L’Amour et Psyché (Benzoni)
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L’Amour et Psyché est une sculpture en ronde-bosse en marbre blanc attribuée au sculpteur italien Giovanni Maria Benzoni (en). Elle est conservée au musée Marmottan Monet à Paris, où elle est enregistrée sous le numéro d’inventaire 956. L’œuvre mesure 142 centimètres de hauteur, 90 centimètres de largeur et 55 centimètres de profondeur. Elle est entrée dans les collections du musée à la suite du legs de Paul Marmottan en 1932[1].
Longtemps, cette sculpture fut attribuée à Antonio Canova, considéré comme le plus grand sculpteur italien de la fin du XVIIIᵉ siècle. Une telle attribution s’explique par la qualité exceptionnelle de l’exécution, mais aussi par le sujet représenté, qui évoque fortement le célèbre groupe de Psyché ranimée par le baiser de l'Amour, aujourd’hui conservé au musée du Louvre. Cette proximité ne pouvait qu’éveiller l’intérêt de Paul Marmottan, érudit passionné par les collections Murat, parmi lesquelles figurait autrefois l’œuvre de Canova conservée au château de Villiers. Les études stylistiques et historiques ont cependant permis de restituer cette sculpture à Giovanni Maria Benzoni, artiste plus tardif, profondément marqué par l’héritage néoclassique de son illustre prédécesseur.
L’œuvre originale de L’Amour et Psyché est réalisée en 1845 et se trouve aujourd’hui à la Galerie d'art moderne de Milan. Selon plusieurs historiens de l’art, Benzoni exécuta au moins huit répétitions de ce groupe jusqu’à la fin de sa vie. Certaines de ces versions furent commandées par de grandes figures de l’aristocratie européenne et internationale, notamment pour des collections impériales russes, des résidences aristocratiques britanniques et américaines, ainsi que pour des institutions muséales majeures. L’une de ces répétitions aurait été exposée à Paris lors de l’Exposition universelle de 1867, et il est possible que l’exemplaire conservé au musée Marmottan Monet corresponde à cette présentation.
La sculpture illustre le mythe de Cupidon et Psyché, issu des Métamorphoses d’Apulée, un sujet extrêmement répandu dans la sculpture des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles. Toutefois, Benzoni s’éloigne des représentations les plus célèbres du mythe, en particulier de la scène du réveil de Psyché par le baiser de l’Amour, rendue célèbre par Canova en 1787. Il choisit de représenter un moment plus rare, situé après le réveil de Psyché, lorsque l’Amour s’apprête à la quitter et se trouve brièvement retenu par elle. Cette scène, empreinte à la fois de tension et de tendresse, saisit un instant suspendu entre l’union et la séparation, conférant à la composition une intensité émotionnelle singulière. Par son agencement, le groupe rappelle également une sculpture hellénistique datant du Ier ou du IIᵉ siècle avant J.-C., conservée au musée du Capitole à Rome, soulignant l’inscription de l’œuvre dans une longue tradition antique réinterprétée par le néoclassicisme.
D’un point de vue stylistique, la sculpture se caractérise par une grande fluidité des lignes, un jeu tournant des bras et une idéalisation des corps héritée du vocabulaire néoclassique. Certains détails, tels que la coiffure particulière de l’Amour, rappellent directement les compositions de Canova, tout en étant retravaillés par Benzoni avec une virtuosité technique et une sensibilité propres. Le marbre est sculpté avec une extrême finesse, traduisant à la fois la douceur des chairs et la tension contenue du mouvement, donnant l’impression d’un instant figé juste avant la séparation des deux figures. Benzoni prend néanmoins certaines libertés avec le récit d’Apulée. Aucun épisode du texte antique ne montre l’Amour tenant l’urne dans laquelle Psyché rapporte des Enfers l’eau du Styx, élément iconographique que le sculpteur choisit d’introduire. Cette interprétation personnelle témoigne de la volonté de l’artiste de privilégier l’expressivité et la symbolique au respect strict de la narration mythologique, s’inscrivant ainsi dans une tradition artistique où l’invention visuelle dialogue librement avec la source littéraire[2].