Louis-Joseph de Bourbon-Vendôme
général français
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Louis-Joseph de Bourbon, duc de Vendôme, dit le Grand Vendôme, est né dans l'hôtel de Vendôme à Paris le et mort dans la ville de Vinaròs le . Il est un descendant d'Henri IV par la branche des bâtards légitimés de Bourbon-Vendôme. Il est duc de Vendôme, duc de Mercœur, duc d'Étampes, duc de Beaufort[note 1], duc de Penthièvre et comte de Dreux, prince d'Anet et de Martigues.
Titre
–
(42 ans, 10 mois et 30 jours)
| Prédécesseur | Louis de Bourbon, duc de Vendôme |
|---|---|
| Successeur | Intégration au domaine royal |
| Grade militaire | Lieutenant général des armées |
|---|---|
| Gouvernement militaire | Provence |
| Faits d’armes |
Siège de Barcelone Bataille de Luzzara Siège de Verceil Bataille de Cassano Bataille de Calcinato Bataille de Villaviciosa Bataille de Brihuega |
| Conflits |
Guerre de Hollande Guerre de la Ligue d'Augsbourg Guerre de Succession d'Espagne |
| Titulature |
Duc de Vendôme Duc de Beaufort Duc d'Étampes Duc de Mercœur Duc de Penthièvre Comte de Dreux Prince d'Anet Prince de Martigues |
|---|---|
| Dynastie | Maison de Vendôme |
| Distinctions |
Chevalier des ordres du Roi Chevalier de l'ordre de la Toison d'or |
| Autres fonctions | Général des Galères |
| Surnom | Le Grand Vendôme |
| Naissance |
Hôtel de Vendôme (France) |
| Décès |
(à 57 ans) Vinaròs (Espagne) |
| Sépulture | Escurial |
| Père | Louis de Bourbon, duc de Vendôme |
| Mère | Laure Mancini |
| Conjoint | Marie-Anne de Bourbon |
| Enfants | Aucun |
| Religion | Catholicisme |
Signature
Il est un des généraux les plus importants et controversés de la fin du règne de Louis XIV, il sera remarqué lors de la ligue d'Ausbourg et lors de la guerre de Succession d'Espagne. Homosexuel affiché, il meurt sans descendance et son duché s'éteint avec lui. Ses exploits militaires lui valurent le surnom de Grand Vendôme.
Biographie
Famille
Il est le fils aîné de Louis de Vendôme, duc de Mercœur et de Laure Mancini, nièce du cardinal Mazarin. Il est de par son père le petit-fils de César de Vendôme et Françoise de Lorraine, ce qui fait de lui l'arrière-petit-fils du roi Henri IV et de sa maîtresse Gabrielle d'Estrées. Il est également un cousin germain de la duchesse et régente de Savoie, Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie, ainsi que de la reine de Portugal, Marie-Françoise-Élisabeth de Savoie, épouse du roi Pierre II.
Enfance et jeunesse

Louis-Joseph de Bourbon-Vendôme né à Paris dans l'hôtel de Vendôme le . Il a pour puîné Philippe de Vendôme, futur grand prieur, né un an après lui. Il est baptisé, avec son frère cadet, le par le cardinal archevêque de Reims, Antonio Barberini neveu du pape Urbain VIII à la Sainte-Chapelle du château de Vincennes (dont Mazarin est le gouverneur). Louis-Joseph est porté sur les fonts baptismaux par le jeune Louis XIV et sa mère Anne d'Autriche. Il est fait, à cette occasion, duc de Penthièvre[1].
Le jeune garçon perd sa mère à 3 ans, elle meurt en couches en en donnant naissance à un dernier fils, Jules-César (1657-1660) mort prématurément. Son père le duc de Mercœur, part vivre quant à lui loin de la capitale, dans son gouvernement de Provence[2]. L'éducation du jeune garçon fut l'objet de toutes les attentions, il reçut une véritable éducation de prince. Il eut pour gouverneur Claude de Jussac d'Ambleville, homme réputé de grande qualité, la Grande Mademoiselle le qualifiant d'homme d'esprit, disant qu'il était savant , faisait joliment des vers, et écrivait bien, (ses qualités lui permirent d'ailleurs par la suite d'être le gouverneur du duc du Maine)[3]. Ses précepteurs furent Rillier (qui devint son intendant) et Foucault, fin connaisseur du grec et du latin. Ces maîtres furent choisis par sa grand-mère Françoise de Lorraine duchesse de Vendôme[4]. Louis-Joseph semble avoir eut un certain penchant pour l'Histoire, apprise avec les auteurs antiques. La figure de son arrière-grand-père Henri IV fut son principal modèle, notamment grâce aux souvenirs de son grand-père César de Vendôme. Cela forgea le jeune prince, lui rappelant ses origines royales, pour ainsi ne pas oublier les prétentions familiales[5].
Mais une véritable hécatombe familiale va interrompre cette éducation attentionnée. Tout d'abord la mort de son grand-père César de Vendôme en 1665, faisant ainsi de son père le nouveau duc de Vendôme. Mais c'est surtout en 1669 que les décès s'accumulèrent dans la famille de Bourbon-Vendôme : son oncle le duc de Beaufort est déclaré disparu au siège de Candie, le c'est son père le duc de Vendôme qui décède, faisant de Louis-Joseph le nouveau duc de Vendôme et gouverneur de Provence. Enfin la mort de sa grand-mère Françoise de Lorraine le acheva la dégringolade de la famille[2]. Ainsi orphelin à l'âge de quinze ans, il hérite d'une immense fortune, malgré les dettes laissées par son grand-père[6]. Cela réduisit donc la maison de Bourbon-Vendôme à deux jeunes garçons de quinze et quatorze ans, Louis-Joseph et Philippe.
Les deux orphelins quittèrent alors l'hôtel de Vendôme, qui petit à petit fut délaissé, pour l'hôtel de Bouillon où ils furent élevés par leur jeune tante, Marie-Anne Mancini duchesse de Bouillon, qui n'avait que vingt ans. La duchesse aimait les plaisirs frôlant la débauche, en véritable libertine[6]. Elle réunissait autour d'elle une petite cour d'hommes libertins et lettrés parmi lesquels Jean de La Fontaine ou l'abbé de Chaulieu (celui-ci resta attaché par la suite au duc de Vendôme). Cet environnement influença les frères Vendôme sur l'intérêt profond qu'ils eurent pour les lettres, sans pour autant être de fins littéraires, ainsi qu'en y devenant des compagnons pour la débauche. Quant son frère Philippe marquait son penchant pour les femmes, des rumeurs l'accusant même de relations charnelles avec sa tante, Louis-Joseph montrait une préférence pour les hommes. Cette vie uniquement de plaisirs qui se forgeait pour Vendôme, ne lui donnait aucunement l'envie de s'impliquer dans son gouvernement en Provence, qui était géré en son nom par un lieutenant général, le comte de Grignan[7].
Le voyage d'Italie

En 1671, Louis-Joseph et Philippe souhaitent se rendre en Italie pour parfaire leur éducation dans l'esprit des "Grands Tours" effectués par les jeunes aristocrates (la chose n'étant pas pratiqué, à l'accoutumée, par les princes). Ils souhaitent se rendre dans le duché de Savoie, à Rome puis Venise. Le roi, malgré ses réticences, accepta le voyage. Les frères Vendôme furent accueillis avec les plus grands égards par le duc Charles-Emmanuel II de Savoie. Lorsqu'ils arrivèrent à Suse ils furent escortés par un cortège envoyé par les souverains du duché. Le ils embarquèrent sur le Pô pour aller jusqu'à Venise. Le ils arrivaient à Rome. Le pape Clément X les reçus au palais Farnèse le où ils furent encore une fois magnifiquement accueillis, le pape y organisant un banquet en leur honneur. Les frères Vendôme furent également présents au banquet organisé pour Antonio Pedro Sancho Dávila y Osorio (es), marquis d'Astorga. Mais le voyage, qui devait se poursuivre en Allemangne, fut interrompu sur ordre de Louis XIV, les frères Vendôme rentrant à Paris en . Le roi, se préparait à la guerre de Hollande, et il était alors plus prudent que personne de la noblesse ou de la famille royale, ne soit hors du royaume à ce moment-là[8].
Premières armes à la guerre de Hollande
Il commence sa carrière militaire âgé de dix-huit ans, en se portant volontaire, avec son frère, dans l'armée du roi dès le printemps 1672, accompagnant ainsi son souverain à la campagne d'ouverture de la guerre de Hollande. Après un bref retour à la cour en même temps que le roi, ils rejoignent le Grand Condé en Hollande, en [9]. Ils sont également présents au siège de Maastricht durant la campagne de 1673[10]. Avec Condé, Louis-Joseph est nommé colonel d'un régiment d'infanterie, il découvrait ainsi auprès de lui les principes du commandement, il sut d'ailleurs être apprécié de lui, Condé prenant même sa défense auprès du roi et de Louvois, qui avait reçu un portrait de Vendôme peut flatteur[11].
En 1674 il est au côté du roi pour la conquête de la Franche-Comté, assistant aux prises de Besançon et de Dole. Mais c'est réellement à partir de 1675 que Vendôme commença à se distinguer. On lui confia la défense d'un pont pour la retraite, après la mort du Maréchal de Turenne, lors de la bataille d'Altenheim où il fut blessé,[12]. Ce fait d'armes lui fit espérer une promotion pour l'année 1676, mais la chose ne se réalisa pas. Alors déçu, il demanda au roi, le , de pouvoir se rendre dans son gouvernement de Provence, hérité de son père. Mais Louis XIV le lui refusa, arguant : Monsieur, quand vous saurez bien gouverner vos affaires, je vous donnerai le soin des miennes[13],[14].
Il est enfin fait brigadier d'infanterie le , en raison de sa participation au siège de Condé (1676)[14]. Il poursuit ses services militaires en Flandre pour l'année 1677, notamment lors du siège de Cambrai, lui permettant de faire son apprentissage de la mission d'un officier général, grade qu'il n'a pas. Il combattit sous les ordres du maréchal de Créquy et au côté du colonel de Villars, d'un an son aîné. Vendôme se distingua notamment au mois de juillet lors d'une attaque du camp de Créquy par les troupes de Charles V de Lorraine, sur la frontière de la Meuse. Il s'illustra également au siège de Fribourg en novembre. Ces actions réussi lui permirent d'être promu maréchal de camp le , il n'a alors pas vingt-quatre ans. Cette année marque également la fin de la guerre de Hollande, et donc une pause dans la jeune carrière militaire du duc de Vendôme[15].
La vie de Cour

Autant Vendôme se forgeait une réputation de bon militaire, autant sa réputation hors des camps laissait à désirer. Ses penchants homosexuels, ajoutés à son goût pour le tabac (apprécié de nombreux aristocrates mais pas par le roi), et sa passion pour les jeux d'argent comme la bassette, donnaient à sa vie un caractère très dissolu. Primi Visconti le décrit jouant à ce jeu à l'hôtel de Vendôme au côté de son frère le grand Prieur et de sa tante la comtesse de Soissons. Les courses de chevaux lui plaisaient également, ainsi que les paris d'argent. Louis-Joseph pariait des sommes astronomique aux jeux. Madame de Sévigné raconte même qu'au mois d' il « perdit dix mille écus au billard »[16]. Ces pertes conséquentes d'argent retardèrent même son voyage dans son gouvernement de Provence. Vendôme s'était en effet décidé à s'y rendre au mois d'. Sur le chemin il s'arrêta pour des divertissements à Orléans et prévoyait de séjourner à Lyon. Mais la maladie le rattrapa à la Charité-sur-Loire, où il eut la petite vérole, fin 1680. Il choisit de passer l'hiver en convalescence dans son château d'Anet. Ayant réchappé miraculeusement à la maladie il se rendit enfin à Aix-en-Provence et Marseille en octobre et [17].
L'année 1679 vit également la convocation du duc par La Reynie, lieutenant général de police, pour l'affaire des poisons. Il avait déjà été voir La Voisin avec sa tante la duchesse de Bouillon, mais Vendôme prenait la chose comme un divertissement, il ne fut donc pas inquiété. Cependant au vu de l'ampleur que pris l'affaire, il se retira à Anet en . Deux ans plus tard, en un autre scandale le concerna, et là de beaucoup plus près. Il fut impliqué dans l'affaire des mœurs homosexuelles du comte de Vermandois, bâtard de Louis XIV, qui avait été séduit par le chevalier de Lorraine. Louis-Joseph choisit à nouveau de se retirer à Anet pour apaiser les tentions et retrouver grâce auprès du roi[18]. À Anet, Vendôme s'entoura de nombreux artistes, La Fontaine, Chaulieu, Campistron, jouant le rôle de mécène auprès d'auteurs à la plume libre[19].
Morcellement de l'héritage familial
Les difficultés financières de Vendôme dues à son penchant pour les jeux avaient creusé la dette laissée par son grand-père César. Comme le dit Primi Visconti "Le duc était un de ces grands seigneurs qui ne s'occupent de rien, si ce n'est d'avoir de l'argent pour jouer", déléguant ses affaires à son frère et à Chaulieu. Louis-Joseph dût se résoudre à vendre ainsi plusieurs de ses possessions et titres. En 1685 il vendit au roi pour 600 000 livres., son hôtel parisien à l'emplacement duquel fut construite la célèbre place Vendôme actuelle. En 1686 il vendit pour 500 000 écus son duché de Penthièvre à la princesse de Conti et celui de Beaufort en 1688 au fils du maréchal de Luxembourg pour 400 000 livres[20].
Rapprochement avec le Grand Dauphin

Dans les années 1680 Vendôme chercha à se rapprocher du Grand Dauphin, qui déjà enfant semblait l'apprécier. Il apparaissait alors de plus en plus que celui-ci succèderait à son père rapidement. En effet Louis XIV était marqué par des maladies qui retenaient l'attention de toutes les cours européennes, comme son opération d'une fistule en 1686. Ainsi Louis-Joseph fit venir le Grand Dauphin à cinq reprise à Anet entre 1685 et 1687, pour des chasses au loup, dont il raffolait. Son passage le plus célèbre reste celui de et dont la réception fut la plus fastueuse[21]. L'opéra Acis et Galatée, mit en musique par Lully, y fut joué pour la première fois. Louis-Joseph offrit pour l'occasion à Lully une bague ayant appartenu à son grand-père César de Vendôme. La réception dura du 6 au , entre chasses au cerf et au loup, musique et banquets, ainsi qu'un magnifique feu d'artifice[22].
De la guerre de la ligue d'Augsbourg à la guerre de succession d'Espagne

Il fut promu lieutenant général le [23]. L'année suivante il fut nommé dans le commandement des armées d'Allemagne, sous les ordres du maréchal de Duras, lui-même neveu de Turenne. En 1690, il continua de servir en Allemagne son les ordres du Grand Dauphin. Il prit ensuite part en 1691, dans l'armée de Flandre commandée par le maréchal de Luxembourg. Au mois d'août il fut opéré d'une maladie, peut-être les prémices de la syphilis[24]. Il se distingua au siège de Mons ainsi qu'aux combats de Leuze[24]. La mort du maréchal de La Feuillade, colonel des gardes française, cette année-là, fit courir à la cour le bruit que Vendôme le remplacerait. Mais ce poste revint finalement à Louis François de Boufflers. De plus la mort de Louvois amena son fils Barbezieux à reprendre le ministère de la guerre, Vendôme eut de bon rapport avec lui. Ce décès fit courir le bruit qu'il épouserait la veuve de Louvois, mais il n'en fut rien[25].
Toujours sous les ordres du maréchal de Luxembourg il se distingua à la bataille de Steinkerque. Mais des tensions de fond se firent sentir entre Vendôme et le maréchal, le premier trouvant que le second ne reconnaissait pas assez sa valeur dans la bataille[26]. Le duc de Vendôme sachant que par son rang ambigu de descendant de bâtard légitimé, il ne pourrait jamais espérer un rang militaire égale aux princes du sang, mais désireux d'avoir de grands commandements à lui seul il s'essaya au maréchalat en demandant l'office à Louis XIV. Mais celui-ci refusa car il jugeait que, même issu d'une branche bâtarde, son origine royale l'empêchait d'ambitionner à une dignité inférieure à son rang[27],[28].
La campagne de 1693 vit la rapide ascension de Vendôme. Ne supportant plus le maréchal de Luxembourg, il fut envoyé avec son frère le grand Prieur sur le front italien auprès de Catinat. Il s'empara du Castellet avec le marquis de Larray, permettant la prise de la vallée de Barcelonnette. Il se distingua à la bataille de La Marsaille où il dirigeait l'aile gauche, démontrant son aptitude au commandement[29].
Entre et , il fut nommé général des galères, puis il commanda l'armée d'invasion de la Catalogne en et s'empara de la ville de Barcelone en . Il fut alors nommé vice-roi de Catalogne. Il fut nommé à la tête de l'armée française en Italie en , aux débuts de la guerre de Succession d'Espagne, après la capture du maréchal de Villeroy à Crémone.
Il participa alors à la bataille de Luzzara. Il fit la connaissance de Jules Alberoni, lequel fera carrière en devenant son amant. Le duc s'opposera durant trois ans à son cousin, le prince et feld-maréchal impérial Eugène de Savoie-Carignan, qu'il battit lors de la bataille de Cassano en . En , il remporta la bataille de Calcinato, avant d'être envoyé en Flandre où l'armée française subit plusieurs défaites et où il fut nommé lieutenant général.
Après son départ d'Italie, les troupes du duc d'Orléans furent chassées du territoire. En Flandre, le duc de Vendôme se querella avec le duc de Bourgogne, petit-fils du roi, et ne put empêcher une nouvelle défaite française à Audenarde. Arrivé à Lille au début du mois de septembre avec une troupe de douze mille hommes, le duc renonce, malgré une supériorité numérique, à attaquer l'armée du célèbre duc de Malborough et du prince Eugène, assiégeant la ville. Dégoûté par ces revers, il se retira dans ses propriétés. Il fut rapidement rappelé par son cousin Philippe V, le récent roi d'Espagne, qui lui confia son armée. Le duc remporta les batailles de Brihuega et de Villaviciosa.
Mariage

Plusieurs projets de mariages furent engagés, pour éponger ses dettes, desquelles il se désintéressait, laissant Rillier gérer ses affaires. En 1676 on projeta de lui faire épouser la fille unique du marquis de Vardes, qui finalement épousa le duc de Rohan. Un autre projet fut de le marier avec Marie-Louise d'Apremont, jeune veuve de Charles IV de Lorraine, mais Louis-Joseph refusa cette dernière union[30].
La même année 1676, le marquis de Louvois chercha aussi à allier sa famille au duc de Vendôme, pour ainsi assurer l'élévation de sa famille. Son frère, l'archevêque de Reims tenta de marier la fille du nouveau ministre de la guerre, seulement âgée de 11 ans à Vendôme, lui assurant "cent mille pistoles comptant" de dot. Bien qu'il s'agisse d'une mésalliance (Louvois étant d'un rang bien inférieur à celui Vendôme), Louis-Joseph ne sembla pas hostile à ce projet qui lui aurait offert la place de "gendre du ministre de la guerre", permettant de l'appuyer pour ses ambitions militaires. La chose traîna en longueur. En 1693, à la mort de Louvois, Louis XIV lui proposa même d'épouser sa veuve, Anne de Souvré. Mais aucune de ces tentatives n'aboutirent[31].
Enfin, alors âgé de cinquante-six ans, le duc de Vendôme épousa Marie-Anne de Bourbon-Condé, la fille de Henri-Jules de Bourbon-Condé, prince de Condé, et de Anne de Bavière. Son père, qui n'appréciait pas Vendôme, venait de mourir. Louis-Joseph avait déjà effectué une demande en mariage du vivant du prince de Condé mais sans succès. Grâce à l'appui du duc du Maine l'union put se faire. Louis-Joseph voulait ce mariage pour les convenances, lui permettant enfin de s'apparenter aux princes du sang. Louis XIV signa le contrat de mariage le , neuf jours après la mort de Condé. Le roi accepta cette union, tablant que la santé du duc ne lui permettrait pas d'avoir d'enfants, assurant à la couronne le retour du duché de Vendôme dans le domaine royal[32].
La cérémonie de mariage eut lieu dans la chapelle du château de Sceaux, le . C'était la résidence du duc et de la duchesse du Maine. La jeune épouse est alors âgée de trente-deux ans. Organisé à la hâte, le mariage fut perçu comme une cérémonie terne sans dimension princière[32]. Bien que la princesse douairière n'assista pas à la cérémonie, elle fut présente lors de la cérémonie du coucher, de même que le prince de Condé, Louis IV Henri de Bourbon-Condé et son épouse Marie-Anne de Bourbon-Conti, ainsi que la sœur de cette dernière, Mademoiselle de La Roche-sur-Yon.
Les nouveaux époux passèrent quelques jours à Sceaux, après quoi Louis-Joseph repartit seul pour son château d'Anet, tandis que la nouvelle duchesse de Vendôme s'installe à l'hôtel du Temple, résidence du Grand Prieur de Vendôme alors absent[32].
Décès

En , Antoine Crozat lui acheta sa terre de Vendeuil. Il sera décoré de l'ordre de la Toison d'or et est nommé premier prince du sang d'Espagne par le roi Philippe V. Le duc de Vendôme mourut le à Vinaròs, en Espagne, des suites d'une indigestion[note 2]. Le roi Philippe V fit alors porter le deuil à tout son royaume. Louis-Joseph de Bourbon, duc de Vendôme est enterré dans le caveau des Infants à l'Escurial.
Personnalité
Détestant les bâtards royaux légitimés, le duc de Saint-Simon dresse dans ses célèbres Mémoires un portrait très négatif du duc de Vendôme :
« Il était d'une taille ordinaire pour la hauteur, un peu gros, mais vigoureux, fort, et alerte ; un visage fort noble et l'air haut […] surtout admirable courtisan, et qui sut tirer avantage jusque de ses plus grands vices à l'abri du faible du Roi pour sa naissance ; poli par art, mais avec un choix et une mesure avare, insolent à l'excès […] en même temps, familier et populaire avec le commun par une affectation qui voilait sa vanité et le faisait aimer du vulgaire ; au fond, l'orgueil même, et un orgueil qui voulait tout, qui dévorait tout[33]. »

De fait, s'il fut l'un des grands généraux de Louis XIV, quoique négligent sur les détails et puis en général assez aidé par ses seconds, comme à Cassano ou Villaviciosa, le duc de Vendôme était réputé pour sa grossièreté. Le marquis d'Argenson, futur ministre des Affaires étrangères du roi Louis XV, notera dans son journal qu'il portait à un excès « prodigieux » le « libertinage, la malpropreté et la paresse ». Il était critiqué par bon nombre de ses contemporains pour son côté grossier, caractéristique des soldats[note 3], et ses mœurs homosexuelles plutôt dissolues[35].
Homosexualité
Le duc était célèbre pour son homosexualité ostensiblement vécue[36]. Dans sa famille, d'autres membres l'étaient aussi, ou du moins bisexuels, comme son grand-père et son frère, ce qui a conduit à ce que l'hôtel particulier familial qui donna son nom à la place Vendôme, l'hôtel de Vendôme, soit ainsi appelé « l'Hôtel de Sodome » au XVIIe siècle[36]. Saint-Simon lui reprochait alors de s'être adonné au « vice » des « habitants de Sodome ». Voici ce qu'il en disait alors dans ses Mémoires :
« M. de Vendôme y fut plus salement plongé toute sa vie que personne, et si publiquement, que lui-même n'en faisait pas plus de façon que la plus légère et de la plus ordinaire galanterie. »
Ainsi, ceux qui souhaitaient s'attirer les faveurs du duc essayaient avant tout de s'adresser à ses amants. Un récit contemporain de celui du duc de Saint-Simon nous raconte que dans son domaine du château d'Anet, des paysans attendaient le duc de Vendôme dans les bois lorsqu'il partait à la chasse, espérant ainsi obtenir des faveurs en échanges de leur services sexuels[37]. Cela dit, contrairement au célèbre mémorialiste, la cour "tolérait" l'homosexualité[38]lorsqu'elle était pratiquée par des membres de la haute-noblesse ou des personnages très en vue. Le duc de Vendôme finit par avoir la syphilis et il y perdit une partie de son nez. Il allait ainsi à Clichy, « suer la vérole entre les mains les plus habiles, qui échouèrent. »[39], au sein de la demeure du financier Antoine Crozat où il se réfugia pendant près de trois mois pour soigner sa vérole. Sa maison était vaste et plutôt confortable, au milieu de magnifiques jardins dessinés par André Le Nôtre. Le duc revint ainsi à la cour, mais « avec la moitié de son nez ordinaire, ses dents tombées, et une physionomie entièrement changée, qui tirait sur le niais », selon le duc de Saint-Simon.
Titulature
- - : « Son Excellence (Monseigneur) Louis-Joseph de Bourbon, Duc de Vendôme, Duc d'Etampes, Duc de Beaufort et Duc de Penthièvre ».