En 2022, Louisa Yousfi publie Rester barbare aux éditions La Fabrique. L'essai s'appuie sur la formule du poète algérien Kateb Yacine « il faut que je reste barbare » pour appeler les descendants de victimes du colonialisme à refuser l'assimilation à la langue et aux normes du civilisateur[9]. Elle y défend un « ensauvagement stratégique » comme mode de résistance, arguant que ce qu'elle désigne comme l'ensauvagement de la société française procède non d'un déficit d'intégration, mais d'un excès de France et d'héritage impérial[3]. À travers des figures comme Chester Himes, Toni Morrison, Ralph Ellison, Booba ou PNL, elle analyse des pratiques artistiques qui déjouent l'attente d'intégration et retournent le stigmate de la barbarie en affirmation identitaire et politique[2],[9]. Le dernier chapitre interroge la position de la femme arabe dans cette réflexion, et la difficulté d'échapper au rôle de figure d'émancipation instrumentalisée par les sociétés occidentales[10].
Le Nouvel Obs note plusieurs contradictions de l'essai : le mot « barbare », d'origine grecque, appartient selon lui au « ramage des maîtres », trahissant une assimilation à la langue dominante ; en déléguant sa révolte à la figure de Booba, Yousfi reproduirait par ailleurs une forme de domestication symétrique à celle qu'elle dénonce ; enfin, sa conclusion, où elle reconnaît avoir « échoué » à rester barbare et esquive la question féministe, conduirait le livre à cautionner, malgré son projet initial, un « rester à sa place »[3].
En 2024, Yousfi contribue au recueil collectif Contre la littérature politique, paru aux éditions La Fabrique et rassemblant six auteurs, dont Nathalie Quintane, Tanguy Viel, Leslie Kaplan, Antoine Volodine et Pierre Alferi. Elle y signe un texte intitulé Chant pour des armes splendides, dans lequel elle incorpore des commentaires à une réécriture d'extraits de l'Iliade[11].
En 2026, Yousfi publie La Grande Méthode aux éditions La Fabrique. L'ouvrage mêle fiction, mysticisme et réflexion politique. Il aborde notamment la guerre à Gaza, la foi musulmane, l'expérience des enfants issus de l'immigration postcoloniale en France, ainsi que le deuil à travers le récit des obsèques d'un père rapatrié en Algérie. Le livre prolonge la ligne antiraciste développée dans Rester barbare, rejetant les notions d'assimilation et d'intégration républicaine[8],[12].
S'il est salué pour ses qualités littéraires[8],[12],[13], il est critiqué par Mediapart pour son essentialisme religieux et son anthropologie différentialiste, qui organise le monde autour d'une opposition entre « Orient » et « Occident ». Mediapart y voit une forme d'« orientalisme inversé » au sens défini par Sadek al-Azem, reconduisant les schèmes essentialistes qu'il prétend dénoncer, et y décèle une « grande narration conservatrice » au sein du courant décolonial[13].