Le est une date charnière de l'histoire du mouvement ouvrier et de l'histoire anarchiste. Il s'agit d'une date et d'un jour de commémoration en hommage aux anarchistes condamnés à mort après le massacre de Haymarket (1886). L'affaire de Clichy (1891) en France renforce cette importance de la journée de mobilisation chez eux. S'ils sont favorables aux premières éditions, le caractère réformiste et modéré des manifestations contrôlées par les socialistes les poussent à être de plus en plus critiques et à chercher à réaffirmer leur caractère révolutionnaire et anarchiste.
En 1994, la CNT lance la première édition de cette manifestation spécifique, étant rejointe par d'autres organisations anarchistes depuis. Elle réunit entre des centaines et des milliers de personnes en fonction des années.
Contexte : Massacre de Haymarket et premières manifestations du 1er mai en France
Le devient la journée internationale des travailleurs après le massacre de Haymarket Square à Chicago en 1886[1]. La police américaine accuse alors huit anarchistes d'avoir jeté une bombe et d'être responsables des troubles menant au massacre qu'elle vient de commettre; après leur arrestation, cinq d'entre eux sont condamnés à mort puis exécutés: il s'agit de August Spies, George Engel, Adolph Fischer, Louis Lingg (qui se suicide en prison) et Albert Parsons[1]. Cet événement et leur condamnation les transforme en martyrs du mouvement ouvrier et fait de cette journée le rassemblement du mouvement ouvrier[1],[2].
En France, les anarchistes sont au départ très favorables à la manifestation du , qui, dans ses premières éditions du début des années 1890, est une journée très radicale et révolutionnaire[2]. Ils deviennent cependant de plus en plus critiques de la manifestation menée par les socialistes car celle-ci s'avère être de moins en moins radicale[2]. Émile Pouget, une figure du mouvement anarchiste en France à cette période, écrit[2],[3]:
«À Paris, y a une trifouillée de bons bougres, mélangés de quelques sales birbes qui sont en « commission d’organisation du 1er Mai ». Les commissions, c’est toujours à côté de la question, nom de dieu ! Pourtant, il a été décidé qu’on n’irait pas faire la petite ballade traditionnelle aux bouffe-galette de l’Aquarium, —autrement dit aux pouvoirs publics. On a reconnu que c’est de la couille, d’aller porter des pétitions à ces merles là, vu que, sans façons, ils se torchent le cul avec nos jérémiades.»
Malgré ces critiques, la mémoire et la force symbolique du reste très forte et très importante chez les anarchistes, une situation renforcée par l'affaire de Clichy (1891), qui marque durablement la culture anarchiste en France; ils tentent donc généralement de tenir leur propre manifestation ou de radicaliser la manifestation générale, c'est-à-dire de retourner à une situation où l'aspect anarchiste de cette journée de mobilisation serait plus visible voire central[2].
La manifestation anarchiste contemporaine du est lancée en 1994 par la Confédération nationale du Travail (CNT), la principale organisation anarcho-syndicaliste en France[4]. Contrairement à la manifestation intersyndicale rassemblant plus de monde et généralement organisée de la place de la République à celle de la Nation, la manifestation anarchiste commence en fin de matinée sur la place des Fêtes et se dirige vers la manifestation principale pour faire jonction avec elle[5],[6],[7].
En 2000, la manifestation rassemble un nombre remarqué d'environ 5,000 personnes et est menée par une fanfare de mineurs anglais en grève[8].
L'année suivante, ils organisent à la fois cette manifestation et une autre en novembre suivant le même trajet mais destinée à rejoindre un cortège altermondialiste[10].
En 2007, ils auraient été environ 2,000 selon la police[11].
12Edouard Launet, «Le 1er Mai, grand bal des manifestants», Libération, (lire en ligne[archive du ], consulté le )
12Laurent Wolf, «Manifestations pro et anti-Le Pen du 1er Mai à Paris, attention danger d'affrontements», Le Temps, (ISSN1423-3967, lire en ligne, consulté le )