Léon Tornikios
militaire byzantin
From Wikipedia, the free encyclopedia
Léon Tornikios (Λέων Τορνίκιος) est un général et noble byzantin du milieu du XIe siècle. En 1047, il se révolte contre son cousin, l’empereur byzantin Constantin IX Monomaque (1042-1055). Il lève une armée en Thrace et marche sur la capitale, Constantinople, qu’il assiège. Après deux assauts infructueux, il se retire ; son armée l’abandonne et il est capturé. À Noël 1047, il est aveuglé et l’on ne sait plus rien de lui par la suite.
| Stratège | |
|---|---|
| Catépanat d'Italie |
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
Après |
| Nom dans la langue maternelle |
Λέων Τορνίκιος |
| Activité |
Militaire |
| Famille |
Taronites (en) |
Biographie

Léon Tornikios naît à Andrinople, au sein de l’importante famille noble des Tornikios, d’origine arménienne ou géorgienne[2]. Son contemporain Michel Psellos le décrit comme « petit, rusé, orgueilleux et ambitieux »[3]. Selon Psellos, il « exhalait l’arrogance macédonienne »[4].
Bien qu’il bénéficie de la faveur de son parent Constantin IX, Tornikios se rapproche rapidement de la sœur de l’empereur, Euprepia, qui s’oppose à la politique impériale[5] et le compare fréquemment de manière avantageuse à l’empereur[6]. Il est nommé patrice et commandant militaire (doux) d’une province située sur la frontière orientale de l’Empire. Il s’agit soit de Mélitène, selon Michel Attaleiatès, soit de l’Ibérie, selon Psellos[3]. Pendant que Léon exerce son commandement en Orient, une révolte éclate dans l’armée de Thrace, dont le quartier général se trouve à Andrinople, à 240 kilomètres (149,12908608 mi) à l’ouest de la capitale, Constantinople. Craignant la popularité de Tornikios auprès de l’aristocratie militaire, Constantin le rappelle rapidement à Constantinople, où il est tonsuré, mais reste libre par ailleurs[4].
Révolte et siège de Constantinople
Profitant de cette liberté, Tornikios s’enfuit de la capitale vers Andrinople le 14 septembre 1047, retardant ses poursuivants en faisant abattre les chevaux à chaque relais postal. À Andrinople, il rassemble des partisans, parmi lesquels plusieurs généraux mécontents. Il affirme que Constantin est mort et propose de prendre leur tête. L’armée le proclame empereur et ses commandants l’élèvent sur un bouclier selon la coutume traditionnelle. Ils marchent ensuite contre la capitale et établissent leur camp face aux murailles de Constantinople le 25 septembre 1047[5],[6].


La bureaucratie byzantine se méfie de l’aristocratie militaire et s’emploie depuis longtemps à affaiblir son influence[7]. Elle retire par exemple aux stratèges, traditionnellement issus de l’aristocratie, la gestion quotidienne des forces militaires de chaque province pour la confier aux magistrats civils, les préteurs[8],[9]. L’empereur Constantin appartient à cette faction bureaucratique et réduit activement les effectifs de l’armée depuis son accession au trône cinq ans plus tôt[10]. Cette politique constitue une cause importante des troubles en Thrace et du mécontentement personnel de Tornikios. Plus encore, ces luttes internes ont gravement affaibli l’efficacité de l’armée. La force militaire loyale la plus proche et réellement opérationnelle est l’armée d’Anatolie, stationnée en Ibérie pour défendre la frontière. Constantin est donc contraint de s’appuyer sur des mercenaires sarrasins, des civils et des condamnés libérés sur parole pour défendre la ville[9].
Une troupe de citoyens armés effectue une sortie contre Tornikios, mais elle est facilement battue. Cette défaite provoque la panique parmi les défenseurs de la capitale, qui abandonnent leurs postes sur les murailles et aux portes. Tornikios hésite cependant au lieu de prendre d’assaut les fortifications laissées sans défense[11]. Son contemporain Psellos écrit : « Il attendait avec confiance que nous l’invitions à prendre possession du trône : il supposait qu’on le conduirait au palais à la lumière des torches, dans une procession digne d’un souverain »[12]. L’historien moderne John Julius Norwich avance l’hypothèse suivante : « Peut-être voulait-il épargner le pillage à une ville qu’il pensait bientôt sienne »[12]. Quelles que soient ses raisons, il laisse passer l’occasion de s’emparer de la ville, car, dans la nuit, l’empereur Constantin parvient à rétablir l’ordre et à faire réoccuper les murailles, en attendant l’arrivée de l’armée d’Anatolie. Le lendemain matin, Constantin, vêtu de tous les insignes impériaux, prend position en un endroit visible de toute l’armée assiégeante, réfutant ainsi l’affirmation de Tornikios selon laquelle il serait mort[12].
Le siège dure du 25 au 28 septembre. Deux assauts menés par les hommes de Tornikios sont repoussés par les défenseurs sur les murailles sous la direction personnelle de l’empereur Constantin qui, malgré une grave goutte, de l’arthrite et son absence d’expérience militaire, fait preuve de courage et d’énergie dans la défense de la ville[5],[12]. À une occasion, une flèche frappe et tue un officier qui se tient à ses côtés, et ses serviteurs éloignent l’empereur. Après l’échec des assauts, les hommes de Tornikios se découragent, eux qui s’attendaient à une victoire facile. Constantin envoie dans leur camp des agents chargés de les soudoyer afin qu’ils désertent, avec un certain succès. Désespéré, Tornikios s’approche lui-même des murailles pour s’adresser directement aux défenseurs. Il est accueilli par une grêle de projectiles. Mis en échec, il retire son armée vers l’ouest au début du mois d’octobre[13].
Défaite
Espérant redresser la situation, Tornikios attaque la ville de Rhaidestos, mais il est de nouveau repoussé. À ce stade, une grande partie de ses derniers partisans l’abandonne[3]. L’armée d’Anatolie arrive à Constantinople puis se lance à sa poursuite, ce qui pousse ses quelques soutiens restants à le quitter. Lorsqu’il est finalement acculé dans une église à Boulgarophygon, il ne lui reste plus qu’un seul partisan, un petit noble nommé Jean Vatatzès. Tornikios tente de bénéficier du droit d’asile, mais il est attiré hors de l’église et capturé[3].
À Noël 1047, à Constantinople, il subit le sort traditionnel réservé aux rebelles byzantins et est publiquement aveuglé avec Vatatzès. On ne sait rien de plus à son sujet[3],[14].
Conséquences
La révolte affaiblit les défenses byzantines dans les Balkans et, en 1048, la région est ravagée par les Petchénègues[15], qui continuent à la piller pendant les cinq années suivantes. Pendant que l’armée d’Anatolie est éloignée de la frontière orientale, les Turcs seldjoukides voisins en profitent pour lancer un raid de grande ampleur dans l’Arménie byzantine. Sans rencontrer d’opposition, ils s’emparent d’Artze, « une ville aux 800 églises et d’une immense richesse »[16]. Le sac de la ville est décrit par des témoignages contemporains faisant état de 150 000 morts[14],[16]. Il s’agit du premier raid turc majeur et victorieux en territoire byzantin oriental. Ces incursions deviennent ensuite presque annuelles[17] et culminent vingt-quatre ans plus tard lors de la bataille de Manzikert, au cours de laquelle l’armée byzantine est écrasée et l’empereur capturé[18],[19].
Sources
- Louis Bréhier, Vie et Mort de Byzance, Albin Michel, , 632 p. (ISBN 2-226-17102-9, présentation en ligne).