Liéfra
From Wikipedia, the free encyclopedia
Liéfra, acronyme de Liberté-Égalité-Fraternité, ou Colonie agricole socialiste, est une communauté libertaire française fondée en 1908 par le socialiste-chrétien Paul Passy dans la ferme de Fays Bas, proche de Saint-Usage dans le département de l'Aube. Dissoute en 1914, elle est reconstituée en 1915 en tant qu'asile pour enfants abandonnés, victimes de la guerre, sous le nom de « Nid » puis comme école populaire sous le nom d'« École populaire internationale » à partir de 1924. Toujours actif, le « Nid », rebaptisé le « Nid-Fleuri » par une œuvre évangélique (L’Église du tabernacle), est aujourd'hui une colonie de vacance.
Histoire
Origines
Chrétiens et socialiste, l'évangéliste et professeur d'Université Paul Passy souhaite appliquer les principes bibliques à la condition terrestre et va, en 1889 à la suite de la lecture d'un article sur « le droit de propriété dans législation mosaïque »[1], en conclure à la propriété collective inaliénable de la terre qui devrait, soit être exploitée de façon commune, « soit répartie en lots familiaux, proportionnels au nombre des membres de chaque famille exploitante. Une révision des lots tous les dix ans devait permettre de maintenir l’égalité de valeur »[2], tout cela fondé sur la « loi de Moïse » (Lévitique, 25).
En 1908, son père Frédéric Passy ayant mis à sa disposition une somme de 50 000 Francs, il peut acheter un domaine (2 fermes « Fays Bas » et « Fays Haut » et 72 hectares de terrain)[3], puis y associer quelques amis au projet avec lesquels il donne, dès novembre de la même année, le nom de Liéfra au projet, acronyme de LIberté-Égalité-FRAternité. Cependant, malgré les ressemblances avec d'autres communautés libertaires, Paul Passy tient bien préciser les différences existantes entre sa création et les autres :
« Les colonies en question ont toujours pris pour règle non seulement la propriété collective, mais le travail collectif, le plus souvent même la vie en commun. Ceci, j'en suis de plus en plus convaincu, est une conception utopique, n'est même pas un idéal dont on doive chercher à se rapprocher. Travailler exclusivement en commun, c'est briser le ressort de l'énergie individuelle, c'est offrir une invincible tentation aux paresseux disposés à vivre du travail des autres. Vivre en commun, c'est risquer de donner à l'existence une monotonie ; c'est aussi ouvrir la porte aux occasions de disputes que fournissent les milles riens de l'existence quotidienne. C'est compromettre fatalement la bonne harmonie entre les camarades ; or, sans bonne harmonie, impossible de réussir. Avec notre système, au contraire, l'instinct d'initiative individuelle est absolument respecté. Chacun vit chez soi, et nul n'est forcé d'avoir avec les autres plus de rapports qu'il ne veut. Les occasions de se disputer sont réduites au minimum ; et si, par malheur, deux colons venaient quand même à se disputer, la marche de l'œuvre n'en serait pas compromise. L'instinct de possession personnelle peut se donner libre carrière ; chacun est "maître chez soi" sur sa parcelle, aussi bien que n'importe quel propriétaire, en tout cas mieux que le charbonnier du proverbe ; le droit de la collectivité d'intervenir que pour l'empêcher d'aliéner imprudemment son lot, ou d'usurper celui des autres. Même ce qu'il y'a de légitime dans l'héritage est pleinement sauvegardé, puisque la même parcelle se transmet de père en fils »[4].