Le monument est une statue pédestre en bronze, d’une hauteur considérable de 5,83 m, représentant le roi Louis XVI en costume de sacre, revêtu du grand manteau des cérémonies. La main droite du roi s’appuie sur son sceptre tandis que sa main gauche tient un grand chapeau de velours orné de plumes blanches tel que le portent les chevaliers du Saint-Esprit.
La statue repose initialement sur un piédestal à quatre faces, où sont gravées, sous forme de testament, les instructions données par le monarque au navigateur Jean-François de La Pérouse.
Cette statue, remarquable par ses dimensions, était cependant «loin d’être un chef-d’œuvre architectural» selon les critiques d’art contemporains au monument[2].
Historique
Un projet hommage au « roi-martyr »
Lors de sa séance du , la ville de Bordeaux, à majorité royaliste, vote le principe d’un monument à ériger à la mémoire du roi Louis XVI et de l’installer sur la place des Quinconces. C'est ainsi qu'en 1825, le roi Charles X adopte le projet d’une grande statue en bronze, sculptée par Nicolas Raggi.
En 1833, le piédestal de la statue est démoli afin d'utiliser les marbres qui le recouvraient comme étal aux poissonneries des halles de Bordeaux.
En 1869, à la demande du baron du Bosq, NapoléonIII autorise l’envoi de la statue au musée de Bordeaux, tandis qu'une souscription paie les frais de transport: la statue voyage par train et arrive le à Bordeaux, où elle est d'abord déposée dans le jardin de la mairie. Le , jour de la chute de l'empereur, la statue est mise à l'abri dans une baraque en bois.
Le vicomte Charles de Pelleport-Burète, maire de Bordeaux de 1874 à 1876, projette d'élever la statue dans le jardin municipal, mais il doit démissionner le en raison de la victoire des républicains. La statue reste alors enfermée près de neuf ans dans son baraquement. Le , le maire Émile Fourcand ordonne qu’une salle lui soit réservée; l’architecte Auguste Dejean reçoit alors la mission d'établir les plans de l’aile méridionale du musée des Beaux-Arts de Bordeaux réservée à la statue[3]. En , elle prend enfin place dans l'arrière-salle du musée.
La polémique s'installe et enfle rapidement: selon la rumeur, les républicains exigent que la salle accueillant la statue soit séparée par un rideau «qu’on ne lèverait qu’après avoir demandé aux visiteurs si la vue de l’effigie du roi ne les choquerait pas» tandis que les royalistes protestent contre l'installation de la statue dans la dernière salle du musée, laissant ainsi croire aux visiteurs que «le roi est à nouveau en prison[2]».
Destruction sous le régime de Vichy
Le , le conservateur du musée reçoit une lettre indiquant que, d’après la loi du sur la mobilisation des métaux non ferreux, la statue doit être fondue. Il intervient alors auprès d’Adrien Marquet, maire de Bordeaux et ancien ministre d’État du gouvernement de Vichy, qui lui répond «qu’il a la triste mission d’assumer, de défendre, sans espoir de succès, le patrimoine artistique de la ville, devant des ordres absolument stricts venus de Paris».
Le lundi , les ouvriers des deux entreprises chargées de démanteler la statue se présentent au musée. Le conservateur fait alors une dernière tentative et propose de faire réaliser l'œuvre en taille réduite, mais son projet est refusé. Le découpage de la statue s’achève à la fin et rapporte plus de douze tonnes et demie de bronze[2],[4].