Magloire Pélage

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Magloire Pélage
Fonction
Capitaine général
Guadeloupe
-
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Activité
Statut
Esclave (jusqu'en )Voir et modifier les données sur Wikidata
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Conflits

Magloire Pélage, né le au Lamentin sur l'île de la Martinique et mort le à Estella en Espagne, est un militaire français, surtout connu pour sa participation indirecte au rétablissement de l'esclavage en 1802 dans les colonies françaises.

Son origine (libre de couleur ou esclave) a été étonnamment discutées : le registre[1] de la paroisse Saint-Laurent du Lamentin mentionne pour le le baptême du garçon Pélage métis né illégitimement le , fils de Marie-Rose mulâtresse libre (vu le certificat du procureur du Roy du ), avec pour parrain Louis Lenclume (mulâtre) ; mais par la suite son acte de mariage à Pointe-à-Pitre en 1801 le précise « fils du citoyen Leblanc et de la citoyenne Francine Leblanc, domiciliés au Lamentin, Martinique »[2].

Selon certains de ses biographes, il serait né esclave[3], ou bien il serait un libre de couleur. Les sources le décrivent comme « câpre », ou « mulâtre foncé », soit un enfant issu d'une union entre un/une mulâtre et un/une noir(e)[4]. Cependant les deux fois où il fut capturé par l'armée britannique il fut (tout comme Delgrès) envoyé prisonnier sur les pontons en Angleterre ainsi qu'il était d'usage pour les militaires blancs, alors que noirs ou métis ayant été en condition d'esclaves avant 1794 étaient soit rendus aux anciens propriétaires soit revendus (car l'Angleterre n'a aboli l'esclavage qu'en 1833).

Son premier emploi était celui de maçon, métier de son oncle & parrain Lenclume.

Volontaire dans la milice

Le , la déclaration de guerre de la toute jeune république française au royaume de Grande-Bretagne met la Martinique sous la menace d'une invasion britannique (comme en 1674, en 1759 et en 1762). En conséquence, en , le gouverneur Donatien de Rochambeau organise la levée d'unités de milice coloniale (équivalent des bataillons de volontaires en métropole), comprenant des volontaires surtout noirs[8], qu'ils soient libres de naissance ou affranchis (l'abolition de l'esclavage par le décret du 16 pluviôse an II, soit le , est postérieure). Pélage devient ainsi soldat dans le 1er bataillon de chasseurs de la Martinique. Il est nommé sergent le .

Le contexte dans les Antilles françaises est alors tendu, car aux oppositions entre royalistes et républicains, entre conservateurs et révolutionnaires, se rajoutent celles entre planteurs, libres modestes et esclaves. Le , Pélage est blessé à la cuisse lors de l'assaut du morne Vert-Pré contre les royalistes. Il est nommé lieutenant le , avec le commandement d'une demi-compagnie[9].

Défense de la lunette Bouillé

Le , une flotte britannique débarque 6 000 hommes dans le quartier de Trinité ; les troupes républicaines se regroupent après quelques combats sur la ville de Fort-République (ex Fort-Royal, l'actuelle Fort-de-France). Le gouverneur Rochambeau et les soldats métropolitains s'installent dans le fort de la Convention (ex fort Bourbon, actuel fort Desaix), qui domine la ville et la baie du haut du morne Garnier, confiant la défense du fort de la République (ex fort Louis, actuel fort Saint-Louis) à la milice coloniale. L'unité commandée par Pélage est affectée à partir du à la défense de la redoute de la lunette Bouillé[10].

Les Britanniques entreprennent le siège des fortifications républicaines, creusant leurs parallèles en face de la redoute. Les batteries ouvrent le feu à partir du , ciblant particulièrement la redoute, où Pélage est blessé le [11] ; l'escarpe s'effondre sous les coups et plusieurs assauts sont repoussés par la petite garnison. Les tirs s'arrêtent le 20 ; la reddition est signée par Rochambeau le , après la chute du fort de la République et à cause de dissensions au sein de la garnison[12].

En application de la convention de reddition, la garnison est traitée différemment en fonction du statut des soldats : les affranchis sont remis à leurs anciens maîtres ou vendus, tandis que les hommes libres sont envoyés en Angleterre, ce qui est le cas de Louis Delgrès et de Pélage.

Montée en grade

Les officiers sont ensuite échangés ; Pélage est affecté au bataillon des Antilles, comme capitaine, en . Arrivé à la Guadeloupe, il participe à la reprise de Sainte-Lucie et est promu chef de bataillon le . À la suite de la conquête de l'île de Sainte-Lucie par les Britanniques en 1796, il est à nouveau blessé au bras gauche et fait prisonnier.

Envoyé une seconde fois en Grande-Bretagne, il reste 18 mois en prison à Portsmouth puis est échangé en vendémiaire an VI (). Il débarque à Fécamp, rejoint le général Antoine de Béthencourt à Rouen et le suit à Morlaix[13]. Le , il est affecté à l'île d'Aix, où sont progressivement rassemblés tous les militaires noirs ou « de couleur »[14],[15] ; il est promu au grade de chef de brigade (l'équivalent alors de colonel) le [16].

Le , il repart vers la Guadeloupe comme aide de camp des agents du Directoire Nicolas-Georges Jeannet-Oudin, Étienne Maynaud de Bizefranc de Lavaux et René Gaston Baco de La Chapelle. Les tensions sont vives sur l'île : bien que l'abolition de l'esclavage y ait été appliquée en (au contraire de la Martinique, alors occupée par les Britanniques), les anciens esclaves restent majoritairement dépendants de leurs anciens maîtres : les autres solutions sont le vagabondage, l'engagement dans l'armée ou à bord des corsaires. Si l'égalité civique a été proclamée (décret du ), la société coloniale reste marquée par de la ségrégation raciale[17].

En , à la mort du général de Béthencourt, le contre-amiral Jean-Baptiste Raymond de Lacrosse prend le commandement de la garnison. Le comportement de Lacrosse (proscription des opposants, licenciement de militaires et retour des émigrés) exacerbe les tensions parmi les notables et militaires de l'île : le , une rébellion des soldats, à laquelle se rallie Pélage, fait arrêter Lacrosse, puis l'expulse de l'île le [18]. Pélage commande désormais l'arrondissement de Port-de-la-Liberté (Pointe-à-Pitre), assurant les fonctions de chef du « Conseil provisoire de gouvernement » qui dirige l'île.

Malgré ces tensions, le , Pélage épouse à Pointe-à-Pitre Anne-Charlotte Mantet, « née le à Fort-Royal, fille légitime de Charles Louis, mulâtre libre, entrepreneur de maçonnerie, et de Berthilde son épouse »[2]. Il accepte de devenir commandant en chef sur l'île et devient dépositaire du pouvoir. Il dirige la Guadeloupe jusqu'à l'arrivée du général Antoine Richepance[19]. Si la rébellion des notables et militaires est d'abord qualifiée de « jacobine » et d'« anarchiste » par Lacrosse[21], Pélage envoie plusieurs lettres au Premier Consul affirmant sa fidélité à la République.

Richepance aux Antilles

Par la paix d'Amiens, signée le , le Royaume-Uni rend la Martinique à la France ; le gouvernement en profite pour reprendre le contrôle de ses colonies françaises d'Amérique. Le , à l'arrivée en Guadeloupe d'une flotte transportant la petite armée expéditionnaire[23] du général de division Antoine Richepance, les troupes coloniales sont la cible de dures vexations. Les chefs militaires locaux se divisent alors en deux camps : si une partie, menée par les chefs de bataillon Louis Delgrès et Joseph Ignace, fait le choix de la rébellion ouverte à partir du , une autre partie, commandée par Pélage, se soumet aux envoyés du gouvernement.

« Si Pélage est libre, c'est pour nous avoir vendus ; voilà pourquoi il n'a point essuyé les traitements odieux qu'on a fait subir à nos frères d'armes, à la Pointe-à-Pitre. On les a désarmés, déshabillés, battus et mis aux fers à bords des frégates. Devaient-ils s'attendre à tant d'outrages... Il faut que Pélage soit bien lâche pour s'être prêté à telles horreurs. »

 Réponse de Delgrès aux envoyés de Pélage[24].

Des combats opposent ensuite non seulement les soldats métropolitains aux antillais, mais aussi les coloniaux entre eux : face à ses pertes, Richepance ordonne à Pélage de fournir des renforts, soit 600 hommes de couleur[25]. Ces combats se soldent par la mort des chefs rebelles (Ignace le et Delgrès le ), la victoire de Richepance (qui meurt de la fièvre jaune le ) et l'exécution ou la vente des soldats noirs fait prisonniers. L'esclavage est rétabli à la Guadeloupe par l'arrêté du 27 messidor an X ()[26], tandis qu'il est maintenu à la Martinique en application de la loi du 30 floréal an X ()[27].

Des combats plus sporadiques émaillent la fin 1802 et l'année 1803, des groupes de rebelles se réfugiant dans la forêt de Basse-Terre, sur les pentes de la Soufrière, se mêlant aux bandes de marrons[25].

Fin de carrière

Notes et références

Voir aussi

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