Luisa Benites
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Juana Luisa de Gracia, en religion officiellement Juana Luisa de San José, née et baptisée Benites en 1645 ou vers 1649 à Pacora dans la région de Lambayeque, est une servante puis moniale du couvent de Santa Clara à Trujillo. À partir de 1672, elle confesse avoir souffert des viols durant son enfance, et être affligée de possessions démoniaques comme de visions béatifiques. Malgré le soutien de son amie intime Ana Nuñez ainsi que de son confesseur et exorciste Francisco del Risco, Benites ne parvient pas à convaincre les clercs de la colonie de sa sainteté. Ils se scandalisent que de plus en plus de sœurs du couvent soient touchées de crises de frénésie. L’Inquisition tient Luisa Benites pour responsable et la condamne à la prison secrète en 1681 pour pacte avec le diable et usurpation de la charge d’exorciste.
Luisa naît dans la réduction de Pacora environ 25 ans avant son procès, soit vers 1649[1], ou bien en 1645[2]. Son père est curé et sa mère célibataire, issue d’une famille criolla apparentée notamment au magistrat de Trujillo mais ne possédant pas encore d’hacienda. Pour éviter le scandale, les grand-parents maternels la font passer pour leur propre fille légitime. La sage-femme la baptise donc Luisa Benites[3].
À l’âge de 3 ans, Benites est envoyée au couvent de Santa Clara à Trujillo. Lors de son procès, elle se souvient que son père naturel, le curé, l’a emmenée quelques jours hors du couvent, et qu’à l’heure de la sieste, un homme puissant lui a proposé de l’argent pour qu’elle le suive dans un coin sombre, où un serpent serait apparu et lui aurait fait mal[4].
En 1669, Luisa Benites fait ses vœux. Elle prend l’habit l’année suivante[5].
À partir de 1672, le Franciscain Francisco del Risco, confesseur de Benites, persuadé de la sainteté de celle-ci, commence à lui administrer en secret des séances d’exorcisme dans l’objectif de faire sortir les démons qui habiteraient son corps. Il se convainc que le premier baptême de Benites était vicié, et entreprend par conséquent de la re-baptiser Juana Luisa de la Gracia. Ce nom provient d’une vision de la religieuse, qui l'aurait aperçu gravé sur un caisson de cristal. Le prénom de Juana est une référence à Juana Inés de la Cruz, que Benites admire[6]. Benites se mortifie régulièrement. Avec l’appui de Risco et d’Ana Nuñez, qui prend soin d’elle, Benites prépare la voie pour une béatification à l’instar de Rose de Lima[3].
En février 1674, lors d’une messe nocturne, Benites rampe du chœur à l’autel devant les ouailles. Les Dominicains, rivaux des Franciscains, remettent en question les compétences d’exorciste de Risco. En août 1674, lorsqu’une autre religieuse présente des symptômes de possession, l’inquisiteur de Trujillo, proche des Dominicains, commence à consigner des témoignages sur la nature divine ou démoniaque de ces afflictions. La capacité de Benites à discerner les mauvais esprits des bons est de plus en plus mise en doute[7]. En décembre 1674, l’inquisiteur rapporte à ses supérieurs de Lima qu’entre 23 et 26 nonnes du couvent de Santa Clara seraient possédées par des esprits malveillants. Lima ordonne alors d’entamer des poursuites, mais l’inquisiteur de Trujillo tombe malade et doit être remplacé[3].
Luisa Benites professe notamment mener les troupes angéliques sous l’égide de son ange gardien Gloriel contre les hordes de Lucifer qui affligent Ana Nuñez et elle-même. En se présentant comme un miles christianus (en), un soldat du Christ, Benites adopte une identité masculine et puissante, ce que les inquisiteurs désapprouvent[1]. Par ailleurs, Benites présente généralement les démons de ses visions comme étant des hommes à la peau sombre, rejoignant par là l’imagerie catholique de l’époque qui assimilait les personnes esclavagisées en Afrique et les autochtones avec le Mal et la rébellion. Certaines laïques du couvent suggèrent aussi que Benites pourrait être hantée par trois femmes esclavagisées accusées de sorcellerie qui avaient vécu dans sa cellule avant elle, ou encore qu’une sorcière esclavagisée du nom de María de los Angeles l’aurait envoûtée. En 1681, les juges de l’Inquisition condamnent Juana Luisa Benites et Ana Nuñez aux cachots secrets et au silence à perpétuité[3].