Maria Mouton
colon exécutée pour meurtre et adultère
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Maria Mouton, née vers 1690 à Middelbourg et exécutée le 1er septembre 1714 à la ville du Cap, est une colon agricultrice d'origine huguenote. Elle est mariée en 1706 à un ex-mercenaire lippien plus âgé surnommé schurfde Frans (en français : « Frans le rude »), Frans Jooste, avec qui elle tient une ferme esclavagiste à la frontière coloniale, dans les environs de la future Tulbagh. Mouton, malheureuse dans son ménage, prend pour amant Titus van Bengale, un homme détenu en esclavage par son mari. Le 3 janvier 1714, suite à une dispute conjugale, l'amoureux tire sur le maître. Fortuijn van Angola, un autre ouvrier agricole que Jooste asservissait, l'achève aussitôt. Malgré leurs tentatives de maquiller l'affaire, Mouton, van Bengale et van Angola sont dénoncés par leurs voisins et inquiétés par l'appareil pénal de la colonie du Cap. Maria Mouton avoue sous la torture et les juges la condamnent, pour adultère et pour meurtre, à la mort par lacet étrangleur.
Biographie
Marie Mouton – de son prénom francophone néerlandisé en Maria – naît vers 1690 à Middelbourg en Zélande. Son père Jacques est un réfugié huguenot de Steenwerck. Sa mère est Marie de Villiers, seconde épouse de Jacques Mouton. En 1699, il s'embarque avec Maria Mouton sur le Donkervliet, un indiaman, pour aller coloniser le Cap avec d'autres huguenots. Marie de Villiers-Mouton meurt après avoir donné naissance à une troisième fille, et Jacques se re-remarie en octobre 1700 au Cap avec Francina Bevernagie, une Flamande débarquée dans la colonie la même année. Ils partent habiter les terres appelées à l'époque par les Néerlandais Land van Waveren (af), connues au XXIe siècle comme la vallée de Tulbagh, habitées principalement par les San à l'arrivée de Maria Mouton[1]. Le gouvernement colonial envoie l'armée pour écraser la résistance autochtone[2].
En 1706, Maria Mouton, âgée de 16 ans, est mariée à Frans Jooste, un mercenaire et berger de plus de 20 ans son aîné, naturalisé burgher en 1699, qui vient de se séparer de son partenaire éleveur et d'obtenir un titre foncier. En 1709, Jooste possède 40 têtes de bétail bovin et 400 d'ovin, ainsi que 3000 pieds de vigne. Il détient aussi deux personnes en esclavage, jusqu'à quatre en 1712. Maria Mouton donne naissance à des fils en 1710 et 1712. Elle entame une relation secrète avec Titus van Bengale, un trentenaire esclavagisé par son mari[3].
Le 3 janvier 1714, une dispute éclate entre Frans Jooste et Maria Mouton[note 1]. Jooste chasse Mouton de la maison avec un bâton, et elle appelle van Bengale au secours. Celui-ci rentre, saisit un mousquet et tire sur Jooste. Jooste agrippe van Bengale, mais van Bengale l'immobilise par les cheveux et appelle à l'aide. Fortuijn van Angola, une autre victime de l'esclavagiste, accoure et l'achève par trois coups de soc à la nuque. Un voisin, Isaac Visagie, alerté par le coup de feu, s'approche. Mouton intime à van Bengale et van Angola de cacher le cadavre, et elle recouvre le sang avec du sable. Elle annonce au voisin que Jooste serait simplement parti quérir du bétail égaré, et qu'il doit être l'origine du coup de fusil. Visagie décide de partir à sa recherche. Pendant ce temps, les trois complices font traîner le corps de Jooste par un cheval jusqu'aux champs, et le dissimulent dans un terrier de porc-épic. Au retour de Visagie, Titus l'accompagne en battue jusqu'à minuit. Maria Mouton promet à Titus et Fortuijn de les affranchir en échange de leur silence[4].
Dans les mois suivants, le voisinage commence à soupçonner Maria Mouton d'être responsable de la disparition de Jooste. Un certain Jacques Theron, choqué que des hommes et des femmes esclavisées dans d'autres fermes se réunissent chez elle pour boire du vin, ébruite cette convivialité[5]. Maria, pour se dédouaner, suggère que Pieter van Madagascar, un droster qui avait été esclavagisé par Jooste, serait probablement responsable. Néanmoins, ledit Pieter est arrêté en avril 1714 et la police coloniale établit qu'il n'est probablement pas coupable dans l'affaire Jooste. En mai, Maria, Titus et Fortuijn sont arrêtés et escortés à la ville du Cap pour être interrogés. Leurs témoignages sont incohérents et ils sont à nouveau convoqués et amenés à la ville du Cap en juillet. De plus, les ossements de Frans Jooste, sortis du terrier par les animaux, sont retrouvés par les colons du voisinage. Nicolaas van den Heuvel, le landdrost (nl) de Stellenbosch, en charge de l'enquête, fait parler le fils aîné de Mouton, âgé de quatre ans, qui avoue avoir vu Titus tuer son père. Fort de ce témoignage oculaire, van den Heuvel ordonne le 13 août de torturer Maria et Titus. Après deux jours de supplices, Maria se confesse. Le 30 août, le tribunal la condamne à mourir le 1er septembre par strangulation au lacet sur la place publique. Avant l'étranglement, le bourreau lui tient de la paille enflammé sur le visage, une sentence appelée « blaker ». Sa dépouille est exposée sur les fourches patibulaires. Les juges néerlandais font aussi empaler vivant Titus le 1er septembre. Il meurt le 3, après 48 heures. Les autorités enjoignent d'exposer sa main droite et sa tête sur un poteau près de l'habitation Jooste, ainsi que la tête de Fortuijn, tué par supplice de la roue. Les restes de leurs deux cadavres sont exposés sur un chevalet. Quant à Pieter van Madagascar, les agents judiciaires le pendent le 15 septembre[6].
La juridiction pénale de la colonie du Cap confisque les terres colonisées au nom de Mouton et Jooste, les vend aux enchères le 1er décembre 1716 pour 1657 florins, et attribue aux fils de Maria Mouton 366 florins chacun, en lieu d'héritage[7].