pour découvrir le monde et apprendre la discipline japonaise. En tant que cadet des garçons, il n'était pas initialement destiné à succéder à son père, la tradition coréenne privilégiant le fils aîné, mais dès son plus jeune âge, Kun-hee baigne dans les discussions sur le commerce, la stratégie et la résilience économique, observant comment son père navigue à travers les crises politiques.

L'épreuve de la Guerre de Corée (1950-1953)


Alors qu'il n'a que 8 ans, la guerre éclate entre le Nord et le Sud. La famille doit fuir séoul pour se réfugier à Pusan, puis à Daegu. Cette période d'instabilité totale et de pauvreté généralisée autour de lui forge son obsession pour la sécurité économique et la domination du marché, afin de ne plus jamais être à la merci des événements extérieurs. Durant ces années de conflit, son père est souvent absent pour reconstruire ses entreprises. Lee Kun-hee passe beaucoup de temps seul, développant un caractère introverti et un goût prononcé pour le démontage de jouets mécaniques pour comprendre leur fonctionnement.

Le départ pour le Japon (1953)

À la fin de la guerre, en 1953, son père prend une décision radicale : envoyer le jeune Kun-hee, alors âgé de 11 ans, poursuivre ses études au Japon. L'objectif : Il veut que son fils apprenne "la culture de la précision" japonaise et s'imprègne des technologies les plus avancées de l'époque. Ce départ marque la fin de sa petite enfance et le début de sa formation internationale.

Parcours académique et découverte du monde (1953-1966)

Cette période est cruciale car elle transforme le jeune garçon solitaire en un homme d'affaires à la vision globale, capable de comprendre les forces technologiques japonaises et le capitalisme américain.

L'exil scolaire au Japon (1953-1961)

Envoyé au Japon à l'âge de 11 ans, Lee Kun-hee y passe ses années de collège et de lycée. Cet éloignement familial forge son indépendance. Durant son temps libre, il se passionne pour le cinéma et le démontage de moteurs de voitures et d'appareils électroniques, cherchant à comprendre le « pourquoi » de chaque pièce. Il intègre la prestigieuse Université Waseda à Tokyo, où il obtient un diplôme en économie. C'est ici qu'il parfait sa maîtrise du japonais, une langue qu'il utilisera toute sa vie pour benchmarker ses concurrents nippons. En vivant au Japon durant la période de reconstruction d'après-guerre, il observe de près le miracle économique nippon et la rigueur des entreprises comme Sony ou Toyota.

L'ouverture sur l'Occident (1961-1966)

Après le Japon, son père l'envoie aux États-Unis pour parfaire sa culture de la gestion moderne, Il s'installe à Washington D.C. pour suivre un Master of Business Administration (MBA) à l'Université George Washington. Aux États-Unis, il découvre la puissance de la consommation de masse et la domination technologique américaine, il comprend que l'avenir ne réside pas seulement dans la fabrication, mais dans l'innovation et le marketing global. À la fin de son séjour, il est trilingue (coréen, japonais et anglais), une rareté pour les dirigeants coréens de l'époque qui lui donne un avantage stratégique immense pour l'exportation en plus de ses relations.

Le retour au pays et l'intégration (1966)

Il rentre en Corée du Sud en 1966, armé d'une vision mondiale qui allait bientôt entrer en collision avec les méthodes traditionnelles de son père. À son retour, il n'est toujours pas le premier choix pour la succession, ses deux frères aînés, Lee Maeng-hee et Lee Chang-hee, étant devant lui dans l'ordre dynastique.

Débuts professionnels, Mariage et Ascension (1966-1987)

Cette période de sa vie est celle de l'enracinement dans l'empire familial et de la consolidation de sa légitimité, tant sur le plan personnel que professionnel. De retour de ses études, Lee Kun-hee doit faire ses preuves au sein du chaebol paternel. Contrairement à une idée reçue, sa place au sommet n'était pas garantie. Il commence sa carrière en au sein de la société de radiodiffusion Tongyang Broadcasting Company, Lee Kun-hee y a été affecté pour comprendre le monde de la communication et des médias, un secteur essentiel pour influencer l'opinion publique et le marketing. À cette époque, Samsung ne se résumait pas qu'à l'industrie. Il n'a pas commencé directement comme grand patron. Il occupait un poste de cadre moyen pour observer la gestion quotidienne. C’est durant cette période qu’il a forgé sa réputation d'homme silencieux. Au lieu de donner des ordres, il passait son temps à examiner les équipements techniques et à étudier comment les programmes étaient produits. Ce passage par les médias lui a donné une perspective que beaucoup d'industriels n'avaient pas : la compréhension du pouvoir de l'image et de la marque. Cela l'aidera plus tard à transformer Samsung, passant d'un fabricant de composants obscurs à une marque mondiale "glamour" et reconnue. C'est aussi via cette filiale qu'il a rencontré son épouse, Hong Ra-hee, car son père à elle (Hong Jin-ki) dirigeait le quotidien JoongAng Ilbo, qui était étroitement lié à Tongyang Broadcasting Company (TBC). TBC était une station de radio et de télévision majeure en Corée du Sud, fondée par son père. Il passe ensuite par plusieurs divisions, notamment Samsung C&T et Samsung Electronics. Durant ces années, il reste un observateur discret, souvent surnommé « l'auditeur » car il passait des heures à écouter et à examiner les processus de fabrication. Pendant cette période, ses deux frères aînés (Lee Maeng-hee et Lee Chang-hee) occupent les rôles de premier plan. Cependant, des conflits de gestion et des scandales de contrebande impliquant ses frères poussent leur père, Lee Byung-chul, à reconsidérer l'ordre de succession au profit de Kun-hee, jugé plus stable et visionnaire, il était presque impensable que le troisième fils évince les aînés.

conflit de succession entre Lee Kun-hee et ses frères Lee Maeng-hee et Lee Chang-hee

Tout commence en 1966, par une affaire de contrebande massive. La société Korea Fertilizer, appartenant alors à Samsung, est prise en flagrant délit d'importation illégale de 52 tonnes de saccharine (un édulcorant) en provenance du Japon, déguisées en matériaux de construction, Lee Chang-hee (le deuxième fils) est désigné comme le principal responsable de l'opération. Le scandale est tel qu'il est condamné à une peine de prison. Pour calmer la colère de l'opinion publique et protéger le groupe, le fondateur Lee Byung-chul est contraint de démissionner de la présidence et de faire don de l'entreprise d'engrais à l'État. Alors que Lee Chang-hee sort de prison en 1969, il est furieux de voir que son père ne lui redonne pas sa place, il tente alors un coup d'État familial, Chang-hee écrit une lettre directement au président de la Corée du Sud (à la "Maison Bleue") pour dénoncer les pratiques de corruption et d'évasion fiscale de son propre père, espérant le faire écarter définitivement. Le père, découvrant la trahison, entre dans une rage noire. Il bannit Lee Chang-hee de la succession et l'exile aux États-Unis. Il ne lui pardonnera jamais vraiment. L'aîné, Lee Maeng-hee, aurait dû naturellement prendre la suite et même être le premier choix. Mais son passage à la direction de plusieurs filiales est jugé catastrophique. Son père estime qu'il n'a pas le tempérament nécessaire pour diriger un empire. Maeng-hee est décrit comme trop instable et incapable de s'imposer face aux cadres dirigeants.

Après sept ans d'observation, le patriarche prend une décision historique : il écarte ses deux aînés et choisit le troisième fils, Lee Kun-hee, qu'il juge plus calme, plus analytique et doté d'une meilleure vision technologique.

Ce choix a créé une fracture définitive dans la famille Lee, menant à la création de groupes séparés que nous connaissons aujourd'hui :

  • CJ Group : Revenu à la famille de l'aîné (Maeng-hee).
  • Hansol : Revenu à une autre sœur.

En 2012, Lee Maeng-hee (alors âgé de 81 ans) intentera un procès à son frère Lee Kun-hee pour réclamer une part de l'héritage en actions Samsung, un conflit qui se terminera par la victoire de Kun-hee devant les tribunaux.

Mariage de Lee Kun-hee avec Hong Ra-hee et accession à la présidence de Samsung

En , Lee Kun-hee contracte une union qui va s'avérer déterminante pour l'assise sociale de la famille Lee. Il épouse Hong Ra-hee, une diplômée en arts de l'université nationale de Séoul, Elle est la fille de Hong Jin-ki, ancien ministre de la Justice et président du JoongAng Ilbo (l'un des plus grands journaux du pays). Ce mariage crée un pont puissant entre le monde de l'industrie ( Groupe Samsung ) et celui des médias et de la politique. De cette union naissent quatre enfants qui occuperont tous des postes clés : Lee Jae-yong (homme d'affaires)(1968), Lee Boo-jin (1970), Lee Seo-hyun(1973) et Lee Yoon-hyung (1979-2005).

La montée vers le sommet (1978-1987)

En 1978, il est nommé vice-président du groupe Samsung. Il commence à exprimer ses inquiétudes sur la qualité des produits coréens, qu'il juge inférieurs à ceux des Japonais. C'est durant cette phase qu'il convainc son père, pourtant sceptique, d'investir massivement dans les puces électroniques et les semi-conducteurs, pressentant que l'avenir de l'électronique se jouerait sur ces composants. En 1983, quand Samsung a décidé de fabriquer sa première puce (64K DRAM), les ingénieurs américains et japonais se moquaient d'eux. Pour rattraper le retard, Lee Kun-hee a ordonné à ses ingénieurs de faire des marches forcées de 64 kilomètres (en référence à la puce 64K) dans le froid pour forger leur mental de guerriers. C'est cette mentalité de "guerre totale" appliquée à l'industrie qui explique pourquoi ils ont surpassé les Japonais.

Le , Lee Byung-chul décède. Conformément au testament révisé du patriarche, Lee Kun-hee est propulsé à la tête du groupe, seulement deux semaines après le deuil.

La Présidence et la Révolution de la Qualité (1987-1993)

la période la plus célèbre de sa vie, celle où il transforme radicalement l'identité de Samsung. Le , Lee Kun-hee devient officiellement le deuxième président du groupe Samsung. Bien qu'il ait hérité d'un empire solide, il n'est pas satisfait. Il hérite d'une entreprise qui produit en masse, mais dont l'image de marque à l'international est médiocre : Samsung est alors perçu comme un fabricant de produits bon marché et de seconde zone.

voyage d'étude mondial de Lee Kun-hee et réforme de la gestion de Samsung

Pendant les premières années de sa présidence, Lee Kun-hee voyage à travers le monde pour observer comment les produits Samsung sont vendus:

  • Le constat de Los Angeles : En visitant des magasins d'électronique aux États-Unis, il est horrifié de voir les téléviseurs Samsung couverts de poussière dans les coins reculés des rayons, tandis que les produits Sony et Panasonic trônent en tête de gondole.
  • Japon : Là-bas, il invite des experts japonais à critiquer les produits Samsung. Un designer japonais lui remet un rapport (le "rapport Fukuda") expliquant que le design de Samsung est sans âme et que la fabrication est bâclée. Lee Kun-hee réalise que Samsung a "un cancer au deuxième stade" : l'entreprise sait copier ( Politique de " Fast following" ( suiveur rapide)), mais elle ne sait pas créer l'excellence.
  • En Europe, il observe le marché du luxe et de l'électroménager haut de gamme. Dans les capitales européennes, Samsung est totalement invisible ou relégué aux rayons de solderie. Il comprend que pour conquérir l'Europe, il ne suffit pas d'être "technique", il faut être "élégant". C'est là qu'il décide d'investir massivement dans le design (ce qui mènera plus tard à la création de centres de design à Milan et Londres).
  • Il choisit l'Allemagne, Francfort, symbole de la rigueur et de la qualité (Mercedes-Benz Group, BMW, Siemens…), pour porter l'estocade finale. Lee Kun-hee convoque des centaines de cadres de Samsung dans un hôtel. Il y tient un discours marathon qui durera plusieurs jours et qui restera dans l'histoire sous le nom de « Nouvelle Gestion » (New Management). Il impose un changement de paradigme total : privilégier la qualité sur la quantité, même si cela signifie réduire les ventes à court terme.

Il fait acheter des caméscopes Sony et les fait démonter pièce par pièce devant ses ingénieurs, à côté de modèles Samsung. Le constat est sans appel : les modèles Samsung ont plus de pièces, sont plus lourds et tombent plus souvent en panne. C'est dans ce contexte de comparaison directe avec le fleuron allemand et japonais qu'il cita son fameux slogan sur le changement radical:


« changez tout, sauf votre femme et vos enfants »


Ce slogan n'était pas seulement une boutade, c'était un ordre de ralliement pour briser les habitudes bureaucratiques et l'immobilisme de ses employés. Son périple de 1993 a été une véritable étude de terrain mondiale, il a parcouru les centres névralgiques de la consommation pour confronter ses cadres à la réalité brutale du marché. Il réalise que si Samsung ne change pas radicalement, l'entreprise finira par disparaître face à la montée en puissance de la concurrence mondiale. De ce voyage, il tire une conclusion qui va sauver l'entreprise : "Le monde change plus vite que nous". Il impose alors deux règles immédiates :

  • Le système 7-4 : Les employés doivent arriver à 7h et repartir à 16h (au lieu du traditionnel 9h-20h). L'objectif était de "réveiller" les consciences, d'éviter les embouteillages pour gagner en efficacité et de forcer les cadres à utiliser leur temps libre pour s'auto-former ou réfléchir à l'avenir, se cultiver et stimuler leur créativité
  • L'arrêt des lignes : Si un ouvrier voit une pièce défectueuse, il a l'obligation d'arrêter toute la chaîne de production. Avant, la priorité était de ne jamais arrêter les machines.

Pour symboliser l'effort collectif, même les cadres dirigeants devaient apporter leurs propres mugs au bureau pour économiser le coût des gobelets en papier.

L'incident de Gumi (1995)

Pour prouver qu'il ne plaisantait pas sur la qualité, il organise un événement spectaculaire à l'usine de Gumi en 1995. Après avoir découvert qu'un lot de téléphones portables était défectueux, il fait rassembler 150 000 appareils (d'une valeur de 50 millions de dollars) devant 2 000 employés. Il ordonne de brûler les téléphones, puis de passer dessus avec des bulldozers sous les yeux des ouvriers en pleurs. Le message est clair : aucun produit imparfait ne sortira plus jamais des usines Samsung, initiant la révolution de la qualité chez Samsung.

L'Expansion mondiale, les Semi-conducteurs et le CIO (1994-2008)

Cette période marque la transformation de Samsung en une puissance technologique planétaire et l'ascension de Lee Kun-hee au rang de figure diplomatique mondiale. Grâce à ses investissements massifs décidés dans les années 80, la vision de Lee Kun-hee porte ses fruits. Sous sa direction, Samsung devient en 1994 la première entreprise au monde à développer la DRAM de 256 Mo. Dès le milieu des années 90, Samsung s'impose comme le leader mondial des puces mémoires, une position qu'elle n'a plus quittée depuis. Ce secteur devient la « vache à lait » du groupe, finançant ses aventures dans les téléphones et les écrans.

Lee Kun-hee comprenait que pour être une marque globale, il fallait être présent dans les cœurs et les esprits, pas seulement dans les magasins. En 1996, il est élu membre du Comité International Olympique, il utilise cette position pour accroître le prestige de la Corée du Sud et de Samsung. Il devient l'un des plus grands mécènes du sport mondial, faisant de Samsung un partenaire olympique mondial de premier plan. Son influence sera décisive pour l'obtention des Jeux d'hiver Jeux olympiques d'hiver de 2018 à Pyeongchang.

La crise financière asiatique (1997)

La crise financière asiatique de 1997, souvent appelée « crise du FMI » en Corée du Sud, a été le test ultime pour Lee Kun-hee. Alors que de nombreux conglomérats (chaebols) historiques comme Daewoo s'effondraient, Lee Kun-hee a utilisé cette menace existentielle pour achever la transformation de Samsung. Il sauve Samsung par une cure d'austérité brutale. En 1997, Samsung est le deuxième chaebol du pays, mais il est lourdement endetté. Lee Kun-hee comprend que le modèle coréen de croissance par l'endettement massif est mort. Contrairement à ses concurrents qui essayaient de tout sauver, Lee Kun-hee a tranché dans le vif pour garantir la survie du cœur technologique du groupe ( Samsung Electronics) , Le nombre de filiales du groupe passe de 80 à 45 en trois ans, il vend des actifs non stratégiques ou déficitaires. Le sacrifice le plus célèbre est celui de Samsung Motors, sa passion personnelle pour l'automobile, cédée à Renault après un échec cuisant. Pour la première fois de l'histoire du groupe, des dizaines de milliers d'employés sont licenciés, brisant le dogme de l'emploi à vie en Corée avec cette réduction d'effectifs. Il vend des dizaines de filiales non essentielles pour se concentrer sur trois piliers : l'électronique, la finance et les services. Sous l'impulsion de Lee Kun-hee, la crise force Samsung à passer d'un conglomérat familial opaque à une corporation plus institutionnalisée, s'inspirant des standards de transparence occidentaux. L'obsession n'est plus la taille du groupe, mais sa rentabilité et ses flux de trésorerie (cash-flow), il affirmait lui même “Priorité aux liquidités”. Il fait de Samsung Electronics le porte-étendard du groupe, lui donnant une autonomie financière totale. Alors que tous ses rivaux coupaient leurs budgets de recherche, Lee Kun-hee a maintenu, voire augmenté, les investissements dans les semi-conducteurs et les écrans LCD. Dès 1998, alors que la Corée est encore sous perfusion du FMI, Samsung Electronics annonce des profits records grâce à ses exportations, devenant ainsi la locomotive de la reprise économique nationale. Samsung sort de la crise plus svelte, plus agile et prêt à affronter le géant de l'époque, Sony.

La conquête des écrans et du mobile

En 2006, pour la première fois, Samsung dépasse Sony et Nokia pour devenir le premier fabricant mondial de téléviseurs et de téléphone marquant le passage de Samsung d'un statut de "suiveur" à celui de "leader" mondial incontesté, détrônant les géants japonais et finlandais qui semblaient intouchables. Au début des années 2000, Sony régnait sur le monde avec ses téléviseurs Trinitron. Lee Kun-hee a compris que l'avenir n'était plus au tube cathodique, mais au LCD (cristaux liquides). Alors que Sony hésitait à abandonner ses technologies dominantes, Lee Kun-hee a investi des milliards de dollars dans des usines de dalles LCD de grande taille. Samsung devient officiellement le numéro 1 mondial des téléviseurs, mettant fin à 30 ans de domination de Sony. Lee Kun-hee a imposé une esthétique inspirée des verres de vin de Bordeaux pour les téléviseurs, prouvant que Samsung pouvait allier une technologie supérieure à un design de luxe. Si les écrans ont été la première victoire, le combat contre le géant finlandais Nokia a été plus long. Lee Kun-hee a poussé ses ingénieurs à sortir de nouveaux modèles tous les six mois, testant sans cesse de nouvelles fonctionnalités (écrans couleur, caméras intégrées, écrans pivotants…). Contrairement à Nokia qui dominait grâce aux téléphones bon marché pour les marchés émergents, Samsung a suivi la vision de Lee Kun-hee : se concentrer sur le segment haut de gamme pour construire une image de marque forte. Samsung a été plus rapide que Nokia pour adopter les nouveaux standards comme la 3G, puis plus tard les écrans AMOLED, une technologie que Sony et les autres jugeaient trop coûteuse et instable. En misant sur l'OLED (AMOLED) pour ses smartphones, Lee Kun-hee a donné à Samsung une signature visuelle unique : des noirs parfaits et des couleurs éclatantes que même Apple finira par adopter pour ses iPhone des années plus tard. En 2012, Samsung devient officiellement le plus grand fabricant de téléphones au monde, détrônant un Nokia qui n'a pas vu venir la vague des smartphones. Dans un entretien, Lee Kun-hee exprime sa fierté concernant le fait que Samsung attire les personnes les plus brillantes de Corée du Sud, mais rajoute que son prochain but est d'attirer les talents du monde entier pour assurer à Samsung une place dans le classement des meilleures entreprises.

Controverses, Problèmes Judiciaires et Retrait (2008-2014)

L'ascension fulgurante de Lee Kun-hee ne s'est pas faite sans zones d'ombre. En tant que figure de proue du système des chaebols, il a été au centre de plusieurs tempêtes judiciaires illustrant les liens parfois opaques entre le pouvoir politique et les grands conglomérats. Il est impliqué dans un scandale avec de jeunes prostituées et, en 2008, il est accusé de corruption à l’égard de personnalités politiques et de juges, ainsi que d'avoir mis en place un système d'évasion fiscale qui lui aurait permis de détourner 8,9 milliards de dollars.

L'Affaire des fonds secrets (2008)

À la suite des révélations d'un ancien avocat du groupe, Lee Kun-hee est accusé d'avoir constitué des fonds occultes pour soudoyer des politiciens et des juges. Il est condamné pour évasion fiscale[2]. Fidèle à son sens du sacrifice pour l'entreprise, il démissionne de la présidence de Samsung en direct à la télévision, demandant pardon au peuple coréen. Son retrait est de courte durée puisqu'en 2009, le président Lee Myung-bak lui accorde une grâce spéciale. Le motif officiel ? Permettre à Lee Kun-hee de rester au CIO pour aider la Corée à obtenir les Jeux Olympiques d'hiver de Pyeongchang. Il reprend la tête de Samsung en 2010. Sentant la fin de l'ère du hardware pur, il avait lancé en:Samsung Biologics , qui est aujourd'hui l'un des plus grands sous-traitants de médicaments biotechnologiques au monde. Avec une fortune estimée à 7,3 milliards de dollars en 2010, lui et sa famille sont classés parmi les hommes les plus riches du monde, selon le magazine . Forbes. Il entre même dans le Top 100 des fortunes mondiales en 2012.

En 2014, il est élu 35e personne la plus influente du monde selon Forbes et, en 2016, sa fortune est estimée à 14,6 milliards de dollars[2].


Maladie, Fin de vie et Héritage (2014-2020)


Le , Lee Kun-hee est victime d'un infarctus du myocarde ( crise cardiaque) à son domicile. Transporté d'urgence au en:Samsung Medical Center de Séoul, il tombe dans un coma dont il ne sortira jamais vraiment. Pendant six ans, il reste hospitalisé dans un état végétatif stable (Syndrome d'éveil non répondant) , tandis que son fils unique, Lee Jae-yong, assure le poste de Président du groupe. En 2016,Samsung Electronics est confronté à un important échec commercial, avec l'échec du smartphone Galaxy Note 7, rappelé de la vente à cause de batteries défectueuses[2], montrant l'impact de son absence. Lee Kun-hee s'éteint le , à l'âge de 78 ans. Sa mort marque la fin d'une époque pour la Corée du Sud[3]. Il a multiplié le chiffre d'affaires de Samsung par 40 et son profit par 500. Il a prouvé qu'une entreprise issue d'un pays dévasté par la guerre pouvait dominer les géants japonais et américains. Lee Kun-hee a transformé un fabricant de téléviseurs bas de gamme en un leader technologique mondial. À sa mort, le chiffre d'affaires du groupe Samsung représentait environ 20 % du PIB de la Corée du Sud. Il laisse Samsung au premier rang mondial pour les smartphones, les téléviseurs et, surtout, les puces mémoires (DRAM et NAND), qui sont le "pétrole" du XXIe siècle. Il laisse derrière lui un héritage immense et complexe:

Sa collection d'art personnelle, estimée à des milliards de dollars (Plus de 23 000 œuvres d'art, dont des chefs-d'œuvre incluant des Picasso, Dalí, Chagall, Monet et des trésors nationaux coréens), a été donnée à l'État par ses héritiers pour payer une partie des droits de succession records (plus de 10 milliards de dollars), évitant ainsi un démantèlement du groupe. Ses héritiers ont pu conserver le contrôle de Samsung Electronics sans avoir à vendre trop d'actions pour payer les impôts. Son fils, Lee Jae-yong (homme d'affaires), est aujourd'hui celui qui tient les rênes, même s'il a dû faire face à la justice, comme son père avant lui. Ses filles, Lee Boo-jin et en:Lee Seo-hyun, sont respectivement vice-présidentes de en:Hotel Shilla et en:Cheil Industries. en:Lee Yoon-hyung, qui étudia à l'université des femmes Ewha à Séoul et plus tard à l'université de New York, est retrouvée morte dans son appartement de Manhattan dans la nuit du , vraisemblablement à la suite d'un suicide ( Il n'a pas assisté à son enterrement, comme le veut la tradition bouddhiste qui stipule que les parents ne peuvent pas venir à l'enterrement d'une jeune femme non mariée[réf. nécessaire]).

La fortune nette de Lee Kun-hee au moment de son décès était estimée à environ 21 milliards de dollars (selon Forbes Forbes ). Le gros de cette somme provenait de ses parts dans quatre filiales clés : Samsung Electronics, Samsung Life Insurance (l'assurance-vie), Samsung C&T (construction/commerce) et Samsung SDS. À sa mort, Lee Kun-hee était l'homme le plus riche de Corée du Sud. Sa fortune était un mélange complexe d'actions, de propriétés immobilières et d'actifs de luxe. Sa maison dans le quartier de Hannam-dong était régulièrement classée comme la maison la plus chère de Corée du Sud (estimée à plusieurs dizaines de millions de dollars). Il a fondé l'un des plus beaux musées privés au monde, le Leeum, Samsung Museum of Art, qui abrite des trésors nationaux inestimables. Grand passionné de mécanique , il possédait une collection de voitures de sport et de luxe phénoménale, dont des modèles rares de Ferrari (entreprise), Porsche et Lamborghini. Il a légué à la Corée cette mentalité de "crise permanente" qui pousse à l'innovation constante. Ce modèle de travail acharné (le système 7-4, l'obsession de la performance …) est aussi pointé du doigt comme l'une des causes de l'épuisement social des jeunes Coréens et du taux de natalité catastrophique, contribuant à la fois , au succès fulgurant et aux défis démographiques actuels de la Corée du Sud[4],[5],[6].

Récompenses

  • En , Lee Kun-hee a reçu le Prix James A. Van Fleet de la part de la Korea Society.

Notes et références

Liens externes

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