Louis Wolfson
écrivain américain
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Louis Wolfson, né en le 3 avril 1931 à New York et mort le 27 juin 2024 en Floride[1], est un auteur américain, écrivant en français. Traité depuis son enfance pour schizophrénie, il ne supporte plus d'entendre ou de lire sa langue maternelle, l'anglais. Il invente un procédé qui consiste à traduire immédiatement toute phrase anglaise en une phrase étrangère de mots ayant le même son et le même sens. Il a habité à New York, puis à Montréal, après la mort de sa mère. A partir de , il habite Porto Rico où il est devenu millionnaire le après avoir gagné le gros lot à une loterie électronique.
Biographie
La biographie de Wolfson est connue principalement par ses deux ouvrages autobiographiques, Le Schizo et les langues (1970)[2] et Ma mère, musicienne, est morte de maladie maligne mardi à minuit au milieu du mois de mai mille977 au mouroir Memorial à Manhattan (1983, deuxième édition corrigée et augmentée en 2012[3]).
Précocement diagnostiqué schizophrène, Louis Wolfson est placé par sa mère durant son adolescence dans des instituts psychiatriques où il subit des traitements violents, notamment par électrochocs. Cette période lui laissera une rancune et une méfiance particulières vis-à-vis de l'espèce humaine, mais aussi une détestation radicale de sa langue maternelle, dont il refuse l'usage. Il apprend des langues étrangères (notamment le français, l'allemand, l'hébreu et le russe) et s'habitue à traduire spontanément dans un sabir de toutes ces langues – selon un procédé d'une extrême sophistication – ce qui lui est dit en anglais.
Il adresse en 1963 à Gallimard un manuscrit où il expose, en français, les principes de son système linguistique et l'usage quotidien qu'il en fait. Le Schizo et les langues est publié en 1970 dans la collection « Connaissance de l'inconscient », dirigée par Jean-Bertrand Pontalis, et connaît d'emblée un immense écho critique, notamment grâce à la préface de Gilles Deleuze. Il s’affuble dans le livre de divers surnoms : « L'étudiant de langues schizophrénique », « L'étudiant malade mentalement », ou « L'étudiant d'idiomes déments »[4].
Sept ans plus tard, en 1977, la mère de Louis Wolfson meurt des suites d'une tumeur ovarienne. L'auteur, libéré de toute tutelle, quitte New-York et s'installe à Montréal en 1984. Il entreprend d'écrire la chronique des derniers mois de leur vie partagée, marquée par l'agonie de sa mère et, chez lui, une pratique obsédante des paris hippiques. Le texte – Ma mère, musicienne, est morte... – retrouve la langue sidérante du Schizo et les langues, son humour, mais se charge aussi du drame de la maladie. Publié en 1984 par les éditions Navarin, ce texte était devenu introuvable. Louis Wolfson en établit une nouvelle version durant l'année 2011, à Porto Rico, où il vit depuis 1994.
La nouvelle de sa mort, survenue en juin 2024 en Floride, est communiquée par Libération avec plus d'un an de retard. La dramaturge et psychanalyste Anne Ropers, qui avait une correspondance avec Wolfson depuis plusieurs années, a appris son décès en consultant le registre public de Floride[1].
Publications
- Le Schizo et les langues, préface de Gilles Deleuze, Paris, Gallimard, « Connaissance de l'inconscient », 1970, (ISBN 2-07-027436-5) (réédité en 1987)
- Ma mère, musicienne, est morte de maladie maligne mardi à minuit au milieu du mois de mai mille977 au mouroir Memorial à Manhattan, Paris, Navarin, « Bibliothèque des Analytica », 1984 (ISSN 0756-273X).
- Ma mère, musicienne, est morte de maladie maligne à minuit, mardi à mercredi, au milieu du mois de mai mille977 au mouroir Memorial à Manhattan, nouvelle version. Le Rayol, France, Éditions Attila, coll. « Lupin », 2012, 302 p. (ISBN 978-2-917084-47-2).
- « L'épileptique sensoriel schizophrène et les langues étrangères, ou Point final à une planète infernale », dans Change, , p. 119-130 (remaniements et ajouts au Schizo et les langues)
Réception critique
A partir de la préface de Gilles Deleuze au Schizo et les langues, « Schizologie », reprise dans Critique et Clinique sous le titre « Louis Wolfson ou le procédé »[5], l’œuvre de Wolfson a connu une réception très intense, en particulier en France. Maria Eugenia Uriburu a réalisé un essai bibliographique à son sujet[6], où sont cités des textes de Roland Gori, Piera Aulagnier, Michel Foucault et Luce Irigaray, entre autres.
En 2007, les éditions Gallimard publient un Dossier Wolfson dans la collection « L'Arbalète »[7], où l'on trouve notamment le récit, par Jean-Bertrand Pontalis, de l'édition du Schizo et les langues.
Aux États-Unis, Wolfson est lu par Paul Auster qui lui consacre un texte, « New York Babel »[8], également publié en français dans le Dossier Wolfson.
Etienne Fabre lui consacre un roman en 2025, Un certain Louis Wolfson, paru aux éditions Séguier[9].
