Louis-Jean Prud'homme
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Maire de Saint-Brieuc | |
|---|---|
| - | |
| Membre du Conseil des Anciens | |
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Activités |
Louis-Jean Prud'homme, ou Prudhomme, né le à Saint-Brieuc et mort le , est un libraire, imprimeur et homme politique français.
Il est à la tête de la seule imprimerie-librairie de Saint-Brieuc. Catholique conservateur, il est brièvement maire de Saint-Brieuc en 1789, incarcéré comme suspect en 1793-1794 et membre du Conseil des Anciens en 1797. Il est de nouveau maire de Saint-Brieuc pendant la Restauration, de 1816 à 1818.
Famille
Louis-Jean Prud'homme, né le à Saint-Brieuc, est le fils de René Prud'homme et d'Yvonne Doublet[1],[2], mariés en 1736[3]. Il est leur quatrième enfant sur six[2]. René Prud'homme, originaire de Saint-Clément-des-Levées près de Saumur en Anjou, est installé comme libraire à Saint-Brieuc depuis 1713 environ[4]. Sa femme Yvonne Doublet est la fille de Jacques Doublet, libraire, et la sœur de Jean-Baptiste Doublet[5], imprimeur-libraire, mort en 1751[6]. Les Doublet, venus de Normandie, sont imprimeurs à Saint-Brieuc depuis 1620[7],[8].
Louis-Jean Prud'homme fait ses études au collège de Saint-Brieuc. Son père et son frère aîné meurent en 1763, ce qui fait de lui l'héritier de la librairie paternelle[2]. Dans les années 1760, Saint-Brieuc a trois librairies, appartenant à des familles alliées : celle de Louis-Jean Prud'homme, celle de François André et celle de Jean-Louis Mahé, qui a succédé à Jean-Baptiste Doublet comme imprimeur-libraire[9].
Imprimeur-libraire
Afin d'obtenir le brevet d'imprimeur, Louis-Jean Prud'homme entre en apprentissage chez Jean-Louis Mahé, dont il reprend le commerce en 1776 avant de lui succéder officiellement, après avoir obtenu son brevet, en 1778[10],[9]. François André ayant cessé son activité depuis quelques années[9], Louis-Jean Prud'homme est alors le seul imprimeur-libraire de Saint-Brieuc[9],[11]. Son commerce est installé place du Martray, dans une maison appartenant au chapitre de la cathédrale[9]. En 1783, son matériel et son papier sont endommagés par la chute d'une poutre, parce que l'immeuble est vétuste. Cet accident occasionne un conflit en justice avec le chapitre. Louis-Jean Prud'homme gagne son procès et le chapitre doit le dédommager[12].
Un inventaire de 1778 montre que l'entreprise de Louis-Jean Prudhomme imprime à 60 % des livres religieux, les autres étant des manuels élémentaires, des œuvres littéraires ou des ouvrages scientifiques. En 1812, la proportion d'ouvrages religieux de son fond de libraire est tombée à 40 %. Apparaissent également des livres d'histoire, du théâtre, des romans anglais (Robinson Crusoé, par exemple), des ouvrages de mathématiques, de physique, de sciences naturelles ou relatifs à la vie rurale comme La Maison rustique de Charles Estienne ou des livres pratiques de jardinage ou de cuisine[13]. Toutefois, les livres qu'il imprime restent très majoritairement des ouvrages religieux ou scolaires, y compris une douzaine de livres en breton et la Bible de Royaumont[14].
Homme politique
Louis-Jean Prud'homme est un catholique dont les convictions religieuses guident la conduite professionnelle et le positionnement politique, résolument conservateur[15]. En 1789, il est un notable de Saint-Brieuc, capitaine de la milice du Martray[16] et premier lieutenant du maire Jean-François-Pierre Poulain de Corbion[16],[17]. Quand celui-ci est élu député aux États généraux, Prud'homme lui succède logiquement, mais les patriotes briochins refusent que leur ville soit dirigée par un conservateur et nomment Jean-Louis Bagot maire de Saint-Brieuc. La ville a donc deux maires. Après trois semaines de conflit, la mairie revient officiellement à Prud'homme seul[17]. Toutefois, sa victoire est de courte durée : après la prise de la Bastille, les patriotes cherchent à reprendre la direction de la ville et obtiennent la démission de Louis-Jean Prud'homme le [18].
Il publie en la Déclaration de la noblesse et la Déclaration et protestation de l'ordre de l'Église assemblé à Saint-Brieuc et refuse d'imprimer la Constitution civile du clergé qu'il réprouve. Le 12 vendémiaire an II (), il est arrêté, ainsi que son épouse. Ils sont tous deux incarcérés comme suspects[16]. Son fils aîné réclame sans succès le droit de poursuivre l'activité de son père[16]. Du 19 au 22 germinal an II (), l'administration fait évaluer leurs biens. L'estimation aboutit à un total de plus 22 000 livres[19]. L'entreprise possède quatre presses, 7 000 livres de caractères, des lettres de bois et des centaines de gravures et de planches et emploie huit salariés[20]. De floréal à prairial, le papier, puis l'encre et enfin deux des quatre presses sont saisis[16]. Finalement, les époux Prud'homme sont libérés, en application du décret du 11 brumaire an III ()[19]. Leur incarcération aura duré un an[16]. Jean-Louis Prud'homme demande et obtient de récupérer ses biens, y compris les presses, ramenées en mauvais état de Brest le 30 pluviôse an III ()[19].
Le 22 germinal an V ()[21] ou le 15 floréal an V ()[22], Louis-Jean Prud'homme est élu député des Côtes-du-Nord au Conseil des Anciens[21],[23],[24],[22], mais il fait partie des députés royalistes dont l'élection est annulée après le coup d'État du 18 fructidor an V, par la loi votée le lendemain, le 19 fructidor an V ()[25]. Il défend dans cette assemblée l'implantation de l'école centrale du département à Saint-Brieuc alors que la Convention souhaitait l'installer à Guingamp. Après son inauguration le 10 prairial an VII (), il en imprime les affiches, les programmes et certains livres des professeurs[24]. Il se fait construire une nouvelle maison, au sud de la place de la cathédrale[24]. En 1811, il prend sa retraite, laissant son entreprise à ses enfants[26].
Sous la Restauration, il est nommé maire de Saint-Brieuc en 1816[26],[27], en récompense de sa fidélité contre-révolutionnaire[27] mais il démissionne en 1818[26]. Il meurt le , âgé de 87 ans[26].
Mariage et descendance
Louis-Jean Prud'homme épouse le Louise Le Gal, de Saint-Brieuc[9]. Ils ont dix enfants, mais ne survivent que trois fils. Les deux aînés, Louis-Mathieu et Jean- Louis, s'associent tout d'abord pour succéder à leur père puis, dès 1813, Louis-Mathieu dirige seul l'imprimerie[28].
Notes et références
- ↑ Lepreux 1914, p. 156.
- 1 2 3 Adam 1985, p. 199.
- ↑ Adam 1985, p. 191.
- ↑ Adam 1985, p. 196.
- ↑ Adam 1985, p. 195.
- ↑ Adam 1985, p. 197.
- ↑ Lepreux 1914, p. 142.
- ↑ Adam 1985, p. 192.
- 1 2 3 4 5 6 Adam 1985, p. 200.
- ↑ Lepreux 1914, p. 157.
- ↑ Nières 1991, p. 117.
- ↑ Adam 1985, p. 200-202.
- ↑ Adam 1985, p. 208.
- ↑ Adam 1985, p. 209.
- ↑ Adam 1985, p. 202.
- 1 2 3 4 5 6 Adam 1985, p. 203.
- 1 2 Nières 1991, p. 137.
- ↑ Nières 1991, p. 138.
- 1 2 3 Adam 1985, p. 204.
- ↑ Adam 1985, p. 205.
- 1 2 Robert, Bourloton et Cougny 1891, p. 51.
- 1 2 Nières 1991, p. 152.
- ↑ Kuscinski 1905, p. 157.
- 1 2 3 Adam 1985, p. 206.
- ↑ Kuscinski 1905, p. 189-190.
- 1 2 3 4 Adam 1985, p. 207.
- 1 2 Nières 1991, p. 170.
- ↑ Adam 1985, p. 210.
Voir aussi
Bibliographie
- Annick Adam, « Une dynastie d'imprimeurs-libraires : les Doublet-Prud'homme à Saint-Brieuc (1620-1984) », Mémoires de la société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, vol. 62, , p. 191-222 (lire en ligne).
- Auguste Kuscinski, Les députés au corps législatif : Conseil des Cinq-Cents, Conseil des Anciens de l'an IV à l'an VII, listes, tableaux et lois, Paris, Société de l'histoire de la Révolution française, , 419 p. (lire en ligne).
- Georges Lepreux, Gallia typographica, ou, Répertoire biographique et chronologique de tous les imprimeurs de France depuis les origines de l'imprimerie jusqu'à la Révolution, vol. IV : Province de Bretagne, Paris, Honoré Champion, , 521 p. (lire en ligne), p. 156-157.
- Claude Nières (dir.), Histoire de Saint-Brieuc et du pays briochin, Toulouse, Privat, coll. « Univers de la France et des pays francophones », , 317 p. (ISBN 978-2-7089-8296-3, lire en ligne).
- Adolphe Robert, Edgar Bourloton et Gaston Cougny (dir.), Dictionnaire des parlementaires français : comprenant tous les membres des assemblées françaises et tous les ministres français depuis le 1er mai 1789 jusqu'au 1er mai 1889, t. V : Pla-Zuy, Paris, Bourloton, (lire en ligne), p. 54.
Articles connexes
- Saint-Brieuc
- Famille Doublet
- Liste des maires de Saint-Brieuc
- Liste des membres du Conseil des Anciens
Liens externes
- Ludovic Déron, « Archives Prud'homme, imprimeurs briochins : Répertoire numérique de la sous-série 135 J » [PDF], sur Archives départementales des Côtes-d'Armor, .