Liddy Bacroff
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Heinrich Eugen Habitz |
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Liddy Bacroff ( – ) est une artiste et travailleuse du sexe pendant la République de Weimar, persécutée et tuée par le régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale. Bacroff rejeta le genre masculin et s'identifia comme un « travesti », ainsi qu'en attestent les textes qu'elle a écrits. Bacroff fut emprisonnée à plusieurs reprises pour « actes homosexuels » en vertu du Paragraphe 175 du code pénal allemand et finalement tuée dans le camp de concentration de Mauthausen.
Liddy Bacroff fut d'abord élevée par ses grands-parents, puis adoptée par Joseph Habitz, le dernier mari de sa mère. Lors de son adoption, elle reçut le nom officiel de Heinrich Eugen Habitz, qui ne sera jamais modifié légalement. Bacroff était considérée comme un enfant « difficile à élever » et fut envoyée en maison de correction pendant un an entre 1926 et 1927. Après avoir abandonné un stage en entreprise, elle a occupé plusieurs emplois de bureau et de messager, puis est devenue « danseuse » de cirque[1],[2].
En 1924, à l'âge de 16 ans, Bacroff fut pour la première fois condamnée à six semaines de prison par le tribunal local de Ludwigshafen pour une infraction à l'article 176 (3) du Code pénal du Reich ; plus tard, la condamnation fut annulée. En 1929, elle fut condamnée par le tribunal local de Mannheim à une peine de deux mois de prison pour « fornication contre nature » en vertu du paragraphe 175, peine qu'elle purgea effectivement. En , Bacroff quitta Ludwigshafen et s'installa d'abord à Berlin, puis à Hambourg; c'est là qu'elle travailla dans la prostitution et dans les spectacles de travestissement/ transformisme sous le nom de Liddy Bacroff[1].
En 1930, Bacroff fut de nouveau arrêtée pour vol et condamnée à deux mois de prison (elle affirme avoir volé une robe « par nécessité »). Peu de temps après sa libération, Bacroff dut purger un mois supplémentaire d'emprisonnement pour « intrusion ». Près d'un an plus tard, en , Bacroff fut de nouveau condamnée, cette fois à quatre mois de prison, pour actes homosexuels en vertu du paragraphe 175. En 1933 et 1934, Bacroff fut condamnée respectivement à six et dix mois de prison[1].
Lors de ses séjours en prison, Liddy Bacroff écrivit plusieurs textes de nature semi-autobiographique[1],[3].
En 1936, Liddy Bacroff fut pour la première fois poursuivie en vertu de l'article 4 du Paragraphe 175a du Code pénal allemand, nouvellement introduit par les nazis à la suite du scandale Röhm et faisant de « l'indécence commerciale » un délit condamnable; un marin du nom de Georg Otto Meyer l'avait accusée de lui avoir dérobé vingt marks pendant une fellation tarifée[4]. Elle fut condamnée par le tribunal régional de Hambourg à deux ans au pénitencier de Brême-Oslebshausen avec 3 ans de « déchéance d'honneur » (perte des droits civiques)[1].
Après sa libération en , Liddy Bacroff tenta d'échapper à la surveillance constante de la police en utilisant de faux papiers d'identité. Un mandat d'arrêt fut alors lancé contre elle. Deux mois plus tard, le , Liddy Bacroff est dénoncée lorsque quelqu'un déclare à la police qu'« un homme en tenue de femme » est assis à une table du restaurant « Komet » avec un autre homme. Les deux sont arrêtés. Le partenaire de table de Bacroff déclara qu'il pensait avoir rencontré une femme. Bacroff dit à la police qu'elle avait reçu un certificat de travestissement (Transvestitenschein) et que sa « passion pour les hommes » était ce qui l'avait conduite à la prostitution[1].
Le , Liddy Bacroff demande « volontairement » à être castrée, espérant selon toute probabilité que cela mettrait fin au harcèlement policier. Elle fut alors examinée par le conseiller médical Wilhelm Reuss du département de la santé de Hambourg. Le médecin qualifia Bacroff de « travesti incurable » (qui continuerait à vendre des services sexuels aux hommes même après une éventuelle castration), et recommanda au tribunal de le « séparer de la communauté nationale (Volksgemeinschaft) », ce qui équivalait dans les faits à une condamnation à mort[1],[4].
Le , Liddy Bacroff fut ainsi condamnée par le tribunal régional de Hambourg à trois ans de prison à Zuchthaus, suivis d'une détention préventive pour « indécence commerciale contre nature » en tant que « récidiviste dangereux »[1].
Après avoir été détenue d'abord par la Gestapo, puis en détention provisoire, Liddy Bacroff fut transférée en au pénitencier de Brême-Oslebshausen et, après avoir purgé sa peine, fut envoyée au centre de détention de Rendsburg en . En , Liddy fut transférée à la police de Hambourg puis finalement emmenée au camp de concentration de Mauthausen, où elle fut tuée le [1].
Textes
L'histoire de Liddy Bacroff nous est connue principalement par les documents policiers qui l'ont suivie tout au long de sa vie, en la désignant systématiquement sous le nom de Heinrich Habitz; de manière plus exceptionnelle, cependant, le dossier policier de Liddy Bacroff a également préservé plusieurs textes semi-autobiographiques dans lesquels Bacroff décrit sa vie dans les milieu travestis de Hambourg, et met des mots sur sa propre identité de genre[4],[3]. C'est notamment au fil de ces textes qu'elle s'invente le nom de Liddy Bacroff, comme la liste le montre[3] :
- Freiheit! Die Tragödie einer homosexuellen Liebe, (« Liberté! La tragédie d'un amour homosexuel »), , signé « Litty »;
- Ein Erlebnis als Transvestit: Das Abenteuer einer Nacht in der Transvestitenbar Adlon! (« Une expérience de travesti: l'aventure d'une nuit au bar travesti Adlon! »), ;
- Liebster Willy! (« Très cher Willy »), 1930, signé « Litty van Monty »;
- Die Liebe! (« L'amour! »), date inconnue (mais probablement 1930), signé « Liddy Bacroff, Transvestit »;
- Aus meinem Liebesleben! (« Souvenirs de ma vie amoureuse! »), , signé « Transvestit Liddy Habitz »;
- Gademaro's Opfer (« Le sacrifice de Gademaro »), , signé « Liddy Bacroff ».
Ces textes ont selon toute probabilité été écrits avec elle-même pour seule lectrice; cependant, ils furent également transcrits par la police et servirent de pièces à conviction tout au long des procédures légales qui mèneront Liddy Barcoff au camp de concentration de Mauthausen.
