Les Mantes religieuses

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Les Mantes religieuses
Auteur Hubert Monteilhet
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman policier
Roman psychologique
Éditeur Denoël
Collection Crime-club
Date de parution 1960
Type de média in-16 (18 cm)
Nombre de pages 192

Les Mantes religieuses, paru en 1960, est un roman policier et in roman psychologique d’Hubert Monteilhet. L'auteur, alors âgé de 32 ans, est lauréat pour ce livre du Grand prix de littérature policière 1960.

Le récit explore l'hypothèse du faux meurtre passionnel organisé par une épouse (Véra) et son amant (Christian) : leur objectif est de tuer au grand jour l'époux (Paul), afin de s'emparer de l'importante somme placée en assurance-vie et en assurance-décès. Une fois le meurtre accompli, leur but est de plaider le crime passionnel et d'obtenir pour Christian un acquittement en cour d'assises. Toutefois leur plan est partiellement mis en échec : Béatrice, la jeune et récente épouse de l'amant, censée mourir elle-aussi lors de la « découverte » de l’adultère, découvre la conspiration et envisage de contre-attaquer et de se venger.

Les personnages sont d'un grand cynisme, et l’intrigue prend des chemins inattendus, au fil de lettres, d’extraits de journal intime, d’enregistrements magnétiques, de coupures de presse[1].

Il arrive que la femelle mante religieuse dévore le mâle après l'accouplement. Dès lors, dans certaines affaires judiciaires, la mante religieuse est une allégorie utilisée pour désigner la femme criminelle.

Personnages principaux

  • Paul Canova : agrégé d'histoire et géographie ; universitaire gentil et naïf.
  • Véra Canova[2] : exilée russe ayant fui le communisme ; seconde épouse de Paul.
  • Christian Magny : collègue et ami de Paul Canova.
  • Béatrice Manceau, épouse Magny : jeune épouse de Christian Magny.

Résumé

Le roman est composé de 12 chapitres de longueurs inégales.

Paul Canova, universitaire candide, souscrit en 1924 une assurance-vie et une assurance-décès. La bénéficiaire désignée est « son épouse ». Plus tard, il contracte une seconde assurance-vie au profit de son jeune enfant prénommé Xavier (chapitre 1er).

Son épouse étant décédée dans des circonstances soudaines et inattendues en 1946, il se remarie dès 1947 avec Véra, une exilée russe. Quelques mois après, le petit Xavier décède à son tour de manière inexplicable. Peu de temps après, la secrétaire de Paul Canova est suspectée d'un vol de diamant. Mis en demeure par Véra de licencier la secrétaire, Paul obtempère. La pauvre secrétaire se suicide peu après en clamant son innocence dans une lettre posthume (chapitre 2).

Le , un collègue et ami, Christian Magny, le tire d’embarras en lui recommandant une de ses propres élèves, Béatrice Manceau. Engagée, Béatrice ne tarde pas à devenir la maîtresse de Paul Canova. Elle entame aussi une relation sentimentale avec un jeune homme, Bernard. Elle tombe enceinte, ne sachant pas lequel de ses amants est le père biologique de l’enfant à naître. Apprenant la nouvelle, Bernard la quitte immédiatement. Christian Magny, qui avait recommandé Béatrice à Canova, tombe sous le charme de la jeune femme. Ignorant qu'elle est enceinte et qu'elle a un amant en cours (Canova) et un amant qui l'a quittée (Bernard), Christian Magny la demande en mariage. Sachant que Canova ne divorcera jamais pour elle, Béatrice accepte. Elle fait une fausse couche. Le mariage avec Christian Magny est prévu pour (chapitre 3).

Béatrice épouse Christian Magny à la mairie du 16e arrondissement de Paris le , puis à l'église romano-byzantine de la porte de Saint-Cloud le . Les époux partent en voyage de noces en Yougoslavie, spécialement à Dubrovnik, durant un mois. Mais dès la rentrée de septembre, Béatrice a des doutes : elle renifle un parfum inhabituel dans l'appartement et constate que son mari se conduit parfois bizarrement à son égard. Se pourrait-il que Christian la trompe avec une autre femme ? Béatrice recourt aux services d'une agence de détectives privés qui proposent d'installer un magnétophone pour enregistrer les conversations se tenant au domicile durant son absence. Elle accepte (chapitre 4).

En écoutant les premiers enregistrements, Béatrice est affolée. Son époux a effectivement une maîtresse : il s'agit de Véra Canova, l'épouse de son patron ! Non seulement elle apprend que Véra a tué la première épouse de Paul pour prendre sa place, puis le petit Xavier pour débloquer l'assurance-vie souscrite, mais encore que Christian avait proposé son nom à Paul Canova afin de faire naître une liaison sentimentale et sexuelle entre eux. C’est pour qu’elle devienne la maîtresse de Canova que Christian l’avait fait engager par celui-ci. Puis c’est pour qu'elle devienne une épouse soupçonnée d'adultère que Christian l’a ensuite épousée. Le but de Véra Canova et de Christian Magny est que ce dernier attire Paul Canova au domicile, que Béatrice et lui se déshabillent, qu'en rentrant plus tôt que prévu du travail Christian, jouant le mari outragé, tue Paul Canova et Béatrice avec un pistolet gardé depuis plusieurs mois dans un meuble du salon. Accusé devant la cour d'assises, l'avocat de la défense plaidera le crime passionnel et Christian Magny en sera acquitté. Puis Véra percevra la totalité de la fortune de Paul, constituée essentiellement des assurances-vie et assurances-décès de Paul, de sa première épouse et de Xavier. Le couple quittera alors la France pour vivre son amour sous d'autres cieux. Les deux complices décident de ne plus se rencontrer pendant plusieurs semaines, jusqu'au jour où ils passeront à l'acte. La date du double assassinat est d'ailleurs fixée à cette occasion (chapitre 5).

La révélation inattendue de ce plan machiavélique produit sur Béatrice un choc considérable. Elle démonte l'installation du magnétophone et loue un coffre-fort dans lequel elle remise les bandes du magnétophone. Se sentant trahie, elle décide de se venger. Elle ne prévient pas la police. Elle commence par faire des allusions, censées être naïves, sur la vie, sur la mort, sur le péché, ce qui plonge Christian dans les remords (chapitre 6).

Christian Magny tue Paul Canova le . Béatrice est indemne. On apprend que la jeune femme a révélé à Christian ce qu'elle avait découvert et qu'elle lui a permis de tuer Canova mais lui a ordonné de ne pas lui faire de mal à elle, faute de quoi les enregistrements du magnétophone se retrouveront dans les mains de la police. Christian a objecté que l'acquittement était définitif. Toutefois Béatrice lui objecte une réouverture en révision du procès criminel, et un autre procès, devant le tribunal correctionnel, pour Véra (escroquerie, détournement d'héritage) et pour lui (complice des faits). Christian a procédé à la réalisation d'une partie du plan criminel, sans pouvoir exécuter l'autre, l'assassinat de Béatrice (chapitre 7).

Le procès criminel s'ouvre début , et Christian est effectivement acquitté le . Dès le , la procédure de divorce entre Christian et Béatrice est engagée. Béatrice rencontre Véra Canova et les deux femmes se jaugent, chacune sentant que l'autre est une rivale, mais aussi une semblable. Deux « mantes religieuses » se font face. Si Béatrice exige et obtient, en guise de garantie de son silence, une « importante indemnité » dans le cadre du divorce, elle refuse à tout prix de remettre les bandes magnétiques à Véra et Christian (chapitre 8).

Béatrice met à exécution sa vengeance : faire croire à Christian qu'elle est atteinte d'une leucémie et qu'elle va bientôt mourir. Jouant le feu et le froid, apprenant que Véra a décidé de quitter Christian et misant sur les remords et la mauvaise conscience de Christian qui ne parvient pas à se pardonner d'avoir tenté de tuer son épouse, Christian se suicide par défenestration le alors que le divorce n'a pas été encore prononcé (chapitre 9).

Béatrice et Véra ont noué depuis plusieurs mois une liaison ambigüe sur le mode amitié/répulsion, chacune d'elles voyant en l'autre une rivale mais aussi une personne identique. Elles se sont vues plusieurs fois ; elles se sont fait des cadeaux. Béatrice décide de quitter la France et de faire un périple autour du monde : Italie, Grèce, États-Unis. Elle fait croire à Véra qu'elle est atteinte de la leucémie déjà évoquée à l'égard de Christian. Béatrice laisse entendre à Véra qu'elle sera la bénéficiaire de son testament ainsi que de la succession de Christian. Elle la fait lanterner, trouvant des excuses pour ne pas lui envoyer son testament ni révéler le nom du notaire chargé de la succession. Dans un courrier du , Béatrice annonce à Véra sa mort prochaine (chapitre 10).

Effectivement, une annonce parue dans les journaux parisiens le fait part du décès de Béatrice Manceau-Magny le à San Francisco. Dans un courrier daté du , Béatrice annonce à Véra qu'elle est vivante et espère que Véra ne lui en veut pas de cette « petite plaisanterie ». Elle est actuellement en Suisse, à Kitzbühel, et vient d'épouser un guide de haute montagne, monsieur Richter. Mais dès le , Véra apprend par les journaux que des promeneurs, dont les époux Richter, ont trouvé la mort dans une avalanche. Béatrice est-elle morte ? Ou alors est-ce encore un plan pour tourmenter Véra ? Celle-ci tente d'obtenir des informations à ce sujet. Véra obtient ensuite la certitude, le , que Béatrice est effectivement morte dans l'avalanche. Atteinte autant de douleur, de remords, de dépression que de folie, Véra se suicide deux jours après (chapitre 11).

Dans un ultime chapitre de deux pages, un prêtre écrit à la mère de Christian Magny pour lui parler de Christian. Le roman se termine par les mots : « Lettre retournée à l'envoyeur par suite du décès de la destinataire » (chapitre 12).

Analyse

Monteilhet reprend ici les thème chers à Pierre Choderlos de Laclos (relation entre le corps et l’esprit, entre l’intelligence et la sensibilité, la volonté et le hasard, etc.). Dès ce premier livre, l’auteur s’inscrit donc dans la tradition des libertins du XVIIIe siècle. Les ingrédients qui entreront dans la composition de son œuvre répondent déjà tous présents. Même l’humour grinçant est déjà là[1], très discret encore, pour dénoncer l’hypocrisie sociale (celle de l’avocat, par exemple, exaltant au tribunal des vertus qu’il bafoue dans le privé).

La référence à Charles Baudelaire est également marquée (expériences sans issue, spectacle décevant de la réalité, révolte contre l’ordre de la création, dualité de l’âme, attraits pervers du mal, refuge dans la mort). Baudelaire fut d'ailleurs un commentateur des Liaisons dangereuses, « livre de moraliste » selon lui.

Le moraliste Monteilhet s’interroge sur cette passion du mal qui habite les monstres (les « malheureux », corrige un père jésuite[3]). D’où vient-elle ? Quelques éléments de réponse sont fournis par Béatrice et par madame Canova, lorsque approche le terme de leur combat. Tentant d’apporter les lumières de la religion, le jésuite, qui éduqua l’un des trois monstres, en appelle à Baudelaire. Mais le mal garde son mystère, et continuera longtemps d’exercer sa fascination sur les êtres faibles (qui se prétendent forts, sans trop y croire[3]).

Ceux à qui il est dévolu d’incarner le bien se contentent de porter un masque de vertu. Derrière, c’est bien noir et bien grimaçant. Canova, les assureurs, la mère de Christian[4], l’avocat, le jésuite manquent eux aussi d’authentiques repères moraux et se satisfont du carton-pâte des conventions sociales. « L’amour paternel, se lamente le père Daniel, la rigueur des contrats, la générosité des fiançailles, les espérances de la maternité, la valeur du sacrement, les joies du mariage, les privilèges de l’époux, la conscience de l’avocat, la majesté des tribunaux, la grandeur du remords, la crainte des fins dernières, le tragique de la pénitence, jusqu’aux affres de la maladie, tout a été foulé aux pieds, sataniquement, comme si le Malin avait voué quelques êtres à jeter un ridicule pathétique sur cette création dont il est privé[5]. » Dans cet univers de faux-semblants sur lesquels toute l’œuvre de Monteilhet va s’acharner à « jeter un ridicule pathétique », les monstres se tournent vers Dieu ou vers les humains, cherchent en vain une lueur positive à quoi se raccrocher[6].

Adaptation

  • Jack Gold a tiré de ce livre le téléfilm Praying Mantis (1983).

Notes et références

Articles connexes

Liens externes

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