Manifestations du 24 août 1994 devant l'hôpital Filtro
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L'Affaire de l'hôpital Filtro, ou massacre de Jacinto Vera (du nom du quartier où est situé l'établissement), eut lieu le à Montevideo (Uruguay), durant la présidence de Luis Alberto Lacalle (Parti blanco). Il s'agit de manifestations en faveur du droit d'asile et contre l'extradition de trois membres présumés de l'ETA, durant lesquelles la police tira à balles réelles, tuant un ouvrier de 24 ans, Fernando Moroni, à bout portant, ainsi que Roberto Facal[1], étudiant en architecture, tandis qu'un infirmier fut atteint de quatre balles[2]. Au total, 44 policiers et 31 civils furent blessés et deux manifestants tués[2]: il s'agit de la répression policière la plus brutale depuis la transition démocratique uruguayenne.
Treize Basques, vivant en Uruguay depuis 1988, furent arrêtés en dans le cadre de l'« opération Duque », sous la responsabilité de l'inspecteur Saúl Clavería et du ministre de l'Intérieur Juan Andrés Ramírez (es). Ils furent inculpés de possession de faux documents[2]. Le gouvernement espagnol de Felipe González (PSOE) demanda l'extradition de huit de ces Basques, accusés d'appartenir à l'ETA, en vertu d'un traité du . Il fit également pression sur Montevideo en affirmant qu'en cas de refus, il retarderait la mise en œuvre du Traité de coopération signé entre l'Espagne et l'Uruguay, qui incluait l’envoi de 200 ambulances, de véhicules policiers et des prêts de deux milliards de dollars destinés à financer des hôpitaux[2].
Le Mouvement de libération nationale - Tupamaros (MLN-T) aida alors les Basques en leur fournissant un avocat, Gustavo Puig, qui prit leur défense. Leur radio, la Panaméricaine CX44, fit campagne contre l'extradition et pour le droit d'asile de ces membres présumés de l'ETA [2].
Finalement, la justice uruguayenne n'approuva l'extradition que de trois d'entre eux, qui entamèrent des grèves de la faim, en 1993 et 1994, pour obtenir l'asile [2]. Le Front large (coalition de gauche), majoritaire au sein de la Junta Departamental de Montevideo, vota alors, le , une résolution en faveur de « l'adoption d'une décision humanitaire (...) qui ferait honneur à la tradition de l'Uruguay, terre d'asile ». Très affaiblis, les trois Basques furent transférés le à l'hôpital du Filtre.