Magnifica humanitas

encyclique du pape Léon XIV From Wikipedia, the free encyclopedia

Magnifica humanitas (en français : « Magnifique humanité ») est une encyclique du pape Léon XIV signée le et publiée dix jours plus tard. Elle porte sur « la protection de la personne humaine à l’ère de l'intelligence artificielle ».

Date
SujetLa protection de la personne humaine à l’ère de l'intelligence artificielle
Faits en bref Encyclique du pape Léon XIV, Date ...
Magnifica humanitas
Blason du pape Léon XIV
Encyclique du pape Léon XIV
Date
Sujet La protection de la personne humaine à l’ère de l'intelligence artificielle
Chronologie
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Le pape inscrit cette encyclique dans la lignée de Rerum novarum de Léon XIII, et y exprime les inquiétudes liées à un usage de l'intelligence artificielle qui déshumanise l'être humain.

Contexte

La publication de l'encyclique a lieu environ un an après l'élection de Léon XIV ; à cette date, ce dernier a réalisé son voyage pastoral en Afrique. Durant ce voyage, il a notamment répondu aux critiques directes émises contre lui par Donald Trump et J. D. Vance, mais également par Peter Thiel qui n'apprécie pas que Léon XIV prône la paix contre la crise du multilatéralisme et la régulation de l'intelligence artificielle[1].

Rédaction

Le pape commence la rédaction de cette encyclique dès l'été 2025[2]. C'est sa première encyclique[3].

Publication

L'encyclique est annoncée dès octobre 2025, soit quelques mois après le conclave ; les premières spéculations envisagent alors une publication rapide, à la fin de l'année[4]. C'est néanmoins en mai 2026 que la publication intervient[5].

L'encyclique est signée par le pape le , soit 135 ans jour pour jour après Rerum novarum de son prédécesseur homonyme Léon XIII, et elle est publiée dix jours plus tard, le lundi de Pentecôte[6].

La présentation de l'encyclique le est effectuée par le pape lui-même, ce qui est une nouveauté, analysée par Mikael Corre de La Croix et par Sarah Belouezzane du Monde comme une attention particulière portée par Léon XIV à ce sujet[7],[3]. En outre, le pape est accompagné, pour cette présentation, du cardinal Fernández (préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi), du cardinal Czerny (représentant le dicastère pour le service du développement humain intégral), des théologiennes Anna Rowlands et Léocadie Lushombo (travaillant sur la doctrine sociale de l'Église), de Chris Olah (spécialiste de l'intelligence artificielle et fondateur de l'interprétabilité mécaniste), et enfin du cardinal Parolin (secrétaire d'État)[7],[8].

Titre

Les journalistes analysent le titre de l'encyclique comme une proclamation de la nature intrinsèquement magnifique de l'humain malgré les tentatives récentes, motivées notamment par la technologie, de redéfinir les limites de l'humanité[4].

Contenu

Dès octobre 2025, il est annoncé que l'encyclique abordera des thèmes liés aux nouvelles questions anthropologiques, avec une attention particulière sur le sujet de l'intelligence artificielle[4]. Durant son discours à Yaoundé, le pape avait déjà déploré que l'intelligence artificielle remplace progressivement « la réalité par sa simulation », ainsi que la mainmise des nouvelles technologies sur les ressources et notamment les terres rares[9]. Toutefois certaines sources vaticanes affirment que le texte ne se cantonnera pas aux sujets liés à la technologie, mais développera une réflexion globale sur les grands défis du XXIe siècle, s'inscrivant dans la doctrine sociale de l’Église[6].

Dès avant la publication, certaines analystes spéculent sur le fait que cette encyclique constitue pour Léon XIV l'équivalent de Rerum novarum pour son prédécesseur éponyme Léon XIII. De la même manière que l'encyclique du XIXe siècle avait posé certaines bases de la doctrine sociale de l'Église catholique, ces mêmes commentateurs estiment que l'encyclique prévue par Léon XIV doit devenir un texte fondateur pour l'ère numérique[4]. Des commentateurs s'attendent à un positionnement clair du pape sur les aspects négatifs et souvent éludés de l'intelligence artificielle : notamment son manque de rentabilité intrinsèque, ses externalités négatives sur le cerveau, sur l'environnement, sur le lien social, sur les libertés, sur l'égalité, sur la dévalorisation du travail ou celle de l'art[10].

Le pape impute la croissance fulgurante de l'intelligence artificielle à une « culture de pouvoir » qu'il dénonce, ainsi que les « nouvelles formes d'esclavage » qu'induit l'économie digitale, et qu'il impute plus particulièrement aux grandes entreprises des technologies numériques, critiquant notamment le fait qu'un pouvoir important était placé entre les mains de quelques acteurs, où ce pouvoir tendait à « devenir opaque et à échapper au contrôle public, [ce qui] augmente le risque d’un développement faussé qui engendre de nouvelles dépendances, des exclusions, des manipulations et des inégalités »[11].

Le paragraphe 110 interpelle particulièrement la presse, Léon XIV décrivant l'intelligence artificielle comme un « environnement dans lequel nous sommes immergés et un pouvoir avec lequel nous devons composer » ; à ce titre, « il ne suffit pas de la réglementer : elle doit être désarmée et rendue accessible ». Ce terme de « désarmement » fait l'objet d'une insistance du pape, qui précise qu'il lui « tient à cœur »[12],[13],[3].

Structure

Le texte de l'encyclique est assez long, tenant en 45 000 mots et 245 paragraphes, soit une longueur comparable à Laudato si' et trois fois la taille de Rerum novarum[12].

Chapitres 1 et 2 : contexte

Les deux premiers chapitres de l'encyclique rappellent le cheminement de la doctrine sociale de l'Église, depuis les pontificats de Léon XIII jusqu'à celui de François, et notamment le fait que cette doctrine soit un « discernement communautaire » permettant de s'adapter aux questions nouvelles. Ces deux chapitres précisent également les principes de cette doctrine  dignité inaliénable de la personne, bien commun, destination universelle des biens, subsidiarité, solidarité, justice sociale  en les liant aux défis liés au numérique et rappelant à l'Église que ces principes s'appliquent également à elle et en invitant cette dernière à un examen de conscience face notamment aux divers abus commis par des membres de l'Église[12].

Ce chapitre constitue également un rappel du fait que l'Église soit légitime à s'exprimer sur les questions sociétales, s'inscrivant notamment en cela dans les pas de son prédécesseur François. Le pape réaffirme même que c'est le devoir de l'Église et un service qu'elle rend à l'humanité de prendre la parole si la dignité humaine et l'avenir des populations sont remis en cause[14]. À ce propos, le pape rappelle que le principe soutenu par l'Église de la destination universelle des biens, matériels, immatériels et culturels, afin qu'ils ne soient pas confisqués par une minorité, principe déjà présent chez les papes précédents, mais également dans la théologie de Thomas d'Aquin, Augustin d'Hippone ou Ambroise de Milan[15].

Chapitre 3 : risques liés à l’intelligence artificielle

Le chapitre 3 dénonce plus particulièrement les risques liés à l'intelligence artificielle, notamment son absence de neutralité morale (§ 104), sa gouvernance confisquée par une poignée de personnes (§ 107), la confiscation des données par le secteur privé (§ 108), les monopoles et l'« asymétrie épistémique » qu'ils créent[12]. De manière plus systématique, c'est le paradigme technocratique qui s'impose, notamment au nom de l'efficacité, qui est dénoncé ici, faisant craindre un asservissement de l'homme à la technique. En outre, le pape dénonce dans ce chapitre la tendance des acteurs de l'intelligence artificielle à définir eux-mêmes les critères éthiques de leur métier ; il estime que ces critères doivent venir d'une autorité extérieure[16].

Chapitre 4 : préserver l'humain

Le chapitre 4 est le plus long du document, et celui qui aborde les aspects les plus concrets. Le pape aborde l'intelligence artificielle comme une nouvelle question ouvrière. Il y dresse un constat assez négatif des risques qu'est susceptible de générer un usage répandu de l'intelligence artificielle : déqualification des travailleurs, surveillance automatisée, ce qu'il n'hésite pas à qualifier de « nouvelles formes d'esclavage ». En réaction, il défend notamment une régulation étatique des outils d'intelligence artificielle, un rôle accru des syndicats, un respects de critères sociaux de l'innovation[12].

Dans le paragraphe 176, le pape demande pardon au nom de l'Église pour son rôle dans l'esclavage[17]. Il estime en effet, dans la droite ligne de François, que l'Église ne peut être crédible que dans la mesure où elle est exemplaire en mesure de justice[15].

Chapitre 5 : guerre et multilatéralisme

Ce chapitre s'attaque notamment au concept de la guerre juste, en montrant les limites de cette conception. Par ailleurs, le pape détaille assez précisément la question des armes autonomes en posant des principes à leur usage : traçabilité des décisions, contrôle humain effectif si décision létale et règles internationales communes[12]. La justification de l'opposition à ce concept de guerre juste est innovante : le pape s'inquiète en effet de la capacité de l'intelligence artificielle de « brouiller les frontières entre le vrai et le faux », ce qui fait écho à son discours de Yaoundé quelques semaines plus tôt, où il accusait l'intelligence artificielle du « remplacement progressif de la réalité par sa simulation ». Dans ce contexte, Léon XIV estime que l'usage de l'intelligence artificielle peut entretenir des « récits simplistes, la logique ami-ennemi, la désinformation et la peur »[18].

Inspiration du texte

L'encyclique s'emploie à dénoncer le « paradigme technocratique » déjà dénoncé dans les années 1950 par Romano Guardini[19] et à nouveau par François, notamment dans Laudato si'. En revanche, paradoxalement, la note Antiqua et Nova publiée en janvier 2025 par les dicastères pour la doctrine de la foi et pour la culture et l’éducation, jusqu'alors texte de référence du Vatican sur la question de l'intelligence artificielle, n'est citée que cinq fois[16].

Par ailleurs, les précédents papes sont abondamment cités ou évoqués : 63 fois pour François, 50 pour Jean-Paul II, 29 pour Paul VI, 20 pour Benoît XVI, 14 pour Léon XIII, 8 pour Pie XII, 4 pour Pie XI et pour Jean XXIII[19]. L'Humanité estime que le texte se réfère particulièrement à l'encyclique Quadragesimo anno de Pie XI, écrite en 1931 dans un contexte de crise économique généralisée[20]. Outre les papes, l'encyclique cite également le Concile Vatican II, et notamment la constitution apostolique Gaudium et Spes[14].

La Croix analyse l'absence de neutralité de la technique comme une référence implicite à la pensée de Jacques Ellul, qui réfute l'idée que l'outil ou la technique soient neutres et que seul l'usage détermine le bien ou le mal[21].

Certains commentateurs font également un lien entre ce texte et les tentatives de dialogue initiées entre communistes  notamment Jacques Duclos et Maurice Thorez  et catholiques en 1936 en France, et notamment l'éditorial de La Croix du , écrit par Léon Merklen. Ce texte propose que, « d'un commun accord, catholiques et communistes [dénoncent] les abus, les scandales du néocapitalisme, les déficiences de l’état social contemporain ». Merklen y affirme notamment qu'« une société où la richesse afflue d’une façon opulente et exclusive vers une fraction qui devient maîtresse absolue du commerce et de l’industrie n’est pas conforme au plan de Dieu et marche à sa ruine », ce qui trouve un écho dans le paragraphe 67 de Magnifica humanitas[22].

Une des surprises des commentateurs est de trouver dans l'encyclique une assez longue référence au Seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien, plus particulièrement au chapitre 9 du livre V, dans Le Retour du roi. Dans ce chapitre, le magicien Gandalf déclare « Il ne nous appartient toutefois pas de rassembler toutes les marées du monde, mais de faire ce qui est en nous pour le secours des années dans lesquelles nous sommes placés, déracinant le mal dans les champs que nous connaissons, de sorte que ceux qui vivront après nous puissent avoir une terre propre à cultiver ». Le choix de cette référence n'est pas anodin, l'œuvre de Tolkien étant fréquemment citée par la droite libertarienne américaine et les acteurs techno-économiques de la Silicon Valley, notamment J. D. Vance et Peter Thiel[23].

Réception

Texte en anglais publié par Donald Trump sur X pour critiquer Léon XIV.
Critique exprimée par Donald Trump le à l'encontre de Léon XIV[note 1].

L'équipe éditoriale du Monde y voit un « retentissant avertissement », mais déplore « qu’il faille une autorité religieuse pour rappeler avec force des principes humanitaires, qui devraient être défendus par tous les régimes démocratiques »[24]. Le Wall Street Journal qualifie l'encyclique de « texte appelé à définir le pontificat de Léon », affirmant qu'elle était « attendue depuis longtemps » en tant qu'enseignement moral utile pour les décideurs politiques et les groupes confessionnels[25]. Le New York Times analyse le texte comme illustrant le contraste entre les religions traditionnelles et une tendance croissante, dans la Silicon Valley, à parler de l'intelligence artificielle sur un ton quasi religieux[26]. La BBC décrit « un message clair et direct adressé aux détenteurs du pouvoir concernant leurs responsabilités dans la lutte contre les "menaces" qu'elle représente »[27].

Thierry Breton estime que l'encyclique « ne parle pas d’abord de machines, il parle de l’homme, de sa fragilité, de sa liberté, de sa vocation à la relation ». Il juge que, dans son analyse de l'intelligence artificielle comme non neutre, Léon XIV ajoute cette dernière à la « liste des puissances qui peuvent sauver ou défigurer l’homme ». Il encourage ainsi « tous les géants de la tech [à] lire Magnifica humanitas » pour mieux percevoir que « l’homme ne se laisse pas réduire à ce qu’une machine sait calculer de lui »[28]. Le journal L'Humanité estime que l'encyclique constitue un « message fort », faisant écho à l'appel de l'ONU en 2025 sur le « vide dangereux » que constitue l'absence de régulation ; le quotidien fait l'hypothèse que Magnifica humanitas pourrait trouver le même succès que Laudato si' onze ans plus tôt[20]. Simon Willison (en) évoque pour sa part « un document très intéressant, […] l'un des textes les plus clairs […] sur l'éthique de l'intégration de l'IA dans la société moderne »[29].

Les grandes entreprises du numérique, notamment les dirigeants des GAFAM et des entreprises de la Silicon Valley, généralement prompts à réagir sur les réseaux sociaux, ne commentent pas le texte, à l'exception naturelle d'Anthropic, dont le président Chris Olah participait à la présentation de l'encyclique. David Sacks affirme que la régulation étatique de l'intelligence artificielle souhaitée par Léon XIV crée des risques de surveillance généralisée, faisant notamment référence au roman 1984. Les analystes estiment que les magnats de la haute technologie ont conscience de devoir réagir au texte, ne serait-ce que pour des raisons de marketing et d'image, même si l'encyclique a peu de chance de peser sur leurs décisions[30].

À l'inverse, certains commentateurs estiment que le pape n'a pas été assez loin dans sa critique. Ainsi, la journaliste et essayiste Celia Izoard estime que les formulations prudentes du pape sur les risques de déshumanisation décrivent en réalité des situations déjà avérées, et que « la fabrication de l’IA repose sur une brutalité inouïe », en particulier l'extraction du coltan au Kivu[31]. D'autres estiment que si le principe du « désarmement » de l'intelligence artificielle est souhaitable, sa mise en œuvre s'avère très complexe, notamment du fait que le modèle économique des géants de l'intelligence artificielle ne tient que parce que tous les participants à la chaîne de valeur seraient exploités, sous-payés ou pillés ; et que par ailleurs les structures associatives de l'Internet libre n'ont pas les moyens de développer des grands modèles de langage[32].

De même Timnit Gebru estime que le pape « aurait pu demander à Anthropic de cesser de voler des données, d'exploiter la main-d'œuvre, de détruire l'environnement, de nous tromper avec des designs anthropomorphiques et de mentir sur les “capacités” de ses produits »[29].

Note et références

Voir aussi

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