Lucian Freud
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture | |
| Nom de naissance |
Lucian Michael Freud |
| Nationalité | |
| Formation |
Goldsmiths, University of London Dartington Hall School (d) Bryanston School Central School of Art and Design (en) East Anglian School of Painting and Drawing (en) |
| Activité | |
| Famille | |
| Père | |
| Mère |
Lucie Freud (d) |
| Fratrie |
Stephen Gabriel Freud (d) Clement Freud (frère cadet) |
| Conjoints | |
| Enfants | |
| Parentèle |
Sigmund Freud (grand-père paternel) Martha Bernays (grand-mère paternelle) |
| A travaillé pour | |
|---|---|
| Membre de | |
| Mouvement | |
| Genres artistiques | |
| Distinctions |
Lucian Freud, né le à Berlin et mort le à Londres, est un peintre et graveur figuratif britannique d'origine allemande.
Il est considéré comme un des peintres figuratifs les plus importants du XXe et du XXIe siècle, l'« Ingres de l'existentialisme » selon la formule de l'historien de l'art Herbert Read.
Il est notamment célèbre pour avoir peint, en 2001, le portrait de la reine Élisabeth II à l'occasion de son jubilé d'or, tableau qui a soulevé une polémique au Royaume-Uni.
La reconnaissance
Petit-fils du médecin et fondateur de la psychanalyse, Sigmund Freud, et de sa femme Martha Bernays, Lucian naît à Berlin. Son père, l'architecte Ernst L. Freud (1892-1970), est le plus jeune fils de Sigmund Freud. En 1933, pour échapper à l'antisémitisme nazi, Ernst Freud emmène sa famille à Londres : sa femme Lucie Brasch et ses fils Lucian, Stephen (1921-2015) et Clement (1924-2009). En 1938, à la suite de l'Anschluss, Sigmund Freud[1] les y rejoint.
Après ses études secondaires, Lucian entre en 1938–1939 à la Central School of Arts and Crafts de Londres. De 1939 à 1941, il suit les cours de Cedric Morris (en) à l'East Anglian School of Painting and Drawing à Dedham. Il est alors mobilisé dans la marine marchande puis démobilisé après trois mois de mer. De 1942 à 1943 il étudie à temps partiel au Goldsmith's College à Londres.
En 1943, il illustre les poèmes de Nicholas Moore. Il expose, pour la première fois, à la galerie Lefèvre à Londres en 1944. Sa peinture est alors influencée par le surréalisme : en témoigne le tableau énigmatique The Painter's Room. Déjà, « l'univers personnel de Freud y est représenté : la fenêtre, la plante, l'animal, tous les éléments de son œuvre sont en place »[2].
En 1946, Freud visite Paris et la Grèce. Il reviendra très régulièrement à Paris pour rendre visite à Picasso et à Giacometti.
En 1948, il épouse la fille du sculpteur Jacob Epstein, Kitty Garman dont il aura deux filles, Annabel Freud et la poétesse Annie Freud. Il divorce de Kitty en 1952 pour se remarier en 1953 avec Lady Caroline Blackwood. En 1952, il peint dans la chambre 38 de l'hôtel La Louisiane le tableau Hotel Bedroom[3] où il figure avec Lady Caroline Blackwood. Ce deuxième mariage n'est pas plus heureux et leur divorce intervient en 1958. Il a peint de très beaux portraits inspirés par ses épouses Kitty (Girl with a white Dog, 1950-51) et Caroline (Girl in a Green Dress, 1952 ). Lucian Freud, qui n'appréciait pas les contraintes de la vie de famille, vécut ensuite en célibataire, avec des compagnes successives dont il eut de nombreux enfants et des petits-enfants. Quatorze enfants ont été identifiés[4], dont la styliste Bella Freud (née en 1961), l'écrivain Esther Freud, l'artiste Jane McAdam Freud (en) (née en 1958) ou encore Noah Woodman, entre autres.
Au début des années 1960, sa rencontre avec Francis Bacon, Frank Auerbach, Leon Kossoff, Michael Andrews[5], dans un groupe emmené par R.B. Kitaj fit basculer sa technique. Bacon et Auerbach l’avaient convaincu de quitter sa manière fine et linéaire pour se laisser aller aux grands coups de brosse. Sa peinture s'était faite alors de plus en plus épaisse, appliquée dans des tonalités sourdes, dans les beiges et les gris, rehaussés de blanc. Ce groupe prit le nom d'« École de Londres » (School of London)[6] – groupe auquel sera consacrée une exposition, en 1998–1999, au musée Maillol[7]. Ce groupe de peintres figuratifs se constituait en réaction à la peinture abstraite dominante d'après-guerre et revendiquait une peinture réaliste dépassant les apparences pour cerner la vérité des sujets.
Lucian Freud peint sa famille, sa mère Lucie et ses filles (Bella and Esther, 1987-1988), ses amis, d'autres artistes, dont Frank Auerbach et Francis Bacon, des gens célèbres et des inconnus, certains ne posant que pour une œuvre, produit un grand nombre de portraits de l'artiste de performance australien Leigh Bowery, et également Henrietta Moraes (en), muse de nombreux artistes de Soho. Une série d'énormes portraits nus du milieu des années 1990 dépeignait la très grande Sue Tilley, ou "Big Sue" aux formes généreuses, certains utilisant son titre d'emploi de "Benefits Supervisor" dans le titre de la peinture. Le monumental tableau Benefits Supervisor Sleeping, 1995, vendu 33,6 millions de dollars chez Christie’s à New York en 2008 avait battu le record des ventes pour un artiste vivant[8].
Il peint face à des modèles vivants dans le huis-clos de son atelier. Les vues de Londres ou de son jardin sont réalisées à partir du point d'ancrage de l'atelier. Il travaille toute la journée et les séances de pose qu'il inflige à ses modèles sont interminables. Sa peinture After Cézanne, remarquable en raison de sa forme inhabituelle, a été achetée par la National Gallery of Australia pour 7,4 millions de dollars. La section supérieure gauche de ce tableau a été «greffée» sur la section principale ci-dessous, et une inspection plus approfondie révèle une ligne horizontale où ces deux sections ont été jointes[9].
À la fin de sa vie, les portraits de nus dominent sa peinture révélant l'intimité crue de ses modèles, celle de Leigh Bowery, de Sue Tilley ou de son fidèle assistant David Dawson (Sunny Morning-Eight Legs, 1997). Mais même les modèles habillés révèlent au spectateur leur nudité, la vérité de l'être qui perce toute apparence « Quand je peins des vêtements, je peins vraiment des gens nus couverts de vêtements » expliquait-il. En témoigne le portrait de son ami et compagnon d’équitation Andrew Parker Bowles, dont le splendide uniforme aux nombreuses médailles est entrouvert et montre la tristesse d’une fatigue intérieure (The Brigadier, 2003-4). Dans ses autoportraits, il scrute son visage comme celui des autres, sans bienveillance. Les critiques voient dans son œuvre une quête obsessionnelle, sonder la nature humaine à travers son enveloppe charnelle. Ses grands nus provocateurs et sans complaisance des années 1990 représentés dans des toiles aux grandes dimensions marquent l'apogée de son œuvre.
Passionné de courses de chevaux et de chiens, Lucian Freud était un joueur impénitent. Un de ses grands collectionneurs, Alfie McLean était un bookmaker d'Irlande du Nord qui lui permettait de rembourser ses dettes de jeu en tableaux. Mais au fil des décennies, le peintre lui devait tellement d'argent que les portraits ne suffisaient plus à rembourser ce qu'il lui devait. Lorsqu'en 1992, le marchand américain William Acquavella voulut représenter le peintre, il a d'abord dû régler à Alfie McLean le solde de ses dettes de jeu se montant à 2,7 millions de livres sterling. Quand Alfie McLean est décédé en 2006, il possédait 23 œuvres d'une valeur estimée à l'époque à 100 millions de livres sterling. Freud a peint plusieurs portraits du bookmaker dont "The Big Man (1976-1977)".
Lucian Freud décède dans la nuit du 20 au , dans sa résidence de Londres[10]. Il est enterré au cimetière de Highgate[11]. Bien qu'étant devenu très riche, l'artiste vivait simplement, dans une maison avec un jardin située dans le quartier de Notting Hill, où il avait installé ses ateliers à l'étage.
Le talent de Freud est reconnu à partir des années 1970–1980 avec, en 1974, l'exposition rétrospective de ses œuvres à la Hayward Gallery de Londres, puis, en 1982, avec la publication de la première monographie consacrée à son œuvre par Lawrence Gowing. La première grande exposition itinérante de son œuvre a lieu en 1987-1988 (Washington, Paris, Londres, Berlin). Après l'exposition de l'École de Londres suivent, en 2002, l'exposition de la Tate Britain, celle de la fondation La Caixa Barcelona, celle du Musée d'art contemporain de Los Angeles. En 2005 a lieu une importante rétrospective de son œuvre à Venise. En 2010 — Lucian Freud a alors 88 ans — est présentée à Paris l'exposition « Lucian Freud - L'Atelier », au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou, plus de vingt ans après la première rétrospective que lui avait consacrée le Centre, en 1987[12]
Distinctions
- Membre de l'Ordre des compagnons d'honneur (CH - 1983)
- Membre de l'Ordre du Mérite britannique (OM)