Drapeau rouge et noir
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| Drapeau rouge et noir | |
Drapeau rouge et noir de la CNT-FAI | |
| Utilisation | |
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| Caractéristiques | |
| Créateur | CNT-FAI |
| Création | 1er mai 1931 |
| modifier |
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Le drapeau rouge et noir ou rojinegro, aussi appelé drapeau anarcho-syndicaliste et, plus récemment, drapeau antifasciste, est l'un des symboles centraux du mouvement anarchiste et plus largement du mouvement antifasciste.
Il s'agit d'une variation du drapeau noir anarchiste et du drapeau rouge du syndicalisme issue de l'union entre la CNT, principale organisation anarcho-syndicaliste en Espagne, dont certains groupes utilisent le drapeau rouge, et de la FAI, fédération anarchiste en Espagne, dont des groupes utilisent le drapeau noir traditionnel anarchiste. La CNT-FAI l'arbore pour la première fois publiquement le , une quinzaine de jours après le succès de la révolution espagnole qui aboutit à la proclamation de la Seconde République le .
L'influence de la CNT-FAI dans la lutte contre le fascisme, en particulier pendant la guerre civile espagnole, donne à ce symbole une portée plus large, au point qu'il en vient à être adopté par les antifascistes de manière générale.
Ce drapeau est le premier des drapeaux divisés anarchistes, composés du drapeau noir et d'une couleur supplémentaire - plusieurs autres tendances au sein du mouvement anarchiste adoptent ce mode de fonctionnement pour se représenter par la suite, comme l'anarcha-féminisme ou l'anarchisme queer.
Contexte

Naissance de l'anarchisme, de sa tendance anarcho-syndicaliste et union des groupes anarchistes de Barcelone
Le développement du capitalisme voit la formation de plusieurs idéologies et mouvements politiques qui lui sont opposés, en particulier l'anarchisme[1]. Les anarchistes défendent la lutte contre toutes formes de domination perçues comme injustes, parmi lesquelles on trouve la domination économique, avec le développement du capitalisme[2]. Ils sont particulièrement opposés à l'État, vu comme l'institution permettant d'entériner un bon nombre de ces dominations au travers de sa police, son armée et sa propagande[3]. De manière générale, les anarchistes cherchent à mettre en place des sociétés horizontales, sans État, égalitaires et fondées sur la libre association[4].
Entre les années 1880 et les années 1900, de nombreux anarchistes rejoignent des syndicats, comme la CGT en France, et s'intègrent aux cercles syndicalistes révolutionnaires, un mouvement soutenant l'usage des syndicats pour mener la révolution sociale[5]. Malheureusement pour les anarchistes, ces syndicats, comme la CGT, deviennent souvent réformistes, et la faiblesse du syndicalisme révolutionnaire - qui ne nécessite pas d'être explicitement anarchiste - leur apparaît de plus en plus clairement, ce qui les pousse à développer une tendance de l'anarchisme : l'anarcho-syndicalisme[5]. Cette tendance réunit des anarchistes souhaitant fonder des syndicats sur des bases explicitement anarchistes, afin d'éviter que ces syndicats ne deviennent réformistes au fil du temps et mener une vraie révolution anarchiste[6],[7].

L'une des premières organisations de cette nature est la CNT, fondée en 1910 et qui adopte progressivement des positions anarcho-syndicalistes très marquées[7]. Dès 1919, elle compte environ 700,000 adhérents et est l'une des principales organisations révolutionnaires en Espagne[7]. Certaines anarchistes de la CNT fondent aussi l'organisation anarcha-féministe Mujeres Libres[8].
L'anarchisme en Espagne suit plusieurs évolutions au début du XXe siècle : plusieurs tendances se démarquent, dont une tendance anarcho-syndicaliste, qui rejoint des groupes utilisant du drapeau rouge comme le groupe Bandera Roja (Drapeau rouge) à Barcelone et une tendance anarchiste plus traditionnelle, opposée à l'entrée dans les syndicats et favorable à la propagande par le fait, qui recoupe un peu les lignes de la Fédération anarchiste ibérique (FAI), fondée en 1927, utilisant le drapeau noir anarchiste et se réunissant à Barcelone dans un groupe portant le nom de Bandera Negra (Drapeau noir)[9],[10]. Ces deux groupes s'unissent en 1923 mais sont interdits pendant la dictature de Primo de Rivera (1923-1930), ce qui impacte leur possibilité d'afficher des symboles communs[9],[10].
Drapeau rouge et noir

Versions précoces du drapeau rouge et noir
Le rouge et le noir sont des couleurs fréquemment utilisées par les anarchistes dans leur histoire[9]. Dès l'apparition de ce mouvement et du drapeau noir anarchiste, des drapeaux rouge et noir sont fréquemment arborés ensemble, sans qu'il ne s'agisse pourtant du même drapeau[9]. Il est possible que certains anarchistes utilisent un drapeau rouge bordé de noir dans les décennies 1880-1900[9].
Pendant la révolution mexicaine, des anarchistes y arborent un drapeau rouge et noir composé de bandes horizontales, et à partir des années 1910, ce genre d'associations paraît se multiplier, en particulier chez les anarcho-syndicalistes[9].
García Oliver et l'invention du drapeau rouge et noir

En 1930, la situation en Espagne évolue quand la dictature de Primo de Rivera prend fin, suivie, l'année suivante, le , de la révolution espagnole - où les anarchistes participent activement - et qui met fin à la monarchie espagnole[11]. Quinze jours plus tard, pour le 1er mai qui doit se tenir à Barcelone, Juan García Oliver, une des figures notables de la CNT de cette période, décide de commander quatre drapeaux rouge et noir, divisés en leur milieu, et un drapeau noir anarchiste traditionnel représentant la FAI[9],[12].
Dans ses déclarations à ce propos, il paraît indiquer que le symbole existe déjà de manière clandestine quelques années auparavant[9].
En tous cas, l'usage du drapeau rouge et noir ou « rojinegro » laisse une forte impression sur les foules rassemblées ce jour-là, permettant de donner un symbole pour l'anarcho-syndicalisme et l'union des anarchistes en Espagne à cette période[9]. Il devient par la suite le symbole principal de la CNT-FAI, l'union entre la CNT et la FAI, qui l'arbore pendant toute la guerre civile, où ces organisations prennent un rôle majeur dans la lutte contre le fascisme et Franco[9].
