Marché noir des devises en Algérie
circuit parallèle au système bancaire algérien pour échanger des dinars — non convertibles — avec d’autres monnaies
From Wikipedia, the free encyclopedia
Le marché noir des devises en Algérie désigne les transactions illégales d’achat et de vente de monnaies étrangères effectuées en dehors du système bancaire officiel, à des taux de change non déterminés par la Banque d'Algérie.
Historique
Dès le début de la République Algérienne, dans les années 1970, des restrictions de change sont mises en place, les Algériens se tournent alors vers le marché noir pour acquérir des francs et ainsi financer leurs voyages à l’étranger ou des achats en biens d’équipements qu’ils y effectuent. Ce marché noir est délictuel car le marché des changes n’est pas autorisé en Algérie[1].
Une partie des opérations des cambistes du marché noir d'Alger se situe Square Port-Saïd à proximité du port mais aussi dans de multiples bureaux officieux. Les autorités algériennes connaissent ces activités et les tolèrent avec toutefois quelques éphémères campagnes de répression. En 2018, les transactions de ce marché noir sont estimées à 5 milliards de dollars par an[1],[2],[3].
Entre 2011 et 2023, la différence entre le taux de change officiel du dinar algérien avec l’euro et celui constaté sur le marché noir, a toujours été de 40% voire 45% sur le marché parallèle [4].
En 2022, selon les données du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale[N 1] et de la Banque d'Algérie, entre 33 % et 37 % du Produit intérieur brut (PIB) algérien est dans le circuit économique hors canal bancaire soit environ 49 milliards d’euros (au taux de change officiel). Selon la Banque d’Algérie, 6 200 milliards de dinars de la masse monétaire sont en circulation hors banques [2],[4].
Selon le média Mondafrique ce système perdure avec l'assentiment de certains généraux algériens empêchant toute évolution, freinant les virements bancaires des fonds de la diaspora algérienne[N 2] et laissant une organisation archaïque et illégale fonctionner. Lors de l’arrestation du général M’henna Djebbar en 2019, sa responsabilité est évoquée comme étant « le parrain » du marché noir des devises[8],[N 3] .
Le député algérien Abdelouahab Yagoubi dénonce, en 2025, le marché noir des devises qui permet de blanchir de l’argent. Ainsi ce marché noir serait une des raisons du maintien de l'Algérie dans la « liste grise » du Groupe d'action financière (GAFI)[N 4]. Pour en sortir il demande « une volonté politique affirmée, un dispositif juridique cohérent et une application rigoureuse sur le terrain »[13]. Pour sa part le député Mohamed Hani rappelle les mesures déjà prises pour éradiquer ce marché noir : une allocation touristique revalorisée à hauteur de 750 euros, l’interdiction des espèces dans les achats immobilièrs ou de véhicules, la limitation à 7 500 euros par an d'exporter des devises pour les particuliers et enfin le projet d'ouverture d'agences bancaires en France notamment pour capter l’épargne de la diaspora [14].
En 2025, l'euro a atteint un record « historique » sur le marché noir des devises avec une augmentation de 14,52 % en moins d’un an, soit environ 280 dinars pour un euro en . Cette hausse est liée à plusieurs données. Ainsi l'interdiction des importations de véhicules par les concessionnaires agréés et les difficultés des usines locales ont incité des Algériens à utiliser l’importation privée de véhicules. De même des petits commerçants importent des produits de consommation avec la légalisation du commerce dit du cabas en . Ces acheteurs individuels n'ont pas accès au système financier officiel, ils doivent donc utiliser le marché noir des devises d'où la pression sur le besoin de devises et l'augmentation du taux de change[15],[16].
La loi de finance 2026 introduit une nouvelle obligation pour les voyageurs non-résidents en Algérie y compris la diaspora algérienne. Ceux-ci doivent déclarer les montants supérieurs à 1 000 euros ou l’équivalent en devises, aussi bien à l’entrée qu’à la sortie du pays. Pour les sommes déclarées, ils doivent désormais fournir, au retour, le document attestant du change effectué durant le séjour dans un établissement bancaire. Ce dispositif interdit de fait d'utiliser le marché noir des devises. L'efficacité de la mesure réside dans la capacité de contrôle aux frontières dans un contexte déjà complexe[17],[18].
Pratiques délictueuses
En 2012, alors que l'euro s'échange à 100 dinars dans les banques, mais atteint jusqu'à 150 dinars au marché noir, le média La Tribune rapporte que des Algériens fortunés doivent faire appel au marché noir pour acquérir des devises permettant d'« acheter à l'étranger des biens immobiliers ou des actifs ». Ainsi ils contournent la loi algérienne qui interdit de convertir des dinars pour effectuer des opérations financières hors d'Algérie. Le marché noir des devises permet aussi à des importateurs algériens de payer en liquide des biens, en particulier venant de Chine, et ainsi de cacher au fisc l'exactitude de leur chiffre d'affaires avec des fausses déclarations à la douane[19].
En , Saïd Sayoud, ministre de l'Intérieur et des Transports, dénonce une fraude importante dans le dispositif de l'allocation touristique avec 100 000 cas constatés pour une période d'un mois et demi[20]. La fraude permet d'obtenir des devises au taux de change officiel soit 150 dinars pour un euro. Puis ces euros sont échangés sur le marché noir où les cours en sont supérieurs à 282 dinars pour un euro. Ainsi pour 750 euros, la fraude permet de réaliser un bénéfice de 91 500 dinars, équivalent à cinq fois le salaire minimum algérien[21].