Lotte Möller

géographe et hydrologue allemande From Wikipedia, the free encyclopedia

Sophie Charlotte « Lotte » Juliane Möller, née le à Coblence et morte le à Göttingen est une géographe, hydrographe et biologiste marine allemande.

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Lotte Möller
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Après des études en géographie, géologie et mathématiques, elle s'oriente en géographie où elle prépare l'expédition du Meteor sans pouvoir y participer puisque la mission est interdite aux femmes. Elle réalise plusieurs études en hydrologie avant de s'intéresser à la limnologie afin d'éviter des tensions avec son collègue et concurrent Georg Wüst (de). Elle adhère au parti nazi, ce qui lui permet de poursuivre sa carrière, durant la guerre elle produit de nombreuses recherches pour l'armée. A la fin de la guerre elle est écartée de ses fonctions lors de la dénazification. Elle est la première femme professeure d'océanographie en Allemagne.

Biographie

Lotte Möller est la fille d'un fonctionnaire du ministère prussien de l'agriculture[1]. Elle fréquente une école publique de filles et un lycée à Berlin-Friedenau et à Steglitz[1]. En 1914, elle termine sa scolarité et obtient son examen d'enseignante qui lui permit d'entrer à l'université. Elle étudie les mathématiques, les sciences naturelles et la géographie à l'université de Berlin. Möller assiste aux cours et aux exercices des mathématiciens Konrad Knopp, Friedrich Schottky et Issai Schur, ainsi qu'aux cours de physique de Max Planck. Après avoir d'abord principalement étudié les mathématiques, elle se tourne rapidement vers la géographie. Elle assiste aux cours et aux excursions du directeur de l'Institut d'océanographie, Albrecht Penck, et participe aux cours de sciences des lacs dispensés par Alfred Merz[2]. Dans un CV conservé dans ses dossiers personnels, elle déclare plus tard : « J'ai choisi l'océanographie comme domaine de spécialisation, car c'est le seul domaine de la géographie qui me permette de représenter les phénomènes de manière mathématique et physique, ce qui me convient mieux. »[1].

Elle commence à étudier la limnologie en 1916, et plus particulièrement les mesures de température au lac Sacrow. En 1917 et 1918, elle travaille au développement de la technologie télégraphique et mène des recherches sur les marées en mer du Nord. Elle réussit son premier examen d'État de géographie en 1920, puis son second en 1921. Elle enseigne ensuite à Berlin, tout en continuant à participer aux événements universitaires[1],[2].

Travaux

Photo en noir et blanc d'un voilier.
Le Meteor.

Pendant l'été 1921, elle mène des recherches sur un navire de recherche dans le sud de la mer du Nord. En 1923, elle devint assistante d'Alfred Merz à l'Institut d'océanographie de l'Université de Berlin et obtint son doctorat en février 1925 avec une thèse intitulée « L'écart dans les mesures de courant dans l'océan »[1]. En 1926, Möller obtint un poste d'assistante régulière. Avec Merz, elle prépare l'expédition atlantique allemande du navire de recherche bateau Meteor (de) vers l'Atlantique Sud, qui dure de 1925 à 1927[3]. En tant que femme, elle n'est pas autorisée à participer elle-même au voyage de recherche ; la marine allemande lui a refusé l'autorisation[3]. Elle récupère les échantillons à terre et les analyse à Berlin. En 1928, elle reçoit la médaille Meteor (de) de l'Association de secours de la science allemande (de) pour ses travaux[2]. Au cours des années suivantes, elle est également soutenue par l'association sous forme de subventions pour l'équipement et le matériel[4]. Elle travaille d'abord comme assistante à la Collection zoologique de Munich, puis, à partir de 1927, comme chercheuse invitée à l'Institut de zoologie dirigé par Richard Goldschmidt

Après la mort de Merz en 1925, Möller termine ses travaux sur l'hydrographie du Bosphore et des Dardanelles et les publie en 1928[5]. En 1926, elle peut voyager sur un navire de recherche en Méditerranée et effectue des mesures météorologiques. En 1927 et 1928, elle visite l'Institut de recherche marine de Bergen, en Norvège, où elle étudie les ondes internes (de) des fjords, leur stratification et l'hydrographie[2]. Elle publie les résultats de ses recherches en 1931[6].

La mort de Merz est également le début d'un conflit avec l’océanographe Georg Wüst (de) : il obtient un poste de conservateur et est contrarié que Lotte Möller ait été chargée par Merz, dans son testament, de gérer sa succession. Finalement, Möller se retire du traitement des données du Meteor et passe de la recherche marine à la limnologie afin d'éviter un conflit avec Wüst[2].

En juillet 1929, Möller obtient son doctorat (habilitation) en « géographie, avec une attention particulière à l'hydrographie » ; elle est la première en géographie en Allemagne[3],[7]. Son mémoire, « La circulation dans l'océan Indien d'après les mesures de température et de salinité, la profondeur et les observations des courants de surface », est examiné par Albert Defant, Norbert Krebs (de) et Albrecht Penck. Dans son rapport, Defant souligne les réalisations scientifiques de Möller, notamment sa révision de la publication laissée par Merz, son soutien à l'expédition Meteor et ses recherches au lac Sacrow. Dans son rapport, Krebs compare directement Möller à Georg Wüst, récemment devenu le premier Allemand à obtenir son habilitation à diriger des recherches dans ce domaine grâce à une thèse sur la stratification et la circulation profonde dans le Pacifique. Krebs souligne les compétences supérieures de Möller, la grande polyvalence de son travail et la satisfaction de ses étudiants[8]. Elle est seulement la quatrième femme à avoir une habilitation de l'Université de Berlin et la première en océanographie[9]. Les résultats de son habilitation sont inclus dans le manuel de Harald Sverdrup, The Oceans, en 1942. Möller démontre notamment que les courants sous-marins dépendent des courants de surface, qu'elle cartographie avec leurs variations mensuelles. Elle décrivit également la circulation indienne (de) pour la première fois[10].

Après son habilitation, Möller devient maîtresse de conférences en hydrographie des eaux intérieures. Elle dirige une station de recherche sur le lac Sacrow, qu'elle fonde en 1927 et où le public étudiant est également formé[11]. En 1931, elle élabore des instructions pour le calcul des marées dans la baie allemande à l'intention du commandement naval (de) et publie en 1933 une description des marées dans cette zone. En 1933, elle est l'une des rares assistantes de l'Université de Berlin et rejoint le Parti national-socialiste des travailleurs allemands le 1er mai 1933 (numéro de membre 2 658 529[12]) afin de ne pas être distancée par son collègue et concurrent Wüst[3], qui suit également cette voie, et de conserver son poste de seule femme (sur six) à occuper un poste d'assistante en sciences naturelles à l'université[13]. En 1934, elle devient conservatrice à l'Institut de recherche marine, dirigé par Albert Defant, en 1935 professeure (elle est la seule femme[9]) et en 1939, en même temps que Wüst, professeure extraordinaire[14].

Seconde Guerre mondiale et années d'après-guerre

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Möller travaille pour la marine allemande[3]. En 1941, elle crée les cartes des marées de Helgoland et du golfe de Gascogne. Son analyse des données hydrographiques des territoires occupés de l'Est concerne, par exemple, les bassins fluviaux du Bug et de Pripiat, et, en 1942, le projet de canal reliant la Vistule au Dniepr. Lors d'un séjour en Pologne occupée en 1942, elle tombe gravement malade, atteinte d'une fièvre récurrente. Elle était responsable de la Sprée et de la Havel à l'Institut hydrographique de Potsdam. Plus tard, après que des bombardements eurent rendu le travail à son institut impossible et que la bibliothèque et les instruments eurent été entreposés dans un dôme de sel, elle est transférée au département nautique du commandement naval. Elle y est chargée de mesurer les marées et les courants[14].

En raison de son appartenance au parti nazi, Möller est licenciée sans préavis à la fin du mois de décembre 1945[14]. En février 1946, elle se rend à l'Académie de recherche spatiale et d'aménagement du territoire de Göttingen, où elle effectue des analyses régionales des eaux souterraines[15].

En 1950, Möller demande, sans succès[9], une retraite anticipée afin de pouvoir se consacrer à la recherche. En 1952, elle obtient un poste d'enseignante non rémunérée à l'université de Göttingen. Elle ne peut occuper le poste de directrice du département d'océanographie de l'institut hydro-météorologique de Stralsund en raison des conséquences de sa fièvre récurrente et d'un accident de la circulation. Ce n'est qu'en 1956 qu'elle obtient son habilitation à Göttingen[16] et devint professeure adjointe de géographie et d'hydrographie. Au semestre d'hiver 1957/1958, elle donne un cours magistral avec exercices à l'université Louis-et-Maximilien de Munich, puis prend sa retraite[15]. Elle passe ses dernières années à Göttingen.

Engagement

Möller est active au sein de l'Association des femmes universitaires allemandes à Berlin à partir de 1926 et à son conseil d'administration à partir de 1929[3]. Elle a été présidente de l'Association des femmes professeurs d'université en Allemagne.

En 1940, grâce au soutien d'Albrecht Penck, Möller est nommé à l'Académie Léopoldine[17].

En 1953, elle devient membre correspondant de la Société géographique de Hanovre (de).

Publications

  • (de) Lotte Möller, « Die Deviation bei Strommessungen im Meere : Veröffentlichungen des Instituts für Meereskunde an der Universität Berlin, Reihe A, Geographisch-naturwissenschaftliche Reihe, N. F. Heft 13 » [« Écart dans les mesures de courant dans l'océan. »], Zugleich Dissertation: Universität Berlin, Philosophische Fakultät,
  • (de) Lotte Möller, « Florida- und Antillenstrom. Eine hydrodynamische Untersuchung » [« Courants de Floride et des Antilles. Étude hydrodynamique »], Naturwissenschaften, vol. 13, no 27, , p. 600–603 (ISSN 1432-1904, DOI 10.1007/BF01578193, lire en ligne, consulté le )
  • (de) Lotte Möller, « Wasserschichtung und -Bewegung in Meerengen » [« Stratification et mouvement de l'eau dans les détroits »], Annalen der Hydrographie und Maritimen Meteorologie, vol. 59, , p. 8-17
  • (de) Lotte Möller, « Stechlin-See und Sakrower See. Ein Beitrag zur Charakteristik eutropher und oligotropher Seetypen » [« Lacs Stechlin et Sakrow. Contribution aux caractéristiques des lacs eutrophes et oligotrophes »], Archives of Hydrobiology, vol. 29, , p. 137-156

Notes et références

Annexes

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