Mao Renfeng (chinois traditionnel: 毛人鳳; wade-giles: Mao Jên-fêng), né le et mort le , était un officier des renseignement de la République de Chine. Il dirigea le Bureau d'enquête et de statistiques (connu sous le nom de Juntong(en)) puis le Bureau de Préservation des Secrets et enfin de Bureau de la Sécurité nationale, les principales agences de renseignement du pays de 1946 jusqu'à sa mort, succédant à son ami d'enfance Dai Li, décédé dans un accident d'avion. Entre 1946 et 1949, son agence d'espionnage joua un rôle prépondérant dans la guerre civile chinoise. En 1949, il s'enfuit à Taïwan avec le reste du gouvernement nationaliste, où il mourut sept ans plus tard.
Après des études à l'Université de Fudan, Mao Renfeng rejoint le Kuomintang (KMT) et entre à l'Académie militaire de Huangpu. Il ne termine cependant pas ses études du fait d'une santé fragile et rejoint son ami Dai Li dans les services secrets du mouvement nationaliste. Il devient le secrétaire en chef du Juntong(en) à sa création en 1938[1].
Pendant la guerre civile, Mao Renfeng remplace Dai Li, tué dans un accident d'avion le , alors que les services secrets du KMT font face à une infiltration accrue par le PCC. Il échoue cependant à identifier et à arrêter grand nombre d'agents communistes qui entrent dans les hauts rangs du parti, comme Xiong Xianghui, infiltré dans l'entourage du général Hu Zongnan, ou Wu Shi(en), un général de l'état-major[2].
Arrivé à Taïwan, Mao Renfeng conserve ses fonctions à la tête du renseignement militaire. L'urgence absolue est de parer à tout risque d'invasion communiste, délayé grâce à la victoire nationaliste à Kinmen en . Les préparatifs d'invasion, organisés par le général Zhang Zhen(en), sont prévus pour le printemps 1950. Sous la houlette de Chiang Ching-kuo, qui organise une concentration et une réforme des services de renseignement du régime, Mao Renfeng est chargé d'éliminer le réseau d'espions communistes sur l'île[4].
La saisie d'une presse du journal dissident Guangming Daily(zh) à Keelung provoque la découverte d'un vaste réseau communiste animé par Cai Xiaoqian(en), un communiste taïwanais ayant participé à la Longue Marche et déployé sur l'île en 1947. Les services de Mao Renfeng réussissent à arrêter Cai en à Kaohsiung et obtienne de lui la dénonciation, en mars, des 1 300 agents de son réseau[4], dont le général d'état-major Wu Shi[2]. Le coup de filet permet de redorer le blason des services de renseignement nationalistes et, avec le déclenchement de la Guerre de Corée, provoquent le délai sine die du projet d'invasion communiste de l'île.
Au même moment, Chiang Ching-kuo, qui est chargé de la réforme du KMT, organise un Comité d'action politique (政治行動) avec les principaux chefs des services de renseignement pour renforcer les capacités d'investigation du pays. La plupart des structures sont placés sous la direction du ministère de la Défense nationale et Mao Renfeng est placé à la tête d'une structure intermédiaire qui doit permettre au Juntong de se mouler dans ce nouvel ordre des choses[5]. Mao prend ainsi la tête du Bureau de Préservation des secrets (保密局). Le Bureau de Mao prend en charge notamment la coopération avec les envoyés de la CIA regroupés au sein d'une entreprise écran, la Western Entreprise Incorporated(zh)[6] (WEI), dont beaucoup sont des anciens de la Sino-American Cooperation Organization(en), une structure similaire agissant pendant la guerre contre le Japon.
Pendant la Guerre de Corée, Mao Renfeng se charge donc de l'organisation d'attaques contre le régime communiste chinois, notamment contre l'île de Nanri, avec le général Hu Lien. À partir de 1952, le Bureau de Préservation des secrets, travaillant avec la WEI et la Civil Air Transport, une compagnie aérienne crée par Claire Lee Chennault et remplissant des missions pour la CIA, lance des raids aériens contre les régions du nord-ouest chinois, notamment le Qinghai[7]. L'objectif de ces raids est de ravitailler par parachutages les rebelles hui, essentiellement les anciennes troupes du seigneur de la guerre Ma Bufang et de la Clique des Ma, qui luttent contre le PCC[7],[8]. Le soutien à ces hommes dure jusqu'en 1955 et la révolte s'éteint en 1959.
La création par Chiang Ching-kuo des commissaires politiques de l'armée provoque une lutte d'influence avec Mao Renfeng, qui réclame un contrôle sur ces agents. Les relations entre Mao et la famille Chiang se dégradent rapidement et la CIA note des tensions majeures et l'inquiétude de Mao de voir Chiang Ching-kuo faire de Taïwan "une nouvelle URSS"[9].
Le , les services dirigés par Mao Renfeng organisent un attentat raté contre le Kashmir Princess(en), un avion chinois transitant par Hong Kong pour l'Indonésie. L'attaque échoue à éliminer sa cible principale, le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de la République Populaire de Chine, Zhou Enlai, qui devait participer à la Conférence des non-alignés de Bandung. Zhou avait finalement été invité par le Premier ministre de Birmanie, U Nu, à visiter son pays et à aller à la conférence ensemble, tandis que l'équipe diplomatique du Premier ministre chinois devait prendre le Kashmir Princess[10].
Le général Sun Li-Jen que Mao Renfeng participe à faire placer en résidence surveillée.
Pendant l'année 1955, Mao travaille essentiellement sur l'affaire du général Sun Li-jen, accusé de travailler avec la CIA en vue d'un coup d'état contre Chiang Kai-shek. À partir du , il multiplie les arrestations sous la direction de Chiang Ching-kuo et torture plusieurs proches du général. Il obtient notamment les aveux de Kuo Ting-liang, l'un des secrétaires personnels de Sun Li-jen, qui admet être un agent communiste[11],[12],[13].
Le , le général Sun est placé en résidence surveillée et 300 officiers sont arrêtés[14]. Sun, sur lequel aucune preuve compromettante n'est trouvable, est accusé de négligence et relevé de ses fonctions. Considéré comme un rival des Chiang, Sun est maintenu sous surveillance à Taichung jusqu'à la fin de la Terreur blanche, pendant 33 ans [15],[13]. La plupart des accusations à son encontre ont depuis été rejetées et le Yuan de contrôle le disculpe à titre posthume en 2001[16].
Mao Renfeng perd cependant de plus en plus d'influence et de pouvoir en faveur de Chiang Ching-kuo. Il succombe finalement à une maladie du cœur le et est enterré à Xizhi, dans le Nouveau-Taipei.
Son fils, Robert Yu-Lang Mao, est actuellement président de Hewlett-Packard Chine [17].
↑(zh) 虞亚梅, «词条:毛人凤(中华民国国防部保密局局长,军统四大特务之一)» [«Entrée: Mao Renfeng (Directeur du Bureau de l'investigation et des statistiques du ministère de la Défense nationale de la République de Chine, l'un des quatre grands agents du Juntong»], 民国档案, no1, , p.4 (lire en ligne)
12(en) William Zheng, «Chinese spy drama Silent Honour spurs outpouring of praise for ‘hidden martyrs’», South China Morning Post (SCMP), (lire en ligne)
↑(zh) Li Xin (dir.), Han Xinfu (éditeur) et Jiang Kefu (éditeur), 《中華民國史 大事記》第12輯 [«Chronologie des événements majeurs de l'histoire de la République de Chine»], vol.12, Beijing, 中華書局, Zhonghua Book Company, (ISBN9787101079982)
12(en) Ian Easton, The Chinese Invasion Threat: Taiwan’s Defense and American Strategy in Asia, Manchester, Project 2049 Institute, (ISBN9781546353256), pp.26-34
↑(en) Sheena Chestnut Greitens, Dictators and their secret police: coercive institutions and state violence, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN9781316505311), pp:94-158
↑Fernand Gigon, Formose ou les tentations de la guerre, Paris, Documents du Monde, , 188p.
12(en) Frank Holober, Raiders of the China Coast: CIA covert operations during the Korean War, Annapolis, Naval Institute Press, (ISBN9781682473443)
↑(en) David Goodman, «Qinghai and the Emergence of the West: Nationalities, Communal Interaction and National Integration», The China Quarterly, no178, , pp: 379-399
↑(en) CIA, «STRUGGLE FOR POWER BETWEEN POLITICAL DEPARTMENT AND PAO MI CHU», CREST, , p.1 (lire en ligne)
↑(en) Steve Tsang, «Target Zhou Enlai: The "Kashmir Princess" Incident of 1955», The China Quaterly, no139, , pp: 766-782