maison forte à Beaufort (Savoie)
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La maison forte du Châtelard, dite maison Blanc, est une maison forte datant des XIVe – XVIIIesiècles, située à Beaufort, dans le département français de la Savoie.
La maison et sa parcelle sont inscrites au titre des monuments historiques par arrêté du 25 janvier 2022[1].
Situation
La maison Blanc est une ancienne maison forte située au 1 rue du Sommet de Ville, à Beaufort, près de l'église paroissiale[2].
Historique
Origines
Les origines de la maison forte du Châtelard sont mal connues, faute d'archives communales exploitables. Il est probable que cette maison ait appartenu à partir du XIVesiècle à l'archevêque de Tarentaise, lorsqu'il séjournait en Beaufortain. On sait en effet qu'au Moyen Âge, l'archevêque est représenté par un châtelain qui réside à Beaufort, dans cette maison forte, près de l'église[3].
Située dans le «quartier des tours», à Beaufort, appelé ainsi en raison de l'existence de nombreuses maisons bourgeoises munies de tours, signe de leurs privilèges anciens, la maison forte est, à partir du début du XVIIIesiècle, propriété de la famille Blanc[4].
Famille Blanc
Originaires d'Arêches, les Blanc (ou autrement appelés Blanc de Beaufort) sont à l'origine des exploitants agricoles qui vont devenir, et à partir du XVIIesiècle, les propriétaires terriens les plus importants du Beaufortain, assurant une production fromagère importante et de qualité. Avec les années, les Blanc vont prendre une place de notables dans le village, en devenant hommes de loi (avocats, greffiers et surtout notaires) puis en obtenant des fonctions publiques (secrétaire insinuateur) tout en conservant une activité agricole suivie de près[5].
La maison forte est achetée en 1732 par Joseph Blanc (1704-1777), notaire et secrétaire insinuateur. L'insinuateur, propriétaire de son office, est responsable de l'enregistrement des actes passés dans les communes de son ressort et de la conservation des archives du tabellion[6]. Joseph Blanc entreprend de modifier et moderniser la maison, qui a souffert de l'incendie qui a ravagé la commune de Beaufort en 1705[7].
Son fils Michel (1739-1806), prend la suite de son père dans ses fonctions et à la tête de la maison. Il épouse, en 1756, Marie-Françoise Conseil, sœur de Michel Conseil (1716-1793), premier évêque de Chambéry en 1780[8]. Michel Blanc est élu député de Beaufort à l'Assemblée nationale des Allobroges, le [9].
Marie-Ambroise Blanc (1776-1856) prend la suite de son père Michel Blanc. Il est délégué de la Savoie pour le sacre de NapoléonIer, en 1804[10].
Son fils, Pierre Blanc (1806-1896), est sans contexte le membre le plus illustre de la famille Blanc. Avocat en 1836 (et non notaire, à la différence de ses frères), il est élu au parlement du royaume de Sardaigne à Turin entre 1848 et 1855. Puis, après avoir occupé divers mandats locaux, il est élu en 1876 député à la chambre des députés de la République française (la Savoie étant devenue française en 1860). Il restera député jusqu'en 1896, date de sa mort, et occupera pendant les dernières années de sa vie la fonction de doyen de la Chambre[11].
La maison Blanc appartient toujours à des descendants de Pierre Blanc.
Maison Blanc façade ouest
La maison Blanc fait l'objet d'un important programme de restauration. Il est prévu qu'elle soit ouverte à la visite une fois les travaux terminés.
Description
Extérieurs
La maison, construite sur le rocher à flanc de montagne, en plein cœur du village, s'étage sur 4 niveaux, de plus en plus spacieux au fil des étages, et donnant chacun accès de plain pied à des jardins suspendus. Elle a sans doute été bâtie au XIVesiècle (et serait donc ainsi antérieure à l'église actuelle), ainsi qu'en témoignent certains encadrements de fenêtres comportant des enduits à la greia. A la suite de l'incendie qui a ravagé Saint Maxime (ancien nom de Beaufort) en 1705[12], la maison a été partiellement reconstruite. La poutre faitière porte la date de 1756[2].
La façade nord, qui donne sur l'église, présente une architecture régulière, composée de deux étages de larges fenêtres, surmontées d'œil de bœuf. Elle est bordée à l'est par une grande tour couronnée d'un toit en poivrière. Cette tour, appelée «Viorbe», constitue un privilège pour le propriétaire de la maison[13]. Plusieurs maisons disposaient à l'origine d'une tour (la quartier étant dénommé le "quartier des tours"). Si certaines maisons alentours comportent encore des traces ou vestiges de tours, celle-ci est à la fois la plus importante et la seule intégralement conservée[10].
La façade ouest, la plus impressionnante par sa hauteur, longe la rue du sommet de ville, ancienne route d'accès vers le village d'Arêches[14].
La façade sud, bordée d'une loggia rappelle l'ancrage italien de la Savoie[15].
Intérieurs
De nombreux éléments de décors anciens ont été préservés[16]:
un escalier à vis dans la tour;
un second escalier droit, vouté d'arrêtes à l'arrière de la maison;
un étage de caves (enterrées coté montagne, percées de fenêtres coté ville) voutées d'arrêtes ou d'ogives;
dans la salle à manger, au premier étage, un ensemble de boiseries style Louis XV;
dans un salon au premier étage, un ensemble de gypseries style Louis XV au plafond et autour de la cheminée;
dans le grand salon, au deuxième étage, diverses gypseries, et portes style Louis XV surmontées de dessus de porte peints;
Maison Blanc vue de la tourdiverses portes et trumeaux du XVIIIesiècle.
Chanoine Joseph Garin (1876-1947), Le Beaufortain: une belle vallée de Savoie: guide historique et touristique illustre, La Fontaine de Siloé, (réimpr.1996) (1reéd. 1939), 287p. (ISBN978-2-84206-020-6 et 2-84206-020-2), p.174.
Léonore Losserand et Hilaire Vallier, La maison forte du Châtelard, dite maison Blanc, Alboflède, , 30p..
Hélène Viallet, Les alpages et la vie d'une communauté montagnarde: Beaufort du Moyen Âge au XVIIIesiècle, t.XCIX, Annecy, Académie salésienne, coll.«Mémoires et Documents, Document d'ethnologie régionale n°15», , 302p., p.105
Hélène Viallet, «Un exemple de notabilité montagnarde: la famille Blanc à Beaufort (XVIIe – XIXesiècles)», Ensemble, no110, , p.257-272.
Marius Hudry, Histoire des communes savoyardes: Albertville et son arrondissement (vol. 4), Roanne, Éditions Horvath, , 444p. (ISBN978-2-7171-0263-5), p.420-426.