Marguerite Gourdan
From Wikipedia, the free encyclopedia
Fille d'un marchand, Sébastien Stock ou d'Estocq, et de Jeanne Maslot, qui s'unirent à Larzincourt le , elle est le deuxième enfant d'un fratrie de 10 à 12.
Elle débute comme demoiselle de magasin, dans un commerce de modes. Venue à Paris en compagnie d’un jeune officier qui ne tarde pas à la quitter, elle épouse le , à Larzincourt, François-Didier Gourdan, receveur des aides [3]. Bien que condamné à mort par contumace, son mari n’en deviendra pas moins, quelques années plus tard, capitaine général des fermes à Brest, puis à Cavaillon et détenteur de l’entrepôt général de Carpentras.
En 1754, Marguerite Stock est débitante de tabac jusqu’à une dispute violente avec ses employeurs, les époux Diodé, survenue le . Elle reprend alors, grâce à la complaisance intéressée de son mari, le genre de vie qu’elle avait choisi à son arrivée dans la capitale. Elle fait la connaissance d’un gentilhomme officier aux Gardes, duquel elle a une fille. À la suite de cette naissance, l’officier lui alloue une rente annuelle de six mille livres, et, successivement, des cadeaux en bijoux et diamants pour plus de quarante mille livres.
Après quatre années de ménage à trois, l’officier meurt. En 1759, Marguerite Gourdan fonde, avec cette première fortune, un établissement de prostitution dans la rue Sainte-Anne. Installée avec un certain luxe, l’un de ses premiers clients est, en 1760, le chevalier Jean-Baptiste Dubarry.
Les pamphlétaires de la même époque prêtent à Marguerite Gourdan une influence décisive sur l’éducation de la jolie Jeanne Vaubernier, dit Lefeuve, surnommée « l’Ange », qui deviendra plus tard la comtesse du Barry, la plus renommée des maîtresses de Louis XV, mais ces assertions reprises par certains auteurs peu scrupuleux, comme les Goncourt, sont issues des pires ragots de la fin du XVIIIe siècle, commandes politiques des Choiseul à leur « créature », Pidansat de Mairobert, et n’ont pas de fondements sérieux. S’il est évidemment arrivé que Jean du Barry se rende dans les bordels comme beaucoup d’hommes, mariés ou non, la future comtesse, sa belle-sœur, était sous la protection de Jean Baptiste Buffault et de son épouse qui, à la tête d’une grande fortune[4], possèdent, entre autres, un magasin de mode de luxe réputé, « les traits galants », rue Saint-Honoré où la future comtesse du Barry gagne honnêtement sa vie. Mme du Barry a toujours conservé des liens très étroits avec la famille Buffault et il est impensable qu’elle ait été une des pensionnaires de l’établissement de la Gourdan.
Rêvant d’une maison plus importante que celle fondée rue Sainte-Anne, Marguerite Gourdan s’installe, au cours de l’année 1763, rue Comtesse-d’Artois[5], dans un immeuble appartenant alors au sieur Marion, marchand épicier. C’est le séjour prolongé dans cette rue qui vaut, sans aucun doute, à la proxénète le surnom de « Comtesse » ou de « Petite Comtesse ».
Au fur et à mesure que la situation des époux Gourdan s’améliore, la complaisance du mari se complique sans doute d’exigences qui deviennent une gêne pour Marguerite Gourdan, car elle résout subitement de s’affranchir du joug matrimonial. Ayant demandé et obtenu, le , la séparation de biens contre son mari, elle peut donner plein essor à son ambition.
Trois ans plus tard, le , un incendie détruit en partie le mobilier du salon de Marguerite Gourdan, qui demeure rue Comtesse-d’Artois jusqu’au début de l’année 1773, époque à laquelle elle a des démêlés avec la police et séjourne quelque temps à l’hôpital de Bicêtre, spécialement institué pour y soigner les personnes atteintes de maladies vénériennes (et notamment les prostituées). Elle y fait la connaissance d'une autre femme, connue pour sa beauté, son esprit et son libertinage : Justine Paris. Dès qu’elles se voient, une vive sympathie les réunit et elles pensent bientôt que, selon l’historiographe Lefeuve, leur « conformité de goûts et d’habitudes, peut être avantageusement utilisée pour leurs intérêts communs ». La retraite forcée où vivent ces femmes leur permet de méditer sur les inconvénients du métier qu’elles professent et d’envisager les moyens susceptibles d’y remédier. Elles forment ainsi le projet de fonder en association un établissement de prostitution unique en son genre, dont Justine Paris serait la « mère abbesse » et Marguerite Gourdan coadjutrice.