Madame Diogène
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| Madame Diogène | |
| Auteur | Aurélien Delsaux |
|---|---|
| Pays | |
| Genre | Roman |
| Version originale | |
| Langue | français |
| Éditeur | Éditions Albin Michel |
| Date de parution | |
| Nombre de pages | 138 |
| ISBN | 9782226258274 |
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Madame Diogène est le premier roman d'Aurélien Delsaux, paru le aux éditions Albin-Michel. Premier roman de l'auteur, le livre de 138 pages raconte en 12 chapitres la journée d'une vieille femme (dont on ne connaît pas l'identité) atteinte par le syndrome de Diogène. Dans son appartement dévasté, elle entend la vie des différents voisins de son immeuble, qui, dérangés par la puanteur et les insectes qui s'échappent de son appartement, veulent tous la déloger; elle observe aussi la vie de la rue, marquée par des manifestations quotidiennes et des violences policières, dans le cadre d'une grève générale.
Le roman est remarqué par la critique à sa sortie et reçoit un accueil favorable. Il est notamment finaliste du prix du Premier roman[1], ainsi que du Prix Murat «Un roman français pour l'Italie» de l'université de Bari.
Le roman commence par les tambourinements d'un voisin (Zaraoui, «le Gros») à la porte de l'appartement d'une vieille femme qui, du fond de son «terrier», n'ouvre pas. On la suit toute une journée, dans son appartement dont le désordre et la saleté sont régulièrement décrits. La vieille est prise de visions, cherche son chat, écoute, observe la rue, reçoit diverses visites: «l'Assistante», qu'elle refuse de faire entrer, et qu'elle mord, et «la Nièce», qui lui apporte des courses et la gronde.
Ses souvenirs ne nous donnent que peu de renseignements sur son passé ni sur comment elle en est arrivée là. À plusieurs reprises cependant, on croise la figure de «Georges», petit frère handicapé, qui, enfant, se serait noyé dans une mare.
À la fin du roman, son appartement a pris feu; avant l'arrivée des pompiers qui devaient initialement venir la déloger, les voisins tentent de la sauver.
Analyse
Portrait d'une personne atteinte par le syndrome de Diogène, l'intérêt du roman réside aussi dans le portrait qui est fait d'une société violente: les habitants de l'immeuble font preuve d'intolérance, de racisme, de lubricité, de consumérisme, de folie.
À l'instar du philosophe Diogène qui une lanterne à la main en plein jour cherchait un homme dans Athènes, le roman interroge sur l'identité humaine. Si le personnage de Mme Diogène fait d'abord figure de monstre, de chapitre en chapitre elle incarne davantage une sorte de dernier membre de l'espèce humaine, au regard de la monstruosité morale de ceux qui l'entourent, comme de leur dépendance à la technique.
Références
Le livre s'ouvre sur une mention du verset 24 du chapitre 6 de l'évangile selon Luc, condamnation, dans la suite des Béatitudes, par Jésus, des riches:
«Malheur à vous, riches.»
Le plan de l'appartement et les meubles qu'il contient correspondent pour partie à ceux décrits au conditionnel dans le premier chapitre du roman les Choses de Georges Perec. Delsaux en cite par exemple le "gros divan de cuir noir" et les "bibliothèques en merisier pâle"[2]. Par ailleurs, le chapitre 11 de Madame Diogène rédigé au conditionnel rappelle là aussi l'incipit des Choses. Dans un dialogue de monsieur Jean avec l'Assistante, au chapitre 4, figure une référence quasi explicite à la Métamorphose de Kafka, œuvre avec laquelle le roman présente d'autres similitudes :
«- Et trois fois déjà le syndic a fait venir les chimistes! Ça nous tuera avant eux, leurs produits!... Est-ce qu'il va falloir qu'on se change en cafards, nous autres, pour continuer d'exister là?[3]»
Au chapitre 8, Mme Diogène a la vision du fantôme de son père qui lui offre un exemplaire de Robinson Crusoé. Suivent une description de l'ouvrage et une traduction française de la première phrase du roman de Defoe:
«Le spectre est toujours là, qui lui tend un livre. Robinson Crusoé. Le titre figure au-dessus de l'île neuve, entourée d'eaux sauvages; le héros guette une voile à l'horizon, son fusil pendu à la poutre de sa cabane. Elle ouvre l'album, reconnaît les dessins en noir et blanc. Une phrase alors affleure en son esprit, comme le bris du vieux navire enfoui brusquement remonté à la crête d'une vague, comme un fragment déchiré de vieil oracle revenu à la surface de tout, comme si en cet instant c'est sur une page secrète de son âme qu'elle parvenait enfin à déchiffrer ceci: Quand j'arrivai en Angleterre, je m'y trouvai aussi complètement étranger à tout le monde que je si je n'avais jamais habité ce pays -[4]»
Comme Robinson, Mme Diogène apparaît solitaire et naufragée, ayant dans son chaos à refaire le monde.
