Marche de Rákóczi
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Marche hongroise
La Marche de Rákóczi ou Marche de Rákóczy (en hongrois : Rákóczi-induló), souvent appelée Marche hongroise, a été l'un des hymnes nationaux officieux de Hongrie avant que Ferenc Kölcsey n'écrive l'Himnusz . Elle a été probablement composée par Nikolaus Scholl en 1820. La mélodie a ensuite été utilisée dans de nombreuses compositions célèbres, notamment La Damnation de Faust d'Hector Berlioz et la Rhapsodie hongroise no 15 de Franz Liszt.
La Marche de Rákóczi tire son origine du Chant de Rákóczi (en hongrois : Rákóczi-nóta), une mélodie apparue pour la première fois au milieu du XVIIe siècle avec différentes paroles[1]. Les premières paroles largement connues de ce chant sont un poème Kuruc, complainte se plaignant du malheur des Magyars et de l'oppression des Habsbourg, et rappelant la mémoire de François II Rákóczi, qui fut à la tête du soulèvement hongrois entre 1703 et 1711, pour préserver son peuple. Bien que la tradition affirme que cette version fût le chant préféré de François II Rákóczi et que son violoniste de cour, Mihály Barna, fût supposé en être le compositeur, les spécialistes tendent à s'accorder sur sa création vers 1730 par un ou plusieurs compositeurs anonymes[2]. Cette variante, qui était très populaire au XVIIIe siècle, est devenue un chant folklorique avec plus de 20 versions, et a été chantée même après la révolution hongroise de 1848. Elle a inspiré les poètes Sándor Petőfi, Ferenc Kölcsey et Kálmán Thaly.
La version instrumentale, appelée « Marche de Rákóczi », apparaît près de cent ans plus tard, au début du XIXe siècle. L'auteur de cette variante reste incertain ; cependant, c'est Nicolaus Scholl qui publie le premier ses propres compositions sous ce titre en 1819 ou 1820, et qui donne vraisemblablement à ce chant sa forme actuelle. Il était chef d'orchestre du 32e régiment de l'armée de la monarchie des Habsbourg, régiment majoritairement hongrois et commandé à cette époque par Nicolas II Esterházy. Il a certainement été influencé par János Bihary, qui aurait interprété des variantes instrumentales du chant entre 1809 et 1820[3].
Compositions célèbres
En 1846, Hector Berlioz arrive à Budapest pour donner deux concerts afin de faire connaître ses compositions. À cette occasion, comme il était d'usage à son époque, il compose quelques pièces sur des mélodies hongroises afin de gagner la faveur du public. L'une d'elles est une adaptation de la Marche dénommée « Marche de Rákóczy ». La première a lieu le à l'Opéra-comique de Budapest[4]. Elle devient immédiatement la préférée du public, comme il le note dans ses mémoires : « au moment où l’orchestre déchaîné dans une mêlée furieuse, lança son fortissimo si longtemps contenu, des cris, des trépignements inouïs ébranlèrent la salle [...]. Il fallut recommencer, cela se devine ; et la seconde fois ce fut à grand’peine que le public put se contenir deux ou trois secondes de plus qu’à la première »[5],[6]. Puis avec quelques modifications, Berlioz intègre ultérieurement cette composition dans La Damnation de Faust, et c'est cette version qui demeure la plus connue. Le thème est écrit en la mineur, puis la tonalité passe en la majeur pour figurer la marche des troupes[7].
Entre 1823 et 1871, Franz Liszt compose plusieurs arrangements, dont sa Rhapsodie hongroise n° 15, basée sur ce thème. Le pianiste Vladimir Horowitz a composé une variation sur la « Marche de Rákóczy » avec des éléments des versions de Liszt et Berlioz, qui développe considérablement la bravoure et l'éclat de la composition de Liszt. Béla Bartók, Johannes Brahms, Johann Strauss Jr., Zoltán Kodály et Ferenc Erkel ont également incorporé la mélodie dans certaines de leurs compositions.
Utilisation
Aujourd'hui, l'air est généralement interprété sous forme instrumentale, sans les paroles. La version de Berlioz est devenue un morceau de musique populaire en Hongrie, en particulier pour les mariages. La Marche est jouée lors des célébrations nationales et militaires et constitue la marche d'inspection officielle des forces de défense hongroises. L'air a été utilisé pendant des décennies comme indicatif matinal de Kossuth Rádió au début de son émission quotidienne. La Marche a donné son nom à un long métrage austro-hongrois de 1933 — Rakoczi-Marsch — avec Gustav Fröhlich (qui en a fait aussi la réalisation), Camilla Horn, Leopold Kramer, etc. La Marche figure également en bonne place dans le film français La Grande Vadrouille.