Légende d'Hiram

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La légende d'Hiram est en franc-maçonnerie, le thème qui sert au rite de passage que vit le récipiendaire (compagnon) pour accéder à la « maîtrise ». Ce mythe maçonnique reprend le personnage biblique d'Hiram (Hiram Abi, ou Abiff), qui en fait l'architecte du Temple de Salomon, apparait au début du XVIIIe siècle dans les rituels du troisième grade.

Initiation au troisième grade de la franc-maçonnerie vers le début du XIXe siècle.
Hiram représenté entre les deux colonnes du temple, vitrail de St John's Church, Chester (Angleterre, 1900).

La Bible attribue le nom d'Hiram à deux personnages distincts :

  • Hiram Ier, roi de Tyr (I Rois 5 et II Chroniques 2) qui confirme à Salomon le traité signé avec son père, le roi David et qui procure le bois nécessaire aux constructions[1] ;
  • Hiram Abi (ou Abiff) (I Rois 7:13 et II Chroniques, 2) C'est le fils d'une veuve de la tribu de Nephthali, l'artisan bronzier qui érige les colonnes du temple (livre des rois 7, 15-22). C'est lui qui est le personnage principal de la légende maçonnique et du 3e grade (maître) en particulier[1].

La Bible mentionne aussi, à la même époque, un autre personnage au nom proche et qui apparaît dans certaines versions de la légende. Dénommé Adoniram, il est le collecteur des impôts du royaume d'Israël (I Rois 4:6; 5:14; 12:18, II Samuel 20:24).

Premières mentions de la légende maçonnique

Le premier document datable exposant de manière détaillée la légende d'Hiram est la divulgation intitulée « Masonry dissected » de 1730. Auparavant, le manuscrit « Graham » de 1726 témoigne déjà de l'existence d'une légende présentant plusieurs points communs avec la légende d'Hiram, mais c'est alors Noé qui y tient la place centrale. Il y est notamment question d'une perte consécutive à son décès ainsi que de la tentative de ses trois fils de relever son corps[2].

Les constitutions d'Anderson, texte important de la franc-maçonnerie, évoquent brièvement le personnage d'Hiram dans leur version de 1723. Elles lui accordent plus d'importance dans la seconde édition, en 1738. Entre-temps, en 1727, on voit apparaître dans le manuscrit Wilkinson le dialogue suivant : « La forme de la loge est un carré long. Pourquoi ? De la forme de la tombe du maître Hiram »[3].

Le Guide du maçon écossais[4], publié en France entre 1806 et 1811 évoque le nom des meurtriers : « Jubelas, Jubelos, et Jubelum »[5].

La légende et ses variantes

Invariants de la légende

Gravure du Temple de Salomon par Francois Vatable.

Après son apparition au début du XVIIIe siècle, la légende d'Hiram sera contée avec de très nombreuses variantes selon les pays, les époques, les rites maçonniques, voire les auteurs. Mais il est toutefois possible d'y repérer un certain nombre d'éléments communs à la très grande majorité d'entre elles[6]. Le cadre de la légende est le chantier du Temple de Salomon, avant la fin des travaux. Hiram en est l'architecte et possède un secret. Il inspecte régulièrement le chantier. Les ouvriers du chantier sont divisés en trois catégories qui ne sont pas celles données par la Bible mais celles des grades maçonniques : apprentis, compagnons et maîtres. Trois ouvriers criminels tentent d'extorquer son secret à Hiram sans attendre de le recevoir de manière régulière. Pour cela, ils se postent aux trois portes du Temple, chacun d'eux bloque successivement le passage à Hiram et exige qu'il révèle son secret mais à chaque fois Hiram refuse et cherche une autre issue. À chaque fois un des conjurés le frappe et le troisième coup est fatal. Les criminels emportent alors le corps hors du Temple et l'enfouissent. Salomon ordonne qu'on recherche le corps et il envoie pour ce faire un certain nombre de frères qui retrouvent le corps d'Hiram grâce à un végétal, généralement l'acacia qui marque l'emplacement de la tombe. La découverte du corps donne lieu à une formule rituelle d'exclamation et ceux qui l'ont retrouvé retournent chercher Salomon. Celui-ci procède à l'exhumation du corps, qui après deux tentatives infructueuses est relevé au moyen des « cinq points parfaits de la maîtrise ». Il se produit à ce moment deux substitutions : le nouvel initié, qui avait joué le rôle d'Hiram pendant la cérémonie, remplace celui-ci, mais le secret d'Hiram en revanche n'est pas retrouvé : il est remplacé par un secret substitué, puis on enterre le corps avec les honneurs hors du commun. La légende d'Hiram en elle-même s'arrête ici, mais elle connaît des prolongements dans certains hauts grades maçonniques qui relatent notamment la manière dont les coupables seront punis et la manière dont le chantier du Temple de Salomon fut poursuivi par la suite.

Principales variantes de la légende

Branche d'acacia, mentionnée dans la légende. Il s'agirait plutôt de cassia, selon Masonry Disected.

Il existe en revanche des variantes importantes concernant d'autres éléments de la légende.

L'emplacement final du tombeau d'Hiram : « dans le Saint des Saints » dans les premières versions de la légende, « aussi près du Saint des Saints que le permet la loi juive » dans des versions plus récentes, ou encore « dans l'enceinte des travaux », voire parfois « dans la chambre du milieu ». Certains rites n'abordent pas du tout cette question au grade de maître, ou seulement de manière très allusive. La formule d'exclamation : « Muscus Domus Dei Gracia » selon Masonry Disected, « Ah Seigneur ! Mon Dieu ! » dans certains rites. Le secret substitué : c'est toujours un mot, mais on en trouve d'assez nombreuses variantes, toujours en deux ou trois syllabes. Tous ces mots ont en commun le fait de n'appartenir à aucun lexique connu (sauf dans la version primitive du manuscrit Graham, avec l'expression « marrow in the bone »)) et de toujours contenir les lettres M et B, comme dans les rituels français du Marquis de Gages[7] qui affirment en 1763 « Le mot est Mac Benac qui signifie « la chair quitte les os » ou « la chair est corrompue ». Le végétal : c'est le plus souvent l'acacia, mais il s'agissait de cassia selon Masonry Disected. On trouve aussi des différences dans le nom de l'architecte : généralement Hiram, mais on trouve Adoniram dans certains rituels français[8], ou encore au sujet des outils des malfaiteurs et de l'emplacement des blessures (très nombreuses variantes[9]).

De nombreuses variantes existent sur les noms des conjurés : parfois Jubelo, Jubela, Jubelum, parfois Jubelos, Jubelas, Jubelum, parfois Giblos, Giblas, Gibloom, ou encore Jiblime, Jibelum, Jabelum, etc.[10] Il s'agit toujours de formes dérivées du mot Giblim, présent dans les constitutions d'Anderson avec l'orthographe Ghiblim. Ce mot et son contexte d'utilisation semblent provenir de la Geneva Bible (1560) qui mentionne en note de marge de la traduction du verset de la Bible 1 Rois 5:32 : Rois 5:32: « Le mot hébreu est Giblim, qui sont, dit-on, d'excellents maçons »[11]. Le "guide du maçon écossais"[4], publié en France de 1806 à 1811, et connu pour être presque identique à la célèbre divulgation Three distinct Knocks, publiée à Dublin et à Londres en , mentionne « Jubelas, Jubelos, et Jubelum »[5].

La légende d'Hiram dans les arts

Notes et références

Annexes

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