Littérature polémique de Saadia Gaon
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La littérature polémique occupe une place importante dans l'œuvre de Saadia Gaon.
Celui-ci se veut en effet gardien de la tradition rabbinique alors même que les académies talmudiques de Babylonie, centre le plus important du judaïsme à l'époque, vacillent face à la civilisation arabo-musulmane, à son apogée politique et culturel. Outre les nombreuses conversions à l'islam dont s'accompagne la récente conquête arabe, l'instabilité politique qui en résulte entraîne des luttes d'influence, entre le centre juif de la terre d'Israël et celui de Babylone, entre l'exilarque, dirigeant des exilés juifs de Babylonie, et les gueonim, directeurs des académies.
Le principal péril auquel fait face le judaïsme est cependant en la demeure, avec la montée des Karaïtes : ces adeptes d'un retour aux Écritures, récusant la tradition orale des rabbins rencontrent un succès d'autant plus important que le karaïsme est perçu par beaucoup comme la meilleure manière de s'intégrer à la culture musulmane sans renier le judaïsme.
C'est donc envers eux qu'est dirigée la majeure partie de la production polémique de Saadia. Il s'est également opposé au scepticisme rationalisant de Hiwi al-Balkhi qui s'en prenait autant à la Torah orale qu'à la Torah écrite.
Kitab al-Radd
Les trois pamphlets de Saadia les plus cités dans la littérature karaïte sont réunis sous le nom de Kitab al-Radd (Livre de la Réfutation) :
- le premier, Kitab al-Radd 'alei Anan (Livre de la Réfutation d'Anan), a été rédigé en 905, vraisemblablement en Égypte. Il est dirigé contre le fondateur présumé du karaïsme, Anan ben David, et a valu à Saadia Gaon de se voir (erronément) attribuer le récit des origines du karaïsme selon lequel il aurait fondé le karaïsme à la suite d'ambitions politiques frustrées[1] ;
- les deux autres, le Kitab al-Radd 'alei Ibn Saḳwyh (Livre de la Réfutation d'Ibn Saḳouyah ou Saḳawayh), et le Kitab al-Radd 'ala mutaḥamil hayyum (Livre de la Réfutation d'un assaillant acharné), ont été rédigés en Babylonie. Selon Marx, qui cite Israël Davidson, tous deux sont dirigés contre le même auteur, Ibn Saḳouyah, identifié à Salman ben Yerouham[2]. Ces livres ne sont plus connus, outre quelques fragments publiés, que par les allusions qu'y font les auteurs karaïtes ultérieurs[2].
Kitab al-Tamyiz
Le Kitab al-Tamyiz (appelé en hébreu Sefer haHakkarah ou Sefer HaMivḥan, le Livre de Distinction), rédigé en 926, couvre en huit traités la plupart des différences et points d'achoppement entre Rabbanites et Karaïtes[2]. Ce livre, le plus complet de Saadia en matière de polémique, était encore cité au XIIe siècle, notamment dans les commentaires bibliques du Hakham karaïte Yaphet ben Ali[3].
Autres
Saadia consacre également des ouvrages à des points doctrinaux plus particuliers, dont le Kitāb Taḥṣīl al Sharā'i al-Sam'iyya (Livre de la Compréhension des Commandements Révélés), et le Kitāb al-'Ibbour (Livre du Calendrier ). Dans le premier, il réfute que le sens des commandements révélés (dont la signification n'est pas accessible à la raison immédiate) puisse être déduit par la seule analogie sémantique (qiyās), bien qu'il ne soit pas interdit de recourir à la spéculation rationnelle pour tenter de les élucider[4] ; le second était, d'après les citations qu'en fait Yaphet, dirigé contre la méthode de fixation des mois et années par les Karaïtes, par l'observation du premier croissant de lune et de la maturation des épis de blés, respectivement[3].