Léon Quidet
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Bû (Eure et Loir)
Elbeuf (Seine maritime)
| Naissance |
Bû (Eure et Loir) |
|---|---|
| Décès |
(à 61 ans) Elbeuf (Seine maritime) |
| Nationalité | Française |
| Résidence | Bû, Houdan, Versailles, Elbeuf |
| Formation | École des Arts et Métiers de Châlons-sur-Marne |
|---|---|
| Renommé pour | Ingénieur, inventeur, concepteur de machines utilisées dans l’industrie textile. |
Léon Quidet, né le à Bû (Eure-et-Loir) (1834-1896) mort le à Elbeuf (Seine-Maritime), est un ingénieur français, inventeur et concepteur de machines utilisées dans l’industrie textile.
Pierre Léon Quidet, né le à Bû (Eure-et-Loir), gros bourg du canton d’Anet, est le fils d’un modeste cabaretier-charpentier, décédé en 1839. Devenue veuve, sa mère, Rosalie Bonnet, tient un commerce de charbon à Versailles, qui lui permet de payer, vaille que vaille, les études de ses deux fils aînés[1]. Léon, d’abord écolier à Versailles, suit les cours du soir, puis devient apprenti menuisier. Il réussit à entrer à l’École des Arts et Métiers de Châlons-sur-Marne en 1850[2]. En 1853, il obtient brillamment son diplôme d’ingénieur, classé 5e de sa promotion.
Après avoir effectué son service militaire, il travaille d’abord comme ouvrier monteur aux Chemins de fer de l’Ouest, puis comme dessinateur à la célèbre fonderie nationale d’Indret, près de Nantes, qui fabrique notamment des machines pour les navires à vapeur. Puis on le retrouve à Paris dans la grande usine Cail, qui produit aussi des machines à vapeur.
Pendant ce temps, son frère aîné, Henri Désiré Quidet (1831-1906), victime d’une maladie infectieuse alors qu’il prépare l’École polytechnique, échoue au concours d’entrée et renonce aux études. Il se fait embaucher à Elbeuf (alors département de Seine-Inférieure) par Jean-Marie Lécallier, un fabricant de drap, dont il devient l’associé, avant de créer sa propre entreprise[3]. Il épouse à Rouen, en 1866, Gabrielle Marie Julie Bellest (1843-1920) ; ils auront 10 enfants[4]. Associé à Jules Lécallier fils, il est récompensé aux Expositions parisiennes de 1867 (médaille de bronze) et 1878 (médaille d’argent)[5] pour leurs draps unis pour uniformes et billards. Henri se spécialise ensuite dans les draps militaires pour uniformes d’officiers.
Grâce à son frère Henri, Léon Quidet épouse, le à Rouen, sa belle-sœur, Clémence Marie Antoinette Bellest, fille de Michel Casimir Bellest et de Marie Caroline Lécallier. Les deux frères se retrouvent ainsi doublement alliés à deux importantes familles de fabricants elbeuviens : les Lécallier, connus pour avoir introduit dans cette ville la première machine à vapeur en 1817, et les Bellest. Édouard Bellest (1819-1884) est notamment membre de la Chambre consultative des arts et manufactures d’Elbeuf de 1856 à 1861, puis de la Chambre de commerce en 1868-1869[6]. L’épouse de Léon Quidet met au monde un fils, Léon Marie Casimir, né en 1871 à Elbeuf, mais elle meurt prématurément en 1889, à 44 ans.
Un grand constructeur-mécanicien
Léon Quidet est venu s’installer à Elbeuf, pour profiter d’une opportunité (qui lui a sans doute été indiquée par son frère ou sa future belle-famille) : il intègre en effet la société Beck-Deparrois, entreprise déjà renommée[7], qui fabrique des machines pour l’industrie textile. Le mécanicien Dominique Beck a épousé à Elbeuf, en 1841, Joséphine Pascalie Deparrois, et pris, en 1855, un brevet d’invention de 15 années pour une machine « ratineuse onduleuse à divers mouvements »[8].
Lorsque Dominique Beck meurt à 49 ans, en 1858, Léon Quidet s’associe à sa veuve sous la raison sociale « Veuve Beck et Léon Quidet » et prend la direction de l’entreprise, rue de la Barrière (act. rue de la République). L’année suivante, il transforme les friseuses onduleuses pour paletots construites par son prédécesseur[9]. « La vogue de cet article fut universelle et de nombreuses machines à friser et onduler, avec des machines à battre les draps comme complément, furent expédiées dans tous les centres de production, tant en France qu’à l’étranger »[10]. En 1861, la société prend un second certificat d’addition pour protéger ce modèle de toute imitation. L’entreprise fournit en machines diverses Elbeuf, mais aussi les grands centres textiles lainiers de France[11].
Léon Quidet obtient en 1859 une grande médaille d’argent lors de l’Exposition de Rouen. Mais il n’exposa plus à partir de 1865, par peur de devoir dévoiler ses mécanismes et ses machines trop facilement copiées.
En 1864, Léon Quidet se sépare de la famille Beck et fonde sa propre usine de construction mécanique, rue de la Bague (act. rue Camille Randoing). Il se définit alors comme « constructeur mécanicien » ou « ingénieur constructeur de machines pour la fabrication des draps ». On décrit ainsi ses activités : « Ce sont surtout les machines spéciales employées à la confection des draps (…) : machines dégraisseuses, laveuses, hydro-extracteurs, hélices aspirantes, batteries, laineuses, velouteuses à chardons métalliques, rameuses mécaniques, brosseuses, friseuses perfectionnées, décatisseuses etc. (…) M. Léon Quidet a chez lui un atelier d’apprêt où fonctionnent ses machines, ce qui permet au constructeur de les perfectionner incessamment [et] au client de les voir à l’œuvre »[12]. Il travaille également, en effet, pour des fabricants, en réalisant les opérations d’apprêts pour ceux qui ne peuvent acquérir les machines qu’il crée. C’est pourquoi son entreprise, en partie textile, est aussi répertoriée parfois dans la catégorie « apprêt spécial de paletots frisés et ondulés, nouveautés en tous genres »[13]. « C’est le spécialiste qui construit à peu près toutes les machines à apprêter, suivant les besoins de chaque industriel. Elle est célèbre notamment pour ses garnisseuses, essoreuses, friseuses-onduleuses, ratineuses, calandreuses à presser les draps de façon continue, brosseries, machines dégraisseuses laveuses, presses hydrauliques et presses continues « à cuvette », cylindreuses, hydro-extracteurs à friction, velouteuses, rameuses, machines pour décatissage sur tables, rouleaux fixes ou mobiles. Elle fabrique également des appareils destinés à l’épaillage chimique des laines et tissus, des machines à dégraisser et laver la laine, des séchoirs à hélice[14]. »
En 1882, un brevet est encore déposé au nom d’A. Perré & fils et Léon Quidet pour un « appareil rotatif d’évaporation à haute et basse pression et à surfaces multiples »[15]. Connues dans tous les centres de production lainière, bien adaptées aux besoins, ses machines allient simplicité et robustesse.
De multiples fonctions au service de la cité
Sa notoriété lui permet de se mettre au service de la cité. Il est élu au Conseil municipal d’Elbeuf en 1865, et y siège durant 31 ans, jusqu’à sa mort, devenant le doyen de cette assemblée. De 1865 à 1885, il est plus de 90 fois rapporteur d’une commission[16], souvent sur des sujets très importants : tarifs de l’octroi, voirie etc. Il fait partie du Comité de l’Union Républicaine, majoritairement composée de personnalités modérées. Mais à diverses reprises, il n’hésite pas à s’opposer à la majorité du Conseil municipal. Il est aussi membre patronal du Conseil des prud’hommes de 1863 à 1868, juge suppléant au Tribunal de commerce de 1868-1869 à 1871, membre de la Société Industrielle d’Elbeuf, dont il devient secrétaire de 1865 à 1877, puis vice-président (1877) et finalement président en 1895. Il y donne, à l’occasion, des cours pour adultes et publie plusieurs articles dans son Bulletin.
Il est aussi co-fondateur, en 1887, de l’École manufacturière d’Elbeuf, installée rue de Caudebec dans un local en location, puis 31 rue Poussin, et vice-président de son conseil d’administration. Cela lui vaut d’être nommé inspecteur de l’enseignement technique en 1889. Il est également élu à la Chambre de commerce et y siège de 1887 à son décès en 1896, en devenant même brièvement le secrétaire en 1895-1896[17]. Il est notamment l’auteur d’un rapport concernant le « projet de suppression de l’impôt des portes et fenêtres et son remplacement par une taxe additionnelle sur le revenu net imposable de la propriété foncière bâtie »[18]. Parallèlement, il intègre dès 1859 la compagnie se sapeurs-pompiers d’Elbeuf. Il en devient, par élection, sergent-major en 1860, puis sous-lieutenant en 1861 et en 1870 capitaine-commandant.
Il contribue à la mise au point, avec Émile Dubosc qui en a eu l’idée, d’une plateforme élévatrice montée sur des losanges articulés (dite « échelle Dubosc »), brevetée en 1876, construite en 1879, atteignant 16 m de hauteur. Elle sera utilisée à Elbeuf jusqu’en 1906, mais aussi à Paris[19]. Les pompiers d’Elbeuf lui doivent également une amélioration notable du matériel de lutte contre l’incendie, par la mise en œuvre de pompes « aspirantes et refoulantes ».
Il organise au profit de ses collègues une Caisse de retraite et le versement de prestations tout à fait innovantes : indemnités journalières pour les blessés par suite d’incendies et pour les victimes de maladies liées au service, pensions pour les veuves et orphelins, retraites pour les pompiers quittant le service à 55 ans. En 1885, il a déjà « porté secours dans 164 incendies dont 94 importants »[20].
Il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1885 ; les insignes lui sont remis le par le maire d’Elbeuf, Jules Doublet, lui-même chevalier et membre du Conseil général. Il est également nommé officier d’Académie et reçoit les palmes académiques en . Atteint d’une maladie cardiaque, il meurt le . Ses obsèques se déroulent en grande pompe. Son fils, prénommé également Léon (1871-1932), alors étudiant en médecine, devint par la suite docteur en médecine et a laissé un ouvrage sur la tuberculose, tiré de sa thèse de doctorat[21].
Sources
- Martinet (Jean-Pierre), « Léon Quidet. Quarante ans au service de la cité », Bulletin de la Société de l’Histoire d’Elbeuf, no 83, , p. 35-40.
- Harmant (Michel), « Léon Quidet : le mécanicien de la draperie », Arts&Métiers Mag, no 355, 2013, p. 42-43, ill., portr.
- Concato (Francis), Largesse (Pierre), La Chambre et la Fabrique. Histoire de la Chambre de commerce d’Elbeuf de 1861 à 1914, CCI, Elbeuf, 2001, p. 284-285.
- Saint-Denis (Henri), Histoire d’Elbeuf, t. XI, Elbeuf, 1904.
- « Quidet (Léon) », Bulletin administratif no 5, ; notice nécrologique signée Edmond Friderich.
- Le Panthéon de l’industrie, journal hebdomadaire, , article intitulé « Machines spéciales pour la fabrication des draps », p. 325.
- Annales de la propriété industrielle, artistique et littéraire, 1868, p. 261-262.
- « Léon Quidet », site www.patronsdefrance.fr
