Lucy Banda-Sichone, née en 1954, morte en 1998, est une militante zambienne des droits civiques, une avocate, une journaliste, une femme politique qui a joué un rôle central dans la défense des droits du peuple zambien. Née et élevée à Kitwe, la deuxième plus grande ville de Zambie, elle est devenue la première femme zambienne à recevoir une bourse Rhodes et également la première femme à voir son portrait exposé dans la Rhodes House de l'université d'Oxford. Elle y a été également journaliste, recevant notamment le prix du courage dans le journalisme en 1996.
Diplômée en politique, philosophie et économie au Somerville College d'Oxford, Sichone est retournée en Zambie où elle s'est lancée dans une carrière d'avocate spécialisée dans les questions relatives aux droits de l'homme. Elle a représenté plusieurs villageois déplacés qui avaient été accusés d'occupation illégale, et les a défendus devant les tribunaux à titre gracieux. En 1993, Shichone a fondé la Zambia Civic Education Association (ZCEA).
Lucy Sichone est née le . Elle grandit avec un père très strict en matière d'éducation. Il tenait beaucoup à ce que ses filles fassent des études. Lucy Sichone poursuit ses études dans un lycée catholique réservé aux filles. En 1978, elle est admise à l'université de Zambie pour suivre des études de droit. Elle obtient son diplôme en 1981 et se voit attribuer une bourse Rhodes pour étudier la philosophie et l'économie à l'université d'Oxford en Angleterre, au Somerville College[1]
Sichone se marie avec son premier mari en 1979, après que leur fille, Martha, ait atteint l'âge de cinq ans. Après le décès de son mari, elle est victime de l’accaparement des biens de son ménage, par les proches du défunt mari, une pratique dans sa région d’origine[2],[3] «La façon dont j'ai été laissée sans ressources», écrit Lucy Sichone au directeur du Somerville College de l'université d'Oxford après avoir obtenu sa bourse Rhodes, «m'a donné l'idée de ce que je veux faire... créer une structure de soutien juridique pour les veuves et les orphelins.» [4]. De plus, comme elle appartenient à une société patrilinéaire, ses enfants appartiennent à la famille de son mari. Cependant, grâce à ses connaissances et à son expérience juridiques, elle réussit à obtenir la garde de ses quatre enfants. Dix ans après la mort de son premier mari, Sichone se marie une seconde fois.
Comme avocate, Lucy Sichone défend les intérêts de nombreux clients dans des domaines très variés, notamment des litiges fonciers avec le gouvernement et des problèmes personnels similaires à ceux qu'elle avait connus en tant que veuve. En 1993, elle fonde la Zambia Civic Education Association (ZCEA), une organisation à but non lucratif de défense des droits humains visant à donner aux citoyens zambiens les moyens de faire valoir leurs droits et responsabilités civiques[5]. La ZCEA est créée pour promouvoir le développement du processus démocratique en Zambie ainsi que la justice en sensibilisant tous les citoyens à leurs devoirs et responsabilités en vertu de la Constitution. L'association crée de nombreux clubs d'éducation civique dans les écoles secondaires du pays. Lucy Sichone est convaincue que c'est l'exercice des devoirs et des responsabilités qui confère à tous des droits, des privilèges et l'égalité devant la loi[6]
Lucy Sichone décide aussi de se lancer dans la politique. Alors que beaucoup de nouvellespersonnalitéspolitiques soutiennent le Mouvement pour la démocratie multipartite (MMD), le parti qui remporte les élections historiques de 1991 ce qui conduit Kenneth Kaunda, à la tête du pays depuis son indépendance, à quitter le pouvoir, Lucy Sichone décide de rejoindre l'United National Independence Party (UNIP ou Parti uni de l'indépendance nationale). L'UNIP, qui a dirigé la Zambie pendant 27 ans et perdu les élections de 1991, est en déclin. Cependant, lorsqu'elle quitte ce parti en 1994, elle rencontre des problèmes avec ses collègues du comité central de ce parti, qu’elle a souvent critiquée.
En 1993, sous la présidence de Frederick Chiluba, du MDD, elle commence à contribuer au quotidien indépendant The Post. Alors que ses chroniques remettent en cause le gouvernement du MMD et sa manipulation des dispositions constitutionnelles, deux événements mémorables la propulse sous les feux de la rampe. En , Lucy Sichone écrit un article intitulé «Miyanda a oublié la nécessité de la justice». Godfrey Miyanda est alors le vice-président et le chef des affaires gouvernementales au Parlement[7]. Un mandat d'arrêt est lancé contre Lucy Sichone, ainsi que contre le directeur de la rédaction et le rédacteur en chef du journal. Lucy Sichone et ses deux collègues, le directeur de la rédaction et le rédacteur en chef du journal, sont contraints de se cacher pour éviter d'être emprisonnés pour outrage au Parlement. Suite à ce mandat d'arrêt, les groupes de défense des droits humains, les journalistes et les groupes juridiques exercent une pression internationale pour qu'elle soit acquittée, ayant à l'époque un bébé de trois mois. Les deux autres personnes recherchées se rendent aux autorités, mais Lucy Sichone refuse et reste cachée. Pendant sa cavale, elle continue à écrire des articles pour The Post et déclare qu'elle ne se soumettra pas au décret anticonstitutionnel du président de l'Assemblée nationale, Robinson Nabulyato. Elle écrit: «Les libertés inscrites dans la Déclaration des droits font qu'il est de mon devoir sacré de les défendre jusqu'à la mort.»[8]. Elle finit par devenir la première Zambienne à remporter le prix du courage dans le journalisme, en 1996[9].
Elle décide finalement de se rendre et une trêve s'instaure entre elle et les autorités. En , après sa mort, l'appel interjeté par l'État contre les rédacteurs en chef et feu Lucy Sichone est définitivement ajourné[10].
Entretemps, Lucy Sichone meurt à l'âge de 44 ans à l'hôpital universitaire (UTH) de Lusaka, le [11].
↑{{lien web | auteur1=Colette Gunn-Graffy | titre=Lucy Banda Sichone (1954-1998 ): Voice of Conscience, Daughter of the Nation | site= The Rhodes Project date=octobre 2015 | url= http://rhodesproject.com/lucy-banda-two-perspectives