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Lobby des industries des énergies fossiles

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Le lobby des énergies fossiles regroupe des représentants rémunérés d'entreprises du secteur (pétrole, gaz, charbon) ainsi que d'industries connexes comme la chimie, les plastiques, l'aéronautique et les transports[1]. Forts de leur puissance financière, et du rôle crucial des industries extractivistes de l'énergie, des transports et de la chimie dans les économies locales, nationales et internationales, ces groupes de pression ont les moyens d'exercer une influence considérable sur les politiques gouvernementales. Ils promeuvent notamment le déni du changement climatique[2] et entravent les politiques relatives à la protection de l'environnement, à la santé environnementale et à la lutte contre le changement climatique[3].

Station-service à Hiroshima, Japon.

Ainsi, après que le changement climatique soit devenu un sujet de débat public, ce lobby a lancé une vaste campagne de relations publiques visant à discréditer la compréhension du changement climatique par le public, et à bloquer ou freiner toute action politique qui viserait à limiter les énergies fossiles (dont la consommation continue à croître en dépit des engagements pris pour le climat et des rapports successifs du GIEC). L'industrie des énergies fossiles nie activement les données scientifiques sur le climat, sème la confusion parmi le public et les responsables politiques, et entrave la mise en œuvre de politiques climatiques et énergétiques propres par le biais de la désinformation, du lobbying et de la propagande, et continue d'agir ainsi, notamment en affirmant à tort qu'il n'existe aucun consensus scientifique sur le climat.

Les groupes de pression sont actifs dans la plupart des économies démocratiques fortement dépendantes des énergies fossiles, et leurs activités sont particulièrement médiatisées au Canada, en Australie, aux États-Unis et en Europe. Toutefois, ils sont présents dans de nombreuses régions du monde. Les grandes compagnies pétrolières telles qu'ExxonMobil, Shell, BP, TotalEnergies, Chevron Corporation et ConocoPhillips figurent parmi les plus grandes entreprises associées au lobby des énergies fossiles[4]. L'American Petroleum Institute est un puissant groupe de pression du secteur pétrolier, exerçant une influence considérable à Washington[5],[6],[7]. En Australie, l'Australian Energy Producers, anciennement Australian Petroleum Production and Exploration Association (APPEA), a une influence importante à Canberra et contribue au maintien de politiques favorables au secteur pétro-gazier australien[8].

La présence constante de lobbyistes des plus grandes entreprises d'énergies fossiles et des compagnies pétrolières nationales aux instances décisionnelles (et parfois préparatoires) internationales, y compris dans le GIEC[9] et les négociations l'accord de Paris sur le climat[9] ; les conférences des Nations Unies sur les changements climatiques, a fait l'objet de nombreuses critiques[10]. Ce lobby est aussi connu pour exploiter les crises internationales, comme la pandémie de Covid-19[11] ou l'invasion russe de l'Ukraine en 2022[12],[13] pour tenter de revenir sur les règlementations existantes ou de justifier le développement de nouveaux projets d'exploitation des énergies fossiles[11],[12].

Ces lobbyistes s'efforcent de maintenir les subventions aux énergies fossiles[14] et le financement de leurs investissements, de plus en plus lourds et de moins en moins rentables avec la fracturation hydraulique et l'exploitation offshore profonde.

Influence

« Les entreprises qui continuent d'investir dans l'exploration et l'exploitation de nouvelles énergies fossiles manquent gravement à leurs obligations fiduciaires, car les données scientifiques démontrent clairement que nous ne pouvons plus poursuivre ces activités. »

— Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, citée dans Tim Flannery, Atmosphere of Hope. Solutions to the Climate Crisis, Penguin Books, 2015, p. 123-124 (ISBN 9780141981048).

À l'échelle mondiale, le bénéfice net de l'industrie pétro-gazière a atteint le chiffre record de 4 000 milliards de dollars américains en 2022[15].
Après la pandémie de Covid-19, les bénéfices des entreprises énergétiques ont augmenté grâce à la hausse des prix des carburants résultant de l'invasion russe de l'Ukraine, à la baisse des niveaux d'endettement, aux dépréciations financières des projets fermés en Russie et à l'abandon des plans antérieurs visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre[16],[17].

Le lobby des carburants fossiles a un long historique de conflits avec les instances de la Gouvernance mondiale démocratique. Selon l'Organisation internationale pour l'énergie durable (ISEO), la deuxième Conférence mondiale sur le climat « a été sabotée par les États-Unis alliés aux lobbies pétroliers »[18]. Suite à cela, l'ISEO a élaboré une Charte mondiale de l'énergie « qui protège la vie, la santé, le climat et la biosphère des émissions ». D'après l'organisation, ces mêmes « groupes de pression énergétiques réactionnaires ont cherché à faire boycotter cette Charte, avec l'aide des pays producteurs de pétrole et de charbon, et ils sont parvenus à exclure le sujet de la transition énergétique de la Conférence de Rio sur l'environnement et le développement (Sommet de la Terre) en 1992, avant de poursuivre cette stratégie lors de toutes les conférences sur le climat à Berlin, Kyoto, La Haye et Marrakech, où les États-Unis ont boycotté le protocole de Kyoto et continuent d'ignorer la Charte »[18].

Lors des seules années 2010, les cinq plus grands groupes pétro-gaziers et leurs filiales ont dépensé au moins 251 millions d'euros en lobbying auprès de l'Union européenne, pour y freiner les politiques climatiques[19], et ce lobbying a aussi, durant cette décennie, été très influent au Canada et en Australie[20],[21].

Dans un Bulletin de l'Institut international pour le développement durable, relatif à la 14e session de la Commission des Nations Unies pour le développement durable, on lit

« Il semblerait que lors des réunions ministérielles à huis clos, certains grands producteurs de pétrole aient tenu des propos très clairs. Ils insistent sans détour sur le fait que, malgré l'enthousiasme persistant des partisans des énergies renouvelables, il n'existe aucune alternative aux combustibles fossiles dans un avenir prévisible. Selon eux, plutôt que d'adopter des objectifs irréalistes en matière d'énergies renouvelables, les pays devraient investir dans des technologies propres pour les combustibles fossiles et s'engager sérieusement en faveur de l'efficacité énergétique. Un ministre aurait même interpellé le lobby des énergies renouvelables du Nord en ces termes : pourquoi ne pas éclairer les zones les plus sombres du monde en éteignant quelques bougies dans les vôtres ?
Parallèlement, des signaux émanent du groupe asiatique chargé de désigner un président pour la CSD-15, indiquant que le Qatar est le favori pour occuper ce poste l'année prochaine. Comme l'a fait remarquer un participant, un avantage évident serait l'implication étroite du Qatar dans les questions énergétiques – un atout indispensable pour guider la CSD lors de sa phase de négociation l'année prochaine[22]. »

Selon la CCNUCC, 636 lobbyistes des combustibles fossiles ont participé à la COP27[23].

Publiquement, les entreprises du secteur des énergies fossiles affirment soutenir l'accord de Paris (qui doit maintenir le réchauffement sous les 2 °C en 2100[24], mais des rapports internes de BP et Shell montrent qu'ils ont élaboré des plans de contingence pour faire face à un réchauffement de plus de 3 °C en 2050[24].

Impact environnemental des entreprises

Les raffineries des compagnies pétrolières émettent d'importantes quantités de polluants (dont GES).

En 2015, plusieurs des membres les plus influents du lobby énergétique opéraient pour les plus grands pollueurs des États-Unis, Conoco, Exxon et General Electric se classant parmi les six premiers[25]. Selon l'Environmental Integrity Project, une organisation non partisane et à but non lucratif fondée en par d'anciens juristes de l'Agence de protection de l'environnement (EPA), « des entreprises comme ExxonMobil et Sunoco continuent d'annoncer des profits records tout en augmentant leurs émissions ou en rejetant davantage de substances cancérigènes dans leurs raffineries »[26] et la consommation de charbon et de pétrole ont continué à augmenter dans le monde. Le lobby énergétique est constamment critiqué par les écologistes pour utiliser son influence et de grandes sommes d'argent afin de bloquer ou édulcorer la législation relative au changement climatique[27].

Climatoscepticisme

Le lobby des énergies fossiles est accusé de soutenir, ouvertement ou secrètement, les efforts visant à saper ou discréditer le consensus scientifique sur le changement climatique[28],[29]. De nombreuses questions, pourtant clairement tranchées par la communauté scientifique (comme la responsabilité humaine dans le changement climatique), font encore parfois l'objet de tentatives de discrédit. Ce travail de dénégation (climatoscepticisme) est motivé à la fois par des considérations politiques et économiques et financières. Il vise à minimiser, ou faire nier ou rejeter l'idée que l'industrie puisse être responsable d'une catastrophe climatique mondiale.

Des climatologues et environnementalistes, notamment aux États-Unis, ont signalé et prouvé des pressions exercées par certains gouvernements et les industries fossiles pour censurer ou étouffer leurs travaux, et dissimuler ou discréditer des données scientifiques, avec parfois la consigne de ne pas aborder publiquement le sujet.

Des intérêts industriels, politiques et idéologiques organisent des activités visant à saper la confiance du public dans la science du climat[30],[31],[32],[33] :691–698

Le déni du changement climatique, initié par le lobby des combustibles fossiles, a notamment été relié aux frères Koch, et à de nombreux groupes de réflexion ultraconservateurs (du réseau Atlas notamment). Il est médiatisé par la plupart des médias alternatifs ultraconservateurs, souvent aux États-Unis[34] :351[35],[33].

Plus de 90 % des articles climatosceptiques proviennent de think-tanks de droite, d'extrême droite et en particulier de la droite libertarienne américaine[36] qui cherchent ainsi à compromettre les efforts déployés pour agir face au changement climatique ou s'y adapter, en exerçant une influence considérable sur les politiques climatiques[32],[33] :691–698.

Dans les années 1970, les compagnies pétrolières ont publié des recherches qui corroboraient globalement l'avis de la communauté scientifique sur le changement climatique. Puis, et durant des décennies, elles ont orchestré une vaste campagne systématique de déni du changement climatique en diffusant de la désinformation auprès du public ; en utilisant de moyens de propagandes et de manipulation de l'information inspirés de ceux que l'industrie du tabac a développé et longuement testé pour nier les dangers du tabagisme. Certaines de ces campagnes ont d'ailleurs été menées par les mêmes personnes qui diffusaient auparavant la propagande de l'industrie du tabac[37],[38],[39].

Soutien à la polarisation politique et aux extrêmes droites

De nombreuses preuves détaillent le rôle du lobby des énergies fossiles dans la catalyse de la guerre culturelle et l'aggravation de la polarisation politique, par le biais d'investissements financiers dans le conservatisme social et sa rhétorique socialement régressive :

  • les milliardaires Dan et Farris Wilks, figures emblématiques du secteur de la fracturation hydraulique, ont versé plus de 12 millions de dollars à des médias d'extrême droite comme le Daily Wire et PragerU, qui défendent une vision socialement conservatrice. Ils ont aussi donné des millions de dollars à divers groupes d'extrême droite et candidats républicains, notamment 15 millions de dollars à la campagne présidentielle avortée de Ted Cruz en 2016, et ils ont ensuite contribué de manière significative à la campagne de Donald Trump en 2020[40],[41] ;
  • une analyse de 45 grandes organisations américaines anti-transgenres a révélé que 80 % d'entre elles recevaient des dons de sociétés de combustibles fossiles ou de milliardaires, dont l'ADF, un groupe clé dans la rédaction d'un large éventail de lois anti-transgenres qui ont été mises en œuvre avec succès à l'échelle fédérale et étatique[42].

Ces exemples corroborent d'autres études qui détaillent comment le lobby des énergies fossiles détourne intentionnellement l'attention des problèmes environnementaux concrets et actuels en créant une panique morale, en étouffant une coalition bipartite pour la justice climatique et en se constituant une base politique solide qui s'opposera aux règlementations climatiques et défendra les intérêts du lobby. Ainsi, l'industrie pétrolière tire un profit direct du maintien d'un ordre social traditionnel, troquant protections juridiques et soutien aux groupes marginalisés et à d'autres causes sociales contre la préservation ou le développement de l'industrie des énergies fossiles[43].

Australie

En 2023, le Conseil australien de l'énergie a fait pression contre l'ajout d'un volet environnemental à l'objectif national en matière d'électricité[44].

Les producteurs d'énergie australiens et le Conseil australien des minéraux ont fait pression contre les réformes d'un mécanisme de sauvegarde[45].

Chine

Le lobby du charbon était réputé puissant en Chine en 2025[46]. Bien que le pays ait aussi considérablement développé les énergies vertes, le charbon, en tant que source d'énergie et secteur industriel, y conserve une grande importance, en raison de liens historiques et symboliques avec l'ascension du Parti communiste chinois (PCC)[47]. Un groupe notable (China Petroleum & Chemical Corporation, aussi dite Sinopec Group), a incité le Parti communiste chinois à poursuivre l'extraction de pétrole et de gaz non conventionnels à travers divers projets et propositions politiques. En 2024, le lobby du charbon, contrôlé par l'État, a plaidé pour un assouplissement des restrictions sur les exportations de pétrole, le développement des technologies de captage du carbone et la réduction des émissions de méthane[48].

États-Unis

Pancarte « Séparons le pétrole et l'État » (Marche populaire pour le climat en 2017)

Lors de l'élection présidentielle américaine de 2000, plus de 34 millions de dollars ont été versés, principalement (78 %) aux Républicains. Au niveau fédéral, en 2004, les dons déclarés par les compagnies pétrolières et gazières aux partis ont contribué à hauteur de plus de 25 millions de dollars aux campagnes politiques (versés à 80 % aux Républicains). Au cours du cycle électoral de 2006, ces mêmes compagnies ont versé plus de 19 millions de dollars aux campagnes politiques et 82 % de cette somme sont allées aux candidats républicains, contre 18 % aux Démocrates. Les entreprises du secteur de l'électricité privilégient aussi toujours les Républicains avec des contributions qui récemment oscillaient entre 15 et 20 millions de dollars[49],[50].

Au niveau des États : de 2003 à 2006, le lobby de l'énergie aurait aussi contribué à hauteur de 58,3 millions de dollars aux campagnes électorales. À titre de comparaison, les acteurs du secteur des énergies renouvelables ont contribué à hauteur d'environ un demi-million de dollars au cours de la même période[51]. Lors des élections américaines de 2012, y compris l'élection présidentielle, selon le New York Times, les groupes de pression du fossile ont dépensé des sommes considérables pour qu'Obama ne soit pas élu[52].

Depuis 2008, l'industrie des combustibles fossiles a dépensé plus de 100 millions de dollars chaque année pour influencer le gouvernement américain[53].

Influence sur le gouvernementale et les administrations des États-Unis

Les plus grandes compagnies pétro-gazières (dites « Big Oil »), et leur principal organe de lobbying, l'American Petroleum Institute (ou API), dépensent chaque année des sommes considérables en lobbying et en campagnes politiques. Elles emploient aussi des think-tanks et des centaines de lobbyistes pour entraver ou au moins retarder l'action gouvernementale pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre et le réchauffement climatique.

Ce lobby exerce notamment une influence considérable à Washington, D.C., ainsi que dans d'autres grands centres politiques[5],[54],[55],[56]. Il a obtenu des nominations politiques clés dans les administrations des présidents américains George W. Bush et Donald Trump[57],[58],[59].

Le président George W. Bush, comme son père (le président George H.W. Bush), était lui-même un ancien cadre supérieur de l'industrie pétrolière, et le président Trump au cours de ses deux mandats a nommé des personnalités de l'industrie pétrolière comme ministres : son premier secrétaire d'État, Rex Tillerson, était le PDG d' ExxonMobil, l'une des plus grandes compagnies pétrolières, et son plus récent secrétaire à l'Énergie, Chris Wright, était le PDG de Liberty Energy, s'opposé aux efforts de lutte contre le changement climatique et fervent partisan de la fracturation hydraulique[60].

Ce lobby dépense bien plus pour faire avancer les intérêts des combustibles fossiles auprès des instances du pouvoir que ne peuvent le faire les citoyens ordinaires et les organisations environnementalistes. Les premiers ont dépensé 2 milliards de dollars entre 2000 et 2016 rien qu'en lobbying sur le changement climatique aux États-Unis[61].

Les grandes compagnies pétrolières affichent souvent des « principes de développement durable », mais ils sont contredits par politiques défendues par leurs lobbyistes, qui depuis des décennies visent notamment à semer le doute et la confusion sur la réalité et les conséquences du dérèglement climatique, et à entraver les efforts, gouvernementaux et communaux, notamment, pour y remédier.

L'API a ainsi lancé une campagne de désinformation visant à créer le doute dans l'opinion publique, pour que « le changement climatique ne soit plus un sujet d'actualité »[5],[61].

Ces dernières décennies, lors des campagnes électorales américaines, près des deux tiers de des dons faits par l'industrie des fossiles ont été faits à des politiciens républicains[62], une somme dépassant largement les contributions politiques consacrées aux énergies renouvelables. Ces contributions encouragent les politiciens qui votent contre la protection de l'environnement. Selon une étude publiée par les Actes de l'Académie nationale des sciences des États-Unis, plus les votes d'un membre du Congrès sont hostiles à l'environnement (mesurés par son bilan de vote selon l'évaluation de la Ligue des électeurs pour la conservation – LCV), plus les contributions de l'industrie des combustibles fossiles à ce membre du Congrès augmentent.

En moyenne, une baisse de 10 % du score LCV est corrélée à une augmentation de 1 700 $ des contributions de l'industrie à la campagne suivant la fin du mandat[63],[64].

Liens entre l'administration Bush et les grandes compagnies pétrolières

Divers scandales impliquant des personnalités politiques de premier plan ont mis en lumière les liens étroits entre le lobby de l'énergie et le gouvernement américain, notamment l'influence exercée par ce lobby sous l'administration Bush. Le lobbying s'est néanmoins poursuivi après la fin de cette administration[65]. En , des documents ont révélé que l'administration Bush avait consulté Exxon concernant sa position sur le Protocole de Kyoto. Selon le Guardian, « dans des notes d'information remises avant des réunions avec la sous-secrétaire d'État américaine à la Démocratie et aux Affaires mondiales, Paula Dobriansky, entre 2001 et 2004, l'administration remercie les dirigeants d'Exxon pour la participation active de l'entreprise à la définition de la politique climatique, et sollicite également leur avis sur les politiques climatiques que l'entreprise pourrait juger acceptables »[66]. En , des documents ont révélé que le groupe de travail sur l'énergie du vice-président Dick Cheney avait rencontré des dirigeants de grandes compagnies pétrolières, alors que les PDG de ces entreprises avaient nié toute entente devant les commissions sénatoriales de l'énergie et du commerce. Inversement, les écologistes n'ont pas été autorisés à participer aux activités du Groupe de travail sur l'énergie, chargé d'élaborer une politique énergétique nationale[67],[68]. Les compagnies pétrolières ont également participé, avec le groupe de travail de Dick Cheney, à des discussions sur les champs pétrolifères, les raffineries et autres infrastructures énergétiques irakiennes, ainsi qu'à l'élaboration de deux graphiques détaillant les projets pétroliers et gaziers irakiens et intitulés « Candidats étrangers aux contrats pétroliers irakiens ». Ces documents datent de deux ans avant l'invasion de l'Irak en 2003 et de six mois avant les attentats du 11 septembre 2001.

Chambre des députés

Avec le retour en 2023 d'un fort contrôle de la Chambre des représentants américaine par le parti républicain de Donald Trump, de nombreux lobbyistes de l'industrie des combustibles fossiles ont été nommés à des postes clés au sein du personnel gouvernemental et des administrations, notamment en tant que chefs de cabinet du président de la commission des ressources naturelles de la Chambre, Bruce Westerman, du chef de la majorité de la Chambre, Steve Scalise, de Pete Stauber et de Tom Tiffany.

Canada

De 2011 à 2018, les lobbyistes de l'industrie des combustibles fossiles ont enregistré 11 452 contacts avec des représentants gouvernementaux. Ce chiffre est très supérieur à celui des autres secteurs (ils représentent en moyenne six contacts par jour). Les lobbyistes du secteur des combustibles fossiles ont contacté des représentants gouvernementaux cinq fois plus souvent que les organisations environnementales non gouvernementales[69].

La Loi sur le lobbying du Canada n'oblige pas les entreprises à divulguer le montant des sommes qu'elles dépensent en lobbying auprès du gouvernement canadien, et ne les oblige pas à enregistrer les lobbyistes qui interagissent avec des fonctionnaires occupant un poste inférieur à celui de sous-ministre adjoint[70].

L'Association canadienne des producteurs de pétrole (ACPP) est l'un des grands groupe de défense des intérêts des entreprises énergétiques au Canada. Il affirme que sa vision est de « contribuer à la prospérité du Canada en favorisant une croissance responsable de l'industrie pétrolière et gazière en amont ». Une grande partie des membres de l'ACPP sont des raffineries de pétrole qui exploitent les sables bitumineux de l'Alberta. L'ACPP estime que l'industrie des sables bitumineux versera environ 8 milliards de dollars en taxes au cours des six prochaines années. Le président de l'ACPP est Tim McMillan, qui a auparavant été ministre du Commerce et ministre de la Santé rurale et des régions éloignées de la Saskatchewan[71].

En , la compagnie énergétique française TotalÉnergies s'est retirée de l'Association canadienne des producteurs de pétrole (ACPP), un groupe de pression représentant les producteurs de pétrole et de gaz naturel au Canada. Ce retrait faisait suite à la dépréciation d'actifs dans les sables bitumineux de l'Alberta, d'une valeur de 7 milliards de dollars américains, en raison des coûts de production élevés. Total SA a déclaré avoir quitté l'ACPP en raison d'un « désaccord entre les positions publiques de l'organisation et celles exprimées dans la déclaration d'ambition climatique de Total, annoncée en mai », selon La Presse canadienne[72].

Influence sur le gouvernement canadien

Rien qu'en 2012, 27 entreprises énergétiques et huit associations industrielles ont fait du lobbying auprès du Parlement canadien à Ottawa. Enbridge et TransCanada, les deux plus grandes sociétés pipelinières du Canada, ont rencontré des ministres du Cabinet au moins à 52 reprises entre 2011 et 2012[70].

Depuis 2008, l'Association canadienne des pipelines d'énergie (ACPE) a rencontré des représentants du secteur public 367 % plus souvent que les deux principales associations de l'industrie automobile canadienne.

Pantouflage : parmi les lobbyistes des grandes compagnies pétrolières au Canada figurent d'anciens employés du gouvernement. Au cours des dix dernières années, cette liste a notamment inclus Brenda Kenny, qui a travaillé pendant dix ans à l'Office national de l'énergie, Paul Cheliak, ancien économiste de Ressources naturelles Canada, et Bruce Carson, un voleur condamné qui a été analyste principal des politiques sous le premier ministre Stephen Harper[70].

De 2000 à 2018, la production pétrolière au Canada a augmenté de 80 %, mais les redevances versées par le secteur ont diminué de 63 % et les impôts payés par les compagnies pétrolières ont été réduits de moitié[73].

Kevin Taft, l'ancien chef de l'opposition (2004-2008) de la province de l'Alberta, a soutenu que l'industrie pétrolière avait acquis suffisamment de pouvoir pour constituer un « État profond », qu'il tient responsable de l'incapacité du Canada à mettre en œuvre des politiques cohérentes avec la limitation des émissions de gaz à effet de serre et d'un déficit démocratique croissant[74].

L'influence de l'industrie pétrolière canadienne à l'étranger

Les lobbyistes pétroliers canadiens dépensent aussi de l'argent à l'étranger pour faire avancer certains accords internationaux. En 2015, les lobbyistes de TransCanada, propriétaire du projet d'oléoduc Keystone XL, ont dépensé 500 000 $ en une seule session législative pour faire pression sur les sénateurs de l'État du Nebraska. Bien que la loi américaine interdise aux entreprises et aux particuliers étrangers de faire des contributions politiques, TransCanada a officiellement effectué ces contributions par l'intermédiaire de sa filiale américaine[75].

Europe

L'influence de l'industrie sur les politiques de l'Union européenne

Les lobbyistes des cinq plus grandes compagnies pétro-gazières ont dépensé au moins 251 millions d'euros en lobbying auprès de l'Union européenne, rien que sur les politiques climatiques depuis 2010. Ces lobbyistes représentent un total de 200 organisations. Parmi les entreprises exerçant le plus de pressions figurent BP, Shell, Chevron, ExxonMobil et Total[76]. Depuis 2014, 327 réunions de haut niveau ont eu lieu entre l'UE et les grandes firmes pétro-gazières (en moyenne : plus d'une réunion par semaine). Au sein de l'UE, environ 200 lobbyistes déclarés travaillent pour le compte des cinq principales compagnies pétrolières et gazières[77]. Le pacte vert pour l'Europe a été le sujet de lobbying numéro un auprès de l'Union européenne durant les 100 premiers jours de sa mise en œuvre, le (représentant un cinquième de toutes les réunions de lobbying de haut niveau)[78].

Le lobbying de l'industrie pétrolière au Royaume-Uni

Selon The Guardian, la compagnie gazière Shell a entamé un lobbying auprès du gouvernement britannique dès 2011 afin de saper les objectifs européens en matière d'énergies renouvelables. Après plusieurs rencontres avec le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, Shell a réussi à convaincre ce dernier, ainsi que son prédécesseur, Jean-Claude Juncker, de s'éloigner du plan initial qui imposait des objectifs contraignants de réduction des émissions de carbone à chaque État membre. Shell a plaidé en faveur du développement du gaz en Europe, estimant que cela permettrait d'économiser 500 milliards d'euros lors de la transition vers un système énergétique bas carbone[79].

Turquie

En , le député d'opposition Ali Öztunç a déclaré qu'une centrale électrique au charbon fonctionnait toujours sans filtres en raison du lobbying de l'entreprise[80].

Afrique du Sud

Un puissant lobby du charbon[81], coexiste avec celui de l'industrie minière[82].

En 2023, le pays dépendait du charbon pour 70 % de son électricité et 85 % de son énergie, selon l'Agence internationale de l'énergie[83]. La principale entreprise d'électricité est Eskom, une société d'État qui fournit 90 % de l'électricité du pays (dont 80 % d'origine charbonnière)[83]. L'industrie charbonnière emploie moins de 1 % de la population[83]. Le pays souffre de coupures d'électricité et de l'épuisement de ses gisements de charbon[83] mais le lobby du charbon s'est opposé au Partenariat pour une transition énergétique juste, un accord entre plusieurs pays, dont l'Afrique du Sud, visant à éliminer progressivement le charbon d'ici 2035[82] ; ces lobbyistes se sont associés à des politiciens pour affaiblir ou retarder des projets de loi, tels que la loi sur la taxe carbone et le projet de loi sur le changement climatique[82].

Références

Voir aussi

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