Mariage consanguin
From Wikipedia, the free encyclopedia

- <1
- 1–4
- 5-9
- 10-19
- 20-29
- 30-39
- 40-49
- 50+
Un mariage consanguin est un mariage entre deux personnes présentant un degré élevé de consanguinité.
Le coefficient de consanguinité de la progéniture si les parents n'ont aucun ancêtre en commun est de 0 % ; de 0,8 % s'ils ont un arrière-grand-parent en commun ; de 3,125 % s'ils ont un grand-parent en commun ; de 6,25 % si les parents sont cousins germains (deux grands-parents en commun) ; de 12,5 % s'ils sont doubles cousins germains (quatre grands-parents en commun), ou demi frère - sœur (un seul parent commun), oncle/tante - neveu ou nièce ; et de 25 % si les parents sont pleins frères - sœurs (deux parents en commun), ou parent - descendant[3].
En médecine
La progéniture d'individus biologiquement apparentés est sujette aux effets possibles de la consanguinité, tels que les malformations congénitales. Les chances de tels troubles sont augmentées lorsque les parents biologiques sont plus étroitement liés. En effet, de tels appariements ont une probabilité de 25 % de produire des homozygotes, ce qui entraîne une progéniture avec deux allèles récessifs, qui peuvent produire des troubles lorsque ces allèles sont délétères. Selon une étude de 2013 sur 8109 patients, les maladies génétiques, la mortalité pré-natale et la mortinaissance sont significativement plus élevés chez les parents consanguins. Sur les personnes étudiées qui présentaient un trouble génétique, 54,4 % étaient issus d'unions consanguines, dont 31,4 % entre cousins germains[4]. La consanguinité est associée à un risque accru de malformations, de troubles cardiaques, d'hydrocéphalie, de surdité, de maladies oculaires et de vulnérabilité aux maladies infectieuses[5]. Cela peut avoir pour conséquence une sous adaptation aux changements environnementaux et entrainer la disparition de l'espèce. Ce phénomène est appelé dépression endogamique[6].
En sociologie
Les recherches sur la consanguinité montrent qu’elle varie fortement selon les contextes sociaux et économiques, et qu’elle ne produit pas uniquement des effets biologiques, elle façonne aussi les structures familiales, les stratégies d’alliance et la répartition du pouvoir. Malgré le tabou de l’inceste, les unions entre parents éloignés demeurent fréquentes, surtout dans les sociétés où les ressources héritables peuvent être monopolisées, car elles permettent de maintenir la richesse dans un cercle social restreint. Ces pratiques contribuent à la formation de dynamiques sociales durables : les familles privilégiées concentrent davantage de richesses, des réseaux se structurent autour d’alliances internes, et les inégalités s’ancrent dans le temps. L'endogamie, d'autant plus qu'elle est consanguine, crée des groupes familiaux plus coopératifs entre eux, mais aussi plus exclusifs envers l’extérieur ; alimentant une stratification persistante des positions économiques et sociales[7],[8]. Des monarchies gréco-égyptiennes de l'antiquité à la bourgeoisie du XIXe siècle, en passant par la noblesse de l’Ancien Régime, le mariage entre parents proches a été et demeure un levier d’accumulation des biens[9],[10].
Interdictions
Dans le monde

- Mariage autorisé entre cousins au 1er degré
- Autorisé avec restrictions ou exceptions
- Légalité dépendant de la religion ou de la culture
- Interdiction du mariage entre cousins au 1er degré
- Interdit avec exceptions
- Considéré comme un délit
- Données indisponibles
Les mariages consanguins sont en général interdits par la loi ou par la coutume quand le degré de parenté est trop étroit. Les règles de parenté déterminant la consanguinité d'un mariage varient d'un pays à l'autre.
Aux États-Unis, ce point de droit revient aux états fédérés. Le mariage entre cousins est interdit dans 32 états et autorisé dans 18[11]. Il existe de nombreuses variantes, comme d'autoriser le mariage uniquement en cas de stérilité. La Caroline du Nord interdit uniquement les mariages entre doubles cousins (si les parents des candidats au mariage forment deux duos frère-sœur)[12].
En Asie, le mariage entre cousins est interdit en Chine depuis 1981[13], aux Philippines en Corée du Nord et en Corée du Sud. En Inde, le mariage entre cousins est interdit et considéré comme de l'inceste dans 16 régions du nord du pays, ailleurs la loi peut s'appliquer différemment en fonction des religions.
En Belgique, le mariage entre cousins est légal sous réserve d'obtention d'une autorisation spéciale du Tribunal de la Famille.
En France
En France, avant la Révolution, le droit applicable était celui de l'Église.
De nos jours, le mariage est interdit si les deux personnes prétendant au mariage sont[14] :
- frère et sœur, même en cas d'adoption (la loi sur le mariage entre personnes de même sexe a précisé que le mariage entre frères ou entre sœurs est également interdit) ;
- ascendant et descendant (le lien de parenté est direct entre enfant et parent), même en cas d'adoption ;
- entre beaux-parents (parâtre, marâtre) et beau-fils ou belle-fille (ex. : une fille d'un premier mariage et le deuxième mari de sa mère). Cette interdiction peut être levée par le président de la République si la personne qui a créé l'alliance est décédée. Toutefois en pratique certains mariages ont pu être célébrés[15] ;
- oncle et nièce, oncle et neveu, neveu et tante ou nièce et tante (interdiction qui peut être levée par le président de la République).
Le droit français autorise cependant le mariage entre belle-sœur et beau-frère, entre cousins (peu importe le sexe), entre oncle et nièce adoptive et entre tante et neveu adoptif[16].
Droit canonique de l'Église catholique

Le Code de droit canonique de 1983 prohibe les mariages entre personnes parentes entre elles en ligne directe (père-fille ; mère-fils) ou en ligne collatérale jusqu'au quatrième degré inclus[17]. Ces mesures pourraient dater du VIe siècle[18]. Une dispense de l’évêque était nécessaire pour épouser son cousin[19]. Sachant que le nouveau Code de droit canonique suit, comme le droit civil français[20], le droit romain pour le mode de calcul de la consanguinité (en ligne collatérale, on compte toutes les personnes sauf la souche commune[21]), le quatrième degré en ligne collatérale correspond donc aux cousins germains.
Au VIIIe siècle, l'Église prohibe le mariage avec un parent au septième degré, les degrés étant alors comptés selon la " coutume germanique " comme le nombre de générations séparant les parents de leur ancêtre commun[22]; ce système, extrêmement restrictif, est en pratique compensé par une tolérance de fait au delà des premiers degrés[22]. À partir du synode de 1003, cependant, la discipline ecclésiastique se durcit : les unions entre proches parents sont explicitement proscrites, entraînant une profonde réorganisation des alliances nobiliaires et l’obligation pour les lignages de diversifier leurs choix matrimoniaux. Entre 1075 et 1215, cette politique produit des effets structurels mesurables. Les familles aristocratiques élargissent leur réseau d’alliances, augmentant d’environ 50 % l’interconnexion matrimoniale entre régions et lignages. La distance génétique entre époux s’accroît d’environ trois générations. Ce mouvement transforme la société féodale, en contraignant les nobles à éviter les unions trop proches, l’Église renforce son pouvoir, atténue les risques de conflits entre familles et limite la dépression génétique[23]. Un tournant décisif intervient en 1215 avec le quatrième concile de Latran, moment d’apogée du pouvoir pontifical sous Innocent III. Tout en renforçant son contrôle sur la chrétienté et en légiférant sur des sujets variés (saisine des biens des hérétiques, exclusion des minorités religieuses), le concile assouplit les règles de consanguinité. Il réduit le nombre de degrés prohibés et facilite les annulations, ouvrant la voie à des remariages plus avantageux politiquement. Cette révision rendit plus difficile l’accusation légale d’inceste et permit aux familles nobles de recomposer leurs stratégies matrimoniales. À la fin du Moyen Âge, ces évolutions aboutissent à un modèle où les alliances nobles fonctionnent, d'après l'économiste Tegan Truitt, comme des clubs d’entraide politique. L’endogamie sociale et la consanguinité biologique, sont des principes structurants les lignages, consolidant leurs positions, et permettent d'échanger des services et de préserver leurs patrimoines, dans un cadre négocié entre les impératifs ecclésiastiques et les intérêts dynastiques[23].
Le canon 1078 dispose toutefois qu'il n'y a jamais de dispense en ligne directe ou au second degré en ligne collatérale (frère et sœur[24]). Un mariage consanguin au troisième degré canonique (neveu ou nièce) ou au quatrième degré canonique (cousins germains) peut être conclu sous réserve d'une dispense émanant d'un évêque (cas assez exceptionnel).
Au-delà du quatrième degré (exemple : cinquième degré : neveux ou nièce à la mode de Bretagne, sixième degré : cousins issus de germain du parent), il n'y a plus de dispenses requises.

