Lex Servilia
loi agraire à Rome
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La Lex Servilia est une loi agraire introduite à Rome par le tribun de la plèbe Servilius Rullus en -63. Cette loi, qui proposait une réforme agraire radicale, ne fut jamais votée. Pour cette raison, mieux vaut évoquer la rogatio Servilia que la Lex Servilia, formulation commune mais trompeuse. Cette loi n'est connue qu'à travers les discours de son rejet transmis par Cicéron[1].
Contexte
L'ager publicus est constitué de territoires accumulés par les annexions lors des conquêtes romaines. ILs appartiennet juridiquement à la collectivité, mais sont accaparés par l'aristocratie, au détriment des citoyens démunis. La proposition de Rullus fait suite à une série de lois agraires, destinées faire profiter du bénéfice des conquêtes la partie de la population romaine la plus pauvre, regroupée dans la ville[2].
Sitôt élu tribun de la plèbe, le 4 décembre , Servius Rullus convoque une contio (assemblée du peuple), par un discours dans lequel, selon Cicéron, personne ne comprend son objectif. Le , il fait afficher son projet, provoquant un discours de rejet de Cicéron devant le Sénat, dès le premier jour de son consulat[3],[4]. Prononcé devant un groupe majoritairement hostile au projet, le discours est partiellement conservé, mais son début manque[5].
Contenu
Le projet est complexe. La nouvelle loi prévoyait de faire vendre au profit du peuple toutes les terres de l'ager publicus dans les provinces, et à faire acheter avec le produit de la vente des champs en Italie pour les distribuer aux pauvres. Il confie la gestion de cette redistribution à une commission à constituer, de dix membres dotés de pouvoirs importants : élus pour cinq ans par 17 des 35 tribus, ils auraient été dotés d'un imperium par une loi curiate, de pouvoirs judiciaires et du rang de préteur[6],[7].
Les terres publiques concernées par le projet étaient l'Ager Campanus, sur le territoire de Capoue, et l'Ager Stellatis, plaine fertile au nord-ouest de la Campanie, riches terres accaparées sans titre par les vieilles familles romaines, bien représentées au Sénat[8]. Cinq mille citoyens auraient pu être y installés. Ces surfaces, insuffisantes pour la population à implanter, devaient être complétées par l'achat de terres financé par la vente de tout le domaine public (Ager publicus) en Italie et dans les provinces : des ventes d'immeubles publics avaient déjà été ordonnées par plusieurs résolutions du Sénat (en et en ), mais étaient restées inappliquées par les consuls[7].
Le peuple montra de fait envers cette loi peu d’enthousiasme, préférant des distributions d'argent à la perspective d'allocations de terres lointaines. Le tribun L. Caecilius menaça même de mettre son veto pour empêcher le vote de cette la loi, et le consul Cicéron parvint par son éloquence à faire rejeter par le peuple ce projet. Il prononça à cette occasion trois discours devant le peuple, dont deux sont conservés (De Lege agraria contra Rullum[9]),[10]. Cicéron se présente comme favorable au principe de la distribution de terres, mais attaque nommément Rullus et affirme que sa commission équivaut à créer dix rois — terme honni dans la culture romaine —, une menace contre la liberté[11].
Après le premier discours au peuple, les tribuns avaient attaqué Cicéron en prétendant qu'il s'opposait au projet pour protéger les acquéreurs des biens confisqués lors des proscriptions de Sylla. Cicéron réfuta l'attaque en montrant qu'un article du projet spécifiait comme privées les terres sur lesquelles des personnes avaient reçu de Sylla l'autorisation de s'installer[12]. À cette exception, la loi restait muette sur la localisation des futures colonies, ce qui laissait aux membres de la commission la liberté de décider quelle terre était publique ou privée, et lesquelles vendre ou acheter.
Inspirateurs
D'après les historiens modernes, cette affaire, d'inspiration politique, a probablement été organisée par Jules César[13] ou par César et Crassus, pour diminuer l'influence de Pompée qu'il aurait lorsqu'il reviendrait de sa campagne d'Orient. César reprend le projet de Rullus sous des dispositions plus applicables lorqu'il est consul en [12].