Louis Tanquerel des Planches
médecin et agronome français
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Louis-Jean-Charles-Marie Tanquerel des Planches[1] (, Ambrières-les-Vallées - , Mayenne à Rochefeuille), est un médecin, chercheur, agronome et écrivain scientifique français du XIXe siècle. Il est surtout connu pour ses travaux pionniers sur le saturnisme et pour son engagement en faveur de l’agriculture.
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Biographie
Origines
La famille Tanquerel du Duché de Mayenne se rattache peut-être pour l'Abbé Angot[2] de loin à Jean Tanquerel, normand, bachelier en théologie, qui fit scandale à l'Université de Paris en soutenant une thèse en faveur du pouvoir des papes sur le temporel des rois, en 1561. Elle est attestée au XVIe siècle, anoblie par lettres patentes de en faveur de Jean-René Tanquerel, procureur fiscal à Mayenne, subdélégué de l'Intendant de Tours[3] à Mayenne.
Louis Tanquerel des Planches naît le ( à Ambrières-les-Vallées. Il est le descendant d’une ancienne famille normande établie en Mayenne depuis la fin du XVIe siècle[4], issue d’une lignée de juristes, officiers et notables locaux[5].
Formation
Son père, Louis-Jean Tanquerel des Planches, propriétaire agriculteur[6] et sa mère, Eulalie-Louise-Justine[6] Duval du Breil (ou Dubray[6]), lui offrent une éducation soignée[5]. Après des études secondaires, il obtient deux diplômes d’études secondaires : un baccalauréat ès lettres et un baccalauréat ès sciences à l'Université de Paris[5], il se destine à la médecine, encouragé par un de ses proches, le baron René-Nicolas Dufriche Desgenettes, professeur d’hygiène à la Faculté de médecine de Paris.
Tanquerel entreprend alors des études de médecine et réussit le concours d’entrée à l’école pratique de la faculté de Paris, qui accueillait chaque année sur concours les étudiants les plus brillants[6]. Il devient élève de première classe à l’École pratique de la Faculté de médecine de Paris, où il se distingue par son assiduité et son talent[5]. Cependant, il ne devient jamais interne dans le système hospitalier parisien[4]. Il se spécialise rapidement dans l’étude des maladies professionnelles, notamment du saturnisme, une intoxication par le plomb qui touche alors de nombreux ouvriers parisiens[5].
Carrière médicale et scientifique
Contributions à la médecine
Dès les années 1830, Tanquerel des Planches se consacre à l’étude du saturnisme, une pathologie alors méconnue et souvent confondue avec d’autres affections[5]. Médecin à Paris, il étudie spécialement les maladies occasionnées par le plomb, et le saturnisme. Il commence à examiner les patients des anciennes salles de l’Hôpital de la Charité de Paris, souffrant de saturnisme (une intoxication au plomb)[4] Il observe plus de 1 200 cas à l’hôpital de la Charité, où il travaille sous la direction de médecins renommés comme Pierre Rayer, Jean-Baptiste Bouillaud et Gabriel Andral[5].
En 1834, il soutient sa thèse de doctorat sur la paralysie saturnine, dédiée à René-Nicolas Dufriche Desgenettes. Ce travail, considéré comme la première monographie sérieuse sur le sujet, individualise les différents types de paralysie liés à l’intoxication par le plomb[5]. Il publia en 1838 une étude sur l'encéphalopathie, mot qu'il créa[7]. Il invente le terme « encéphalopathie », du grec enkephalos (cerveau) et pathos (souffrance).
En 1839, il publie son ouvrage majeur, le Traité des maladies de plomb ou saturnismes, qui fait autorité pendant des décennies et est traduit en allemand dès 1842[5]. Ce traité, basé sur ses observations cliniques, décrit les quatre formes principales du saturnisme (colique, arthralgie, paralysie, encéphalopathie) et propose des mesures prophylactiques pour limiter les risques d’intoxication dans les fabriques de céruse[5] qu'utilisaient les peintres[6]. Le Traité révolutionne le diagnostic et le traitement du saturnisme, longtemps considéré comme une Colique saturnine depuis deux millénaires[4].
Tanquerel des Planches est également l’auteur de nombreux articles scientifiques, notamment sur l’encéphalopathie saturnine, l’anémie des mineurs, et la sialorrhée[5]. Il collabore à plusieurs revues médicales et participe activement aux débats de la Société de médecine de Paris.
Le saturnisme animal
Tanquerel des Planches a été le premier à étudier de manière très scientifique et approfondie le saturnisme chez l'Homme, à partir d'un grand nombre de cas identifiés dans les hôpitaux.
- Il pense que le plomb est essentiellement toxique par inhalation (de vapeur, poussières ou particules) et par ingestion, mais qu'il ne traverse pas ou mal la peau, ce qu'il tentera de montrer chez l'animal.
- Il affirme à partir de ses observations que toutes les formes connues du plomb, dont en alliage avec l'antimoine, et pour toutes les formes chimiques connues de son époque et n'existant pas spontanément dans la nature, sont susceptibles de causer des « coliques de plomb » chez l'homme.
- Tanquerel semble également être à l'origine des premières expérimentations impliquant le plomb sur l'animal, onze ans après qu'il eut (en 1839) publié le premier grand ouvrage médical sur le saturnisme[8] :
- Il a administré de l'acétate de plomb à deux chiens qui - selon ses écrits - ne lui ont pas semblé affectés ce qui ne l'a pas encouragé à continuer à étudier les effets du plomb chez l'animal.
Il ne semble pas avoir pensé à expérimenter les effets du plomb métallique, ionique ou organique ingéré chez l'oiseau[8].
Il faudra ensuite plusieurs décennies pour commencer à convaincre les médecins, chasseurs et pêcheurs que le plomb pose des problèmes sanitaires et environnementaux graves et croissants pour des millions d'oiseaux.
Reconnaissance et controverses
En 1841, Tanquerel reçoit le prix Montyon de l’Académie des sciences pour son traité sur le saturnisme, une distinction qui consacre son travail et son influence dans le domaine de la médecine et de l’hygiène publique[5].
Cependant, il est aussi impliqué dans des controverses, notamment avec le médecin Auguste Nicolas Gendrin, qui défend l’efficacité des bains sulfureux et de la limonade sulfurique dans le traitement du saturnisme, une thèse que Tanquerel conteste vigoureusement[5].
Il échoue au concours d’agrégation de médecine[4] en 1838. La thèse de Tanquerel pour l'agrégation : Déterminer les caractères à l'aide desquels on peut distinguer les congestions sanguines et les inflammations n'estt pas couronnée de succès, mais cet échec lui permet de se consacrer pleinement à ses recherches et à ses publications. Louis Tanquerel échouera à nouveau en 1844 à l’épreuve de l’agrégation de médecine[4]. Tanquerel se livra donc à la médecine pratique, et est l'un des rédacteurs ordinaires du nouveau Journal de médecine, 1843-1844.
En reconnaissance de ses recherches innovantes sur le saturnisme, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur le . Il a recueilli de nombreuses observations de lésions du système nerveux chez des ouvriers exposés au plomb, notamment des paralysies, délires, comas et convulsions[4]. Malgré ses deux échecs, déçu de ne pas avoir obtenu de poste universitaire, Louis Tanquerel quitte Paris en 1848 pour abandonner la médecine[4].
Engagement agricole et retour en Mayenne
Agriculteur et modernisateur
À partir des années 1840, Tanquerel des Planches se tourne progressivement vers l’agriculture, tout en restant actif dans le domaine médical[5]. Venu se fixer à Mayenne vers 1856, il fonde en 1859[6] et préside pendant un an la Société d'Agriculture de l'Arrondissement de Mayenne et fait de nombreuses conférences sur l'économie rurale et l'horticulture. Il se fait construire le château de Rochefeuille à Mayenne, route d'Ambrières, achète la ferme voisine de la Chouanne et un domaine à Glaintin.
En 1848, il s’installe définitivement à Rochefeuille, et se consacre à la modernisation des pratiques agricoles locales[5].Il publie une note sur la maladie des pommes de terre et la récolte des navets[6]. Il devient un acteur clé de la Société d’agriculture de l'arrondissement de Mayenne, dont il est président en 1859[5]. Il organise des expositions agricoles, donne des cours de zootechnie et d’arboriculture, et encourage le défrichement des terres, l’amélioration des cultures et l’élevage. Son engagement contribue à la transformation de l’agriculture mayennaise, alors en retard par rapport à d’autres régions[5].
Chaque année, il est choisi pour représenter sa région au Prix Poissy, aujourd’hui connu sous le nom de Concours général agricole. En 1861, il publie un ouvrage sur les différentes formes de labour[4]. Il se passionne pour l’agriculture. Il acclimate à Rochefeuille un certain nombre d'essences rares, fait de la Chouanne une ferme modèle et pratique la sylviculture à Glaintin. Il publie de nombreux articles agricoles qui lui valent des éloges[4].
Devenu agriculteur, il pratique la greffe de rosiers, aménage des espaliers et s’adonne à la sylviculture.
Héritage et postérité
Tanquerel des Planches meurt brutalement dans sa demeure de Rochefeuille le , alors qu’il prépare un rapport sur l’exposition agricole de l'Insitut des Provinces qui se tenait à Laval[6]. Son éloge funèbre est prononcé par Charles-Marie de Sarcus, président de la Société d’agriculture de Mayenne, et par le préfet au nom du ministre de l’Agriculture[5].
Son œuvre médicale, notamment son traité sur le saturnisme, reste une référence jusqu’à la fin du XIXe siècle. En 1902, une thèse soutenue à la Faculté de Paris par Robert Tanquerel des Planches (1861-1954)[9], montre que son nom reste associé à l '« Etude des intoxications professionnelles (cuprisme, zincisme, hydrargyrisme) »[10]
Tanquerel des Planches tombe peu à peu dans l’oubli collectif. Son château est devenu un lycée agricole[4].
Famille
Il avait épousé, en 1838 à Paris sa cousine Marie Euphrasie Tanquerel des Uzachères (1798-1872), veuve en premières noces de François Jacques Pichot de la Marandais.
- René Tanquerel, rapporteur du point d'honneur et procureur général fiscal au duché de Mayenne. Il fut en outre échevin de Mayenne en 1685 et 1693. x 1. Geneviève Rivière x 2. Marie-Urbaine Le Pennetier
- 1. René Tanquerel, sieur du Grand-Breil, rapporteur à la Barre ducale, époux de Renée Briand
- 1. Jean-René Tanquerel, procureur général du duché de Mayenne, époux de Renée-Perrine-Marie Piron de Launay
- Jean-René Tanquerel, époux de Louise-Marie-Julienne Tripier de la Grange, officier du point d'honneur, procureur fiscal et subdélégué de l'intendant de Touraine à Mayenne
- Louis René Tanquerel, sieur des Haies
- Marie-Jean Tanquerel de Vaucé
- Jean-René Tanquerel, époux de Louise-Marie-Julienne Tripier de la Grange, officier du point d'honneur, procureur fiscal et subdélégué de l'intendant de Touraine à Mayenne
- 2. François-Robert Tanquerel, échevin, assesseur au siège de Mayenne, rapporteur du point d'honneur, contrôleur au grenier à sel d'Ernée (1756), qui épouse en 1731 à Jeanne-Françoise des Ormes de la Panissais.
- Jean Tanquerel
- François-Julien Tanquerel
- François-Robert Tanquerel, licencié en droit de la Faculté de Rennes (1764) qui épousa à Mayenne, en 1770, Marie-Anne Durand de la Grette, contrôleur au grenier à sel d'Ernée et greffier du bureau des finances de Soissons, il eut une partie de ses biens séquestrée pendant la Révolution française et fut assassiné en 1800.
- François-Robert Tanquerel de la Panissais, émigra pendant la Révolution française
- Jean Charles Tanquerel des Planches, rapporteur du Point d'Honneur, il figure parmi les signataires du cahier de doléances d'Ernée en 1789; x Louise Marguerite Laureau
- Louis Jean Tanquerel x 1. Rosalie Tramblay x 2. Eulalie-Louise-Justine Duval du Breil
- Louis Tanquerel des Planches x Marie Euphrasie Tanquerel des Uzachères (1798-1872)
- Marie Agathe Euphrasie Tanquerel des Planches (1839-1865) x Jacques Gabriel Edmond Babin de Lignac
- René Ancréon Edmond Babin de Lignac, né à Rochefeuille en 1858
- Marie Agathe Euphrasie Tanquerel des Planches (1839-1865) x Jacques Gabriel Edmond Babin de Lignac
- Louis Tanquerel des Planches x Marie Euphrasie Tanquerel des Uzachères (1798-1872)
- René Tanquerel des Izachères (1773-1834) x Marie Hélène Gabrielle Renard
- Marie Euphrasie Tanquerel des Uzachères (1798-1872) x 1. François Jacques Pichot de la Marandais x 2. Louis Tanquerel des Planches
- Marie Euphrasie Hélène Pichot de la Marandais (1820-1830)
- Henri François René Pichot de la Marandais (1821), officier de marine, et chevalier de la Légion d'Honneur
- Alexis Tanquerel des Uzachères, officier aux gardes du corps du roi
- Marie Euphrasie Tanquerel des Uzachères (1798-1872) x 1. François Jacques Pichot de la Marandais x 2. Louis Tanquerel des Planches
- Louis Jean Tanquerel x 1. Rosalie Tramblay x 2. Eulalie-Louise-Justine Duval du Breil
- Jeanne Tanquerel
Publications
- Essai sur la paralysie de plomb ou saturnine, Thèse de doctorat en médecine de la faculté de Paris, 1834. (dédié au professeur René-Nicolas Dufriche Desgenettes, son parent)
- L'Encéphalopathie saturnine. 1838 ;
- Traité des maladies de plomb ou saturnines. 1839[11] ; dédié à Marie-Jean Tanquerel de Vaucé, fut traduit en allemand dès 1842 [12] ;
- Lead diseases / a treatise from the French of L. Tanquerel Des Planches ; with notes and additions on the use of lead pipes and its substitutes by Samuel L. Dana Lowell : Daniel Bixby and Company, 1848[13].
- Ouvrage sur les diverses formes de labour. Galbrun, Mayenne, 1861.
Distinctions et affiliations
- Chevalier de la Légion d’honneur
- Membre de la Société anatomique de Paris
- Membre de la Société de médecine de Paris
- Membre de l’Académie des sciences de Turin
- Correspondant de la Société impériale et centrale d’agriculture de France
- Membre du Conseil général de l’agriculture