Lieue
unité de longueur
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La lieue (du mot latin leuca, peut-être emprunté au gaulois) est une unité de longueur, de définition très variable, utilisée autrefois en Europe et en Amérique.
Le mot est encore utilisé aujourd'hui, notamment avec la lieue marine qui vaut officiellement trois milles marins (5 556,6 m), mais est peu utilisée[1].
La lieue métrique française vaut 4 km ; la lieue terrestre ou lieue commune de France vaut 1/25 de degré de l'ellipse méridienne terrestre, soit exactement 4 445,3 m.
Étymologie
Le mot français « lieue » résulte de l'évolution régulière du mot latin leuca, attesté dans plusieurs textes latins sous les formes
- (à l'accusatif pluriel) leucas (saint Jérôme), leuquas ou leunas[2] ;
- (au nominatif singulier) leuca (Jornandès)[3], ainsi que chez Ammien Marcellin[4].
Leuca (ou leuga[réf. nécessaire]) est selon les auteurs latins[5] un mot d'origine gauloise[6].
Cependant, bien que son origine soit pré-latine, son caractère celtique est incertain, étant donné l'absence de mot apparenté dans les langues celtiques insulaires[7],[2], mais possible[8].
Empire romain
La lieue est à l'origine une unité de mesure utilisée dans l'Empire romain, mais seulement dans les provinces des Trois Gaules (Lyonnaise, Aquitaine, Belgique) et de Germanie (Germanie supérieure et inférieure). Il s'agit des territoires conquis par César lors de la guerre des Gaules (-58/-52). En revanche, dans la province de Narbonnaise (conquise en -120), la seule mesure utilisée à l'époque romaine est le mille romain[9].
Selon des sources de la fin du IVe siècle et du VIe siècle, la lieue équivaut à un mille romain et demi, soit environ 2 222 m. Cependant l'analyse des relevés topographiques et des bornes milliaires laisse penser qu'une autre lieue, plus grande (entre 2 400 m et 2 500 m), a aussi pu être utilisée ; il s'agirait de l'héritière d'une lieue gauloise préromaine[10].
Les bornes milliaires de Gaule précisent l'unité utilisée : devant le chiffre indiquant la distance, on trouve soit « M » (mille romain), soit « L » (lieue).
Selon Arcisse de Caumont, la lieue gauloise est « désignée tantôt sous le nom de lieue, tantôt sous celui de mille, et que souvent le mot millia n'indique point des milles romaines, mais des lieues gauloises, lorsqu'il s'applique à la partie des Gaules où cette mesure était usitée »[11].
France
Lieue de l'Ancien Régime (jusqu'en 1795)

Il y a plusieurs définitions de la lieue comme unité de mesure sous l'Ancien Régime :
| • l'ancienne lieue de Paris | (avant 1674) | 10 000 pieds | = 3,248 km |
| • la (nouvelle) lieue de Paris[n 1] | (1674-1793) | 2 000 toises | = 3,898 km |
| • la lieue des Postes | (1737-1793) | 2 200 toises | = 4,288 km |
| • la lieue tarifaire | (1737-1793) | 2 400 toises | = 4,678 km |
Selon le Grand Vocabulaire français[12] de 1768, d'autres lieues ont eu cours en France avant la Révolution française[n 2].
- Les lieues communes de France sont de 2282 toises & de 25 au degré, plus 15 toises[n 3] ;
- Les lieues de Paris, de Sologne, de Touraine, de 2 000 toises, sont de 28 ¼ au degré[n 4] ;
- Les lieues de Beauce, de Gâtinais, contenant 1 700 toises, & sont de 34 au degré[n 5] ;
- Les lieues de Bretagne, d'Anjou comprennent 2 300 toises, et sont de 24 ¾ au degré[n 6] ;
- Les lieues de Normandie, de Champagne, sont de 25 au degré[n 7] ;
- Les lieues de Picardie contiennent 2 250 toises, et sont de 25 au degré, plus 810 toises[n 8] ;
- Les lieues d'Artois sont de 28 au degré[n 9] ;
- Les lieues du Maine, du Perche, du Poitou, sont de 24 au degré[n 10] ;
- Les lieues du Berry sont de 26 au degré moins un onzième[n 11] ;
- Les lieues de Bourbonnais sont de 23 au degré[n 12] ;
- Les lieues du Lyonnais contiennent 2 450 toises, et sont de 23 au degré, plus 710 toises[n 13] ;
- Les lieues de Bourgogne sont de 21 & ½ au degré[n 14] ;
- Les lieues de Gascogne & de Provence contiennent 3 000 toises, et sont de 19 au degré ; voilà nos plus grandes lieues[n 15],[12].
On trouvait également une lieue de marche « extrêmement variable » , correspondant à une distance parcourue en une heure[13].
Lieues actuelles
On trouve aussi, plus récemment, les valeurs suivantes[14] :
- La lieue métrique vaut exactement 4 km ;
- La lieue terrestre ou lieue commune de France vaut 1/25 de degré du périmètre terrestre, soit exactement 4,444 8 km[n 2] ;
- La lieue marine vaut 1/20 de degré du périmètre terrestre, soit 3 milles marins ou exactement 5,556 km[n 2].
Autres pays
Belgique
- La lieue métrique belge vaut exactement 5 km.
Suisse
Espagne
- La legua ou lieue espagnole représentait à l'origine 3 milles espagnols[16]. Ces unités pouvaient varier, dépendant de la définition locale du pie, le pied espagnol, et aussi de la précision de la mesure ; la legua valait officiellement 4 180 mètres au moment de son abolition par Philippe II d'Espagne en 1568. Celle-ci demeure officieusement en usage par endroits en Amérique latine, où sa définition varie.[réf. nécessaire]
- La Legua nautica (lieue nautique ou lieue marine) : Entre 1400 et 1600, celle-ci valait 4 milles romains de 4 842 pieds, c'est-à-dire 19 368 pieds, (5 903 mètres ou 3,187 6 milles marins d'aujourd'hui). Le ratio de lieues nautiques par degré pouvait varier de 14 ¹⁄₆ à 16 ²⁄₃; en pratique, la longueur d'une lieue marine variait de 25 733 pieds (7 843 mètres ou 4,235 milles marins) à 21 874 pieds (6 667 mètres ou 3,6 milles marins)[16].
Pays anglo-saxons
Dans les pays anglo-saxons, la lieue (English land league) est définie comme valant 3 milles impériaux soit exactement 4,828 032 km. Avant la révolution, cette lieue était utilisée dans la province de Bretagne.
Lieue marine
Une lieue marine vaut 3 milles marins, ou 1/20e de degré de latitude soit 5 555,55 m[1]. En vigueur actuellement, cette unité reste peu utilisée[17].
La lieue dans la littérature
- Jules Verne a titré l'un de ses plus célèbres romans Vingt Mille Lieues sous les mers ;
- François Rabelais explique dans Pantagruel pourquoi les lieues sont plus petites en France qu'ailleurs, mais s'étendent à mesure que l'on s'éloigne de Paris.
- Dans les contes de fées, les bottes de sept lieues sont des bottes magiques qui s’adaptent à la taille de celui qui les chausse et permettent de parcourir sept lieues en une seule enjambée (conte du Petit Poucet, notamment) ;
- la lieue carrée, unité de mesure de superficie est mentionnée dans les écrits de Voltaire.