Livre de prières d'Otton III

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Artiste
Enlumineur du scriptorium de Ratisbonne
Date
984 - 991
Technique
Enluminures sur parchemin
Dimensions(H × L)
15 × 12 cm
Livre de prières d'Otton III
Dédicace du manuscrit à l'empereur, f.43r.
Artiste
Enlumineur du scriptorium de Ratisbonne
Date
984 - 991
Technique
Enluminures sur parchemin
Dimensions (H × L)
15 × 12 cm
Format
44 folios reliés
No d’inventaire
Clm. 30111
Localisation

Le livre de prières d’Otton III , aussi désigné sous le nom de livre de prières de Pommersfelden, est un manuscrit médiéval dont les enluminures constituent une œuvre majeure de l’époque ottonienne. Le manuscrit est conservé depuis 1944 sous la cote Clm 30111 à la Bibliothèque d’État de Bavière à Munich. Créé entre 984 et 991, il était destiné à l’usage privé du jeune roi Otton III. Il s’agit du seul livre de prières de l’époque ottonienne qui ait été conservé. Les textes et les peintures du manuscrit offrent idéal de souverain empreint de valeurs monastiques. Plus précisément, il s'agit d'un miroir des princes[réf. nécessaire].f

Contexte historique

Le livre de prières d'Otton III se situe dans le contexte de la restauration de l'empire en 962 par Otton Ier et de la naissance de la dynastie ottonienne, à quoi s'ajoute au même moment un mouvement de réforme bénédictine qui touche la Germanie. Ces phénomènes sont la toile de fond de ce que les historiens ont appelé la Renaissance ottonienne, qui touche les domaines intellectuels et artistiques de l'Europe centrale. Cette renaissance a un impact particulier dans le domaine de l'enluminure, qui bénéficie du développement important des scriptoria ainsi que des commandes impériales[1].

Datation et localisation

L'ouvrage contient une litanie des saints dont de nombreux appartiennent au diocèse de Mayence et qui y étaient particulièrement vénérés : c'est le cas de Ferrutius, Alban de Mayence, Theoneste et Aurée. Le manuscrit provient donc sans doute d'un scriptorium de Mayence[2]. Cependant, son origine précise n'a pu être déterminée, les historiens hésitant entre un atelier de la cathédrale ou celui de l'abbaye Saint-Alban devant Mayence[3].

Le destinataire du manuscrit n'est pas nommé explicitement, ce qui complique sa datation, mais plusieurs indices militent en faveur d'Otton III. Tout d'abord, la miniature de la Déisis représente un jeune homme imberbe auquel semble être dédicacé l'ouvrage. Par ailleurs, certaines rubriques s'adressent à un roi encore jeune, ce qui restreint la liste des dignitaires ayant pu recevoir l'ouvrage: il ne peut guère s'agir que de princes tels qu'Otton III, Henri IV du Saint-Empire ou ses fils Henri V et Conrad de Basse-Lotharingie. Ensuite, cette prière « Que tu me gardes, moi ton serviteur et roi indigne, et tous nos princes, selon ta volonté », permet de penser que le roi en question doit avoir gouverné seul dès son jeune âge, ce qui élimine les fils d'Henri IV car ils n'ont reçu la dignité royale qu'à l'âge mûr[4]. Enfin, les miniatures montrent des influences byzantines — or Otto III est le fils de l'impératrice byzantine Théophano Skleraina.

L'ouvrage pourrait ainsi avoir été destiné à Otton III et exécuté entre son couronnement royal en 983 et la mort de Théophano en 991. La paléographie confirme cette estimation : le scribe du livre de prières est le même que celui d'un fragment d'évangéliaire aujourd'hui conservé à la Bibliothèque multimédia intercommunale d'Épinal (Ms. 201)[5]. Or ce dernier provient lui aussi de Mayence. L'historien de l'art allemand Hartmut Hoffmann l'a identifié en outre comme l'un des trois copistes du lectionnaire conservé actuellement au Vatican (Vaticane, Reg. lat. 15) où il n'aurait écrit que les fol. 1r et 2v. Selon Hoffmann, le Maître du Registrum Gregorii, peut-être le meilleur enlumineur de l'art ottonien, aurait contribué à ce lectionnaire[6]. Cependant, d'autres historiens doutent qu'il s'agisse de la propre main du maître du Registrum, tout en reconnaissant son influence[7].

Commanditaire

Le commanditaire du livre de prières semble être l'archevêque Willigis de Mayence, chancelier et confident de l'empereur et de l'impératrice. Cependant, Hoffmann fait remarquer que le verbe scripsi dans le poème de dédicace ne se traduit pas par J'ai fait écrire, et que Willigis aurait certainement pu trouver des peintres plus doués et de meilleurs écrivains pour un tel présent[8]. Sur la miniature de dédicace, le donateur du livre de prières apparaît comme un clerc, et selon les paroles, il était familier du roi[9]. Sur cette base, Hauke estime que le livre de prières aurait pu être un présent de Bernward de Hildesheim[10]. Bernward avait été nommé précepteur d'Otton par Théophano en 987, peut-être sur la suggestion de Willigis qui l'avait ordonné diacre et prêtre vers 985. Il occupa cette position jusqu'en 993, date à laquelle il fut ordonné évêque de Hildesheim. Otton et Bernward restèrent amis jusqu'à la mort prématurée d'Otton[11].

Conservation du manuscrit

Otton III doit avoir utilisé le livre de prières jusqu'à la fin de sa vie. Après sa mort, en 1002, le manuscrit tomba probablement en possession d'une de ses sœurs, qui présidaient d'importants chapitres de chanoinesses. L'inscription du nom de Duriswint, dont on ne sait rien, pourrait avoir eu lieu dans un de ces chapitres[12]. Plus tard, sans précision de date, le manuscrit est arrivé en possession des comtes de Schönborn, et a été conservé dans les appartements privés du comte dans le château de Weißenstein à Pommersfelden, avant d'être enregistré sous la cote Hs. 2490 dans la bibliothèque du château. En 1847, Ludwig Konrad Bethmann fit pour la première fois dans Deutsches Archiv für Erforschung des Mittelalters un rapport sur le manuscrit, dont il a supposé qu'Henri IV était le destinataire[13]. En 1897, la première description exhaustive a suivi, par Joseph Anton Endres et Adalbert Ebner, qui adhéraient encore à une attribution à Henri IV[14]. En 1950, le codex a été restauré et relié à nouveau, en tentant de rétablir l'état d'origine, qui avait été modifié par une

reliure précédente. L'identification d'Otton III comme destinataire du manuscrit a été faite par Carl Nordenfalk[15]. En 1994, le comte Charles de Schönborn-Wiesentheid a vendu le manuscrit pour 7,4 millions de DM à une association de financeurs comprenant l'État allemand, la fondation culturelle des Länder allemands, le Land de Bavière, la Fondation bavaroise, pour réhabiliter avec le montant de la vente le château de Pommersfelden. Depuis, le codex se trouve sous la cote Clm 30111 dans la bibliothèque d'État de Bavière.

Le livre de prières d'Otton III a été rendu accessible à un plus large public en 2008 sous forme de fac-similé. En outre, le codex est accessible sous forme numérisée sur le site internet de la bibliothèque d'État de Bavière.

Codicologie

Le livre

Avec un format de 15 × 12 cm2, ce codex est inhabituellement petit, mais néanmoins somptueusement réalisé. Les 44 folios de parchemin sont rédigées en lettres d'or sur fond pourpre peint. L'ornementation consiste en 5 miniatures en pleine page, et en tout 25 petites lettrines dorées à contours rouges et fonds intérieurs bleus. L'écriture est une minuscule caroline régulière ; quelques titres sont exécutés en rustica. La surface d'écriture mesure 9,5 × 7,5 cm2, et est encadrée par une baguette dorée encadrée par du vermillon. Les 14 à 15 lignes par page en moyenne ont été tracées d'avance au crayon d'ardoise[16].

Depuis 1950, le manuscrit est relié par deux plats en bois revêtus de velours bleu orné, tenus ensemble par deux boucles de tirants de cuir[17]. Cette reliure remplaçait une reliure de velours noir, qui n'était pas d'origine non plus[17]. Les folios présentent une tranche dorée, ce qui laisse penser à une nouvelle reliure baroque[18].

L'écriture est pour l'essentiel complète. Elle comprend tout l'essentiel de ce que l'on peut attendre dans un livre de prières pour le recueillement privé d'un laïc. Cependant, certaines pages isolées peuvent avoir été perdues, ce qui fait que l'on apprécie beaucoup d'avoir gardé le livre de prières dans un état apparaissant complet. Mais sur le folio 31r, en haut, une fin de prières a été soigneusement effacée ; le début de la prière a dû se trouver sur une page précédente perdue[19]. On peut aussi supposer que la feuille double du cahier des folios 31-36 a été perdue, car ce cahier se termine sur le titre d'une prière du matin, mais qui ne se raccorde sur le fol. 37r à aucune prière du matin[20] ,[21].

Le texte

Livre de prière d'Otton III, fol. 18v, extrait des prières d'intercession des litanies

Le codex est le livre de prières privé d'un roi, et comporte donc un type d'écriture qui nous est rarement parvenu. Outre le livre de prières d'Otton III, on n'a conservé que le livre de prières de Charles le Chauve (München, Schatzkammer der Residenz, Inv.-Nr. 4) et un psautier, écrit pour l'usage privé de Louis le Germanique(Berlin, Staatsbibliothek, Ms. theol. lat. fol. 58). Il n’y avait aucun canon ou modèle de texte pour les livres de prières privés.

Après la première miniature, le texte commence avec les psaumes pénitentiels (Psaumes 6, 32, 38, 51, 102, 130 et 143). La position de foi exprimée dans ces psaumes est que l'homme est pécheur, que sa distance à la sublime majesté de Dieu est infranchissable, si bien qu'il a besoin des saints et des anges comme intermédiaires et intercesseurs[22]. Après une rubrique s'ensuit une litanie des saints ; en tout, 81 saints sont appelés au secours[23]. Les demandes d'intercession de la litanie comprennent de nombreux aspects, notamment la paix et la concorde, un vrai remords et l'absolution des péchés. Pour elle-même, la personne en prière demande la contrition du cœur et le don des larmes, la préservation de la damnation éternelle, la pitié divine et compte tenu de son rang royal et de la responsabilité du souverain :

« ut me famulum tuum et regem indignum et omnes principes nostros in tua voluntate custodias, te rogamus audi nos
(Que tu nous gardes, moi ton serviteur et roi indigne, et tous nos princes, selon ta volonté, nous te prions, exauce-nous) »

 Livre de prières d'Otton III, fol. 18v[24]

Après le triple Kyrie et le Notre Père, viennent quatre prières de conclusion et la deuxième miniature. Le fol. 21v, au verso de la Majestas, n'est pas écrit, mais présente néanmoins le cadre pourpre de l'écriture des autres pages. Sur le fol. 22r, suit une introduction à la prière, suivie de prières aux saints, aux Apôtres, à Marie, au Père, au Fils, au Saint-Esprit et à la Trinité, puis une prière d'indulgence, une prière du matin, un Kyrie et une collecte, des prières d'adoration de la Croix et des prières d'entrée et de sortie de l'église. Après la dernière prière, on trouve un colophon (Explicit liber), ainsi qu'une bénédiction : Tu rex vive feliciter. Amen (Toi, Roi, vis heureux. Amen). Le texte se termine avec les tableau et poème de dédicace.

Les prières n'ont pas été écrites spécialement pour le récipiendaire du manuscrit[25]. Plusieurs prières, par exemple celle à Dieu le Père, fol. 26v, sont attribuées à un emprunt au Libellus precum d'Alcuin, de la fin du VIIIe siècle. La composition des prières dans le livre de prières d'Otton III n'a aucun modèle direct, et ne coïncide avec aucun livre de prières médiéval conservé[26].

Outre le texte stricto sensu du livre de prières, le codex contient sur le fol. 1r, qui était initialement vide, un ex libris en écriture datée du XIIe siècle d'une Duriswint ; la même main a écrit sur la dernière feuille un extrait de la généalogie du Christ.

Les rapports entre images et texte

Il n'y avait pas de programme de décoration pour les livres de prières privés, contrairement à l'autre livre de prière et de recueillement privé, le psautier[27]. La majeure partie des livres de prières médiévaux anciens conservés ne contient pas d'illustrations ou ne présente que des initiales plus ou moins ornées[28]. Le texte et les miniatures du livre de prières d'Otton III suivent un plan défini, les miniatures sont une partie intégrante de l'ensemble[29]. Elles structurent le texte, et simultanément servent à la contemplation et au recueillement. Le contenu des miniatures est ancré dans la conception médiévale de la souveraineté, centrée sur le Christ, qui conçoit la royauté comme une fonction connférée par Dieu[30].

Winterer souligne que le rôle de l'Abbé, telle qu'il figure dans la règle de saint Benoît doit aussi être envisagé comme une ligne directrice de l'action royale. C'est pourquoi on peut constater à plusieurs reprises dans le livre de prières une influence de la littérature de méditation monastique, notamment des calligrammes du Liber de laudibus Sanctae Crucis (livre des louanges de la Sainte Croix) de Raban Maur. Le livre de prières commence comme cet ouvrage par une Crucifixion et une représentation du souverain[31]. Sur l'image du roi en prière dans la proskynèse, on peut établir l'influence de Raban, qui contient une miniature du poète adorant la Croix dans cette position. La Croix, qui est adorée par Raban et aussi dans l'image d'adoration influencée par Raban dans le livre de prières de Charles le Chauve, serait remplacée dans le livre de prières d'Otton par le Christ, qui promet à Otton la souveraineté partagée dans le Ciel[32]. Ce n'est qu'avec l'image du trône que le roi abandonne son humble rôle de moine. Les illustrations du livre représentent le roi dans le processus de son illumination : après la prière pour obtenir l'illumination, comme elle est exprimée dans la légende de la Crucifixion, sur l'image de la dévotion la vision du Christ est accordée à l'humble représentant du Christ sur la Terre. Dans l'image finale, le roi accepte le manuscrit, tandis que le texte de dédicace en regard insiste sur sa piété et son illumination obtenue, et lui souhaite un pouvoir royal indéfectible[33]. La suite des miniatures reflète donc des représentations de la souveraineté royale.

Les miniatures

Voir aussi

Notes et références

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