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Marie-Anne Doublet

femme de lettres et peintre française From Wikipedia, the free encyclopedia

Marie-Anne Doublet, dite Doublet de Persan, née Legendre le à Paris où elle mourut le 16 , est une femme de lettres et salonnière française.

Décès
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ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonymes
Doublet de Persan, Mme DoubletVoir et modifier les données sur Wikidata
Faits en bref Naissance, Décès ...
Marie Anne Doublet
Marie-Anne Doublet et son frère, l’abbé Legendre par Carmontelle.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 93 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonymes
Doublet de Persan, Mme DoubletVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Enfant
??? Doublet (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Prononciation
Fermer

Biographie

Troisième enfant de Marguerite le Roux et de François Legendre, fermier général, Marie-Anne Legendre manifeste de bonne heure beaucoup de goût pour les belles-lettres et les arts : elle manie habilement le burin. Devenue, en 1698, l'épouse de Louis Doublet[a], seigneur de Breuilpont en Normandie, seigneur d'Auneau en 1719-22, intendant du commerce, secrétaire des commandements de Monsieur, frère de Louis XIV, puis du Régent, elle use de sa fortune pour satisfaire son goût des choses de l'esprit.

Sans parler des séjours dans son château de Breuilpont, souvent célébré en prose et en vers par ses hôtes, elle se déplace chez le peintre Coypel où elle rencontre Caylus, Fréret, Helvétius, Marivaux. Elle est aussi du souper dit « des quinze livres », qui couronne ces réunions, souper périodique dont le prix ne change pas.

« Paroisse Doublet » et « nouvelles à la main »

Camille Falconet dessiné par Marie Anne Doublet, gravé par Anne Claude Philippe de Caylus.

Madame Doublet réunit, tous les samedis, dans son salon, connu sous le nom de « Paroisse » (un appartement dépendant du couvent parisien des Filles de Sainte-Thérèse)[1] une société choisie bien que fort mélangée de personnalités marquantes dans les sciences, les arts et les lettres. On y trouve, outre son frère l'abbé Legendre, Dortous de Mairan, La Curne Sainte-Palaye, Piron, Mirabaud, l'abbé de Voisenon, Falconet, Foncemagne, le comte d'Argental, l'abbé Chauvelin, l'abbé Xaupi, etc.[2] Chacun des admis a sa place marquée et son portrait au-dessus du fauteuil qu’il occupe.

Le salon de Marie-Anne Doublet est connu comme « le réseau de nouvellistes à la main le plus célèbre du XVIIIe siècle[1] » : on y met en commun des informations collectées dans la journée qui sont redistribuées sous forme de « nouvelles à la main ». Deux registres sont posés sur deux pupitres : sur l'un, on inscrit les nouvelles douteuses, sur l'autre les nouvelles vraies. Chacun, en arrivant, lit la feuille du jour, et l'augmente de ce qu'il sait de sûr des faits de la politique et des lettres, dévoile les anecdotes du théâtre, de la cour et de la ville. Après chaque récit, l'assemblée délibère et décide de l'inscription sur l'un ou sur l'autre registre. Les valets copient ensuite les bulletins, et s'en font un revenu en les distribuant au public. L'ami intime de la maîtresse de la maison, de 16 ans son cadet[2], Louis Petit de Bachaumont, préside aux discussions académiques qui occupent une partie de la soirée, puis aux soupers par lesquels elles se terminent[2].

Deux fois par semaine, Bachaumont fait un journal des extraits de ces registres, et le répand dans le public sous forme de nouvelles à la main, manuscrites. La diffusion de ces textes se développe toujours davantage à partir des années 1760, à une échelle toujours plus large, bien au-delà de Paris « chez les plus éminents représentants de la noblesse provinciale, mais également à l'étranger, et notamment en Allemagne et aux Pays-Bas par l'intermédiaire d'Antoine-Joseph Aubry de Julie[1] ». Leur succès est si grand qu'on demande, pour s'assurer de l'authenticité d'un récit : « Cela sort-il de chez Mme Doublet ? » Voltaire, pour désavouer la paternité d'une pièce de vers scandaleuse imprimée sous son nom, ne trouve ainsi pas de publicité meilleure que celle des registres de la Paroisse ; il écrit au comte d'Argental : « Protestez donc, je vous en prie, dans le grand livre de Mme Doublet, contre les impertinens qui m'attribuent ces impertinences ».

Ces bulletins, qui doivent nécessairement prendre le ton de la société du temps, constituent un résumé de tout ce qui se dit dans le monde. On y trouve l'analyse des pièces de théâtre, le compte rendu des assemblées littéraires et des procès célèbres ; la notice des livres nouveaux, et en particulier des livres clandestins et prohibés, auxquels la saveur du fruit défendu donne plus de piquant et de relief ; des pièces rares ou inédites, en vers et en prose, dont beaucoup n'ont pu être imprimées sans risque, les chansons et vaudevilles satiriques, les anecdotes et les bons mots, que l'on est d'autant plus attentif à recueillir qu'ils sont plus méchants ; enfin les aventures de société, les faits et gestes de la cour, bien souvent embellis par la médisance.

Ce salon, qui a duré pas moins de 40 ans, dont la plupart des membres sympathisent avec la cause janséniste, a gardé ses distances avec le parti philosophique. L'intensification de la persécution contre les jansénistes vers le milieu du siècle amène les « paroissiens » à être nettement hostiles aux Jésuites et à prendre une position politique anti-absolutiste forte et cohérente et à soutenir le Parlement de Paris dans son opposition à la politique religieuse du pouvoir et à la réforme Maupeou de 1771-1774[2],[1].

C'est dans ces nouvelles à la main, qui ont tant d'importance jusqu'à la Révolution, que Pidansat de Mairobert qui, par ailleurs, se dit, sans que l'on ne sache ce qu'il est[b], le fils et de Madame Doublet et de Bachaumont[4],[2], puis Barthélémy-François Moufle d'Argenville[c], puisent pour constituer les 36 volumes des célèbres Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la république des lettres en France (Paris, 1771, vol. 6, in-12) publiés entre 1777 et 1789, Mémoires secrets « qui s'affirmèrent sans tarder comme l'un des plus grands succès de la littérature clandestine européenne[1] ».

Le gouvernement s'alarme de cette vogue. Il favorise des essais de journaux revus et approuvés par l'autorité. Mais le public s'obstine à préférer les nouvelles vierges du contrôle officiel. Comprenant son impuissance, le lieutenant de police, d'abord, puis le duc de Choiseul, propre petit-neveu par alliance de Marie-Anne Doublet[d], recourent aux menaces : ce dernier allant jusqu'à montrer à sa tante la perspective d'un couvent, si elle ne cesse pas la distribution de ses bulletins. Les nouvelles à la main de circuler de plus belle, on prit le domestique de la Paroisse, « un grand et gros domestique, visage plein, perruque ronde, habit brun, qui, tous les matins, va recueillir dans les maisons, de la part de sa maîtresse, ce qu'il y a de neuf[4] ». Dénoncé par Charles de Mouhy, chargé par la police de surveiller les Paroissiens, l'infortuné serviteur, qui sert de secrétaire dans les réunions quotidiennes, est conduit et enfermé au For-l'Évêque. On en conclut que les nouvelles à la main sont… l'œuvre du domestique de Marie-Anne Doublet[4].

Marie-Anne Doublet est morte sourde et nonagénaire, privée d'une partie de ses facultés intellectuelles. Son compagnon, Bachaumont, est parti le premier, le 28 avril, à l'âge de quatre-vingt-un ans. Pour épargner à sa compagne le chagrin de sa perte, comme elle s'étonnait de ne pas le voir paraître dans l'appartement où, affligée de surdité, elle vivait retirée, on lui dit qu'il était allé prendre les eaux. Elle s'est amèrement plainte de ce qu'il n'était pas venu lui faire ses adieux et, quinze jours après elle partait à son tour, laissant la réputation d'une maîtresse de maison dont la bonne tenue constituait tout l'esprit. Jusque-là, elle a vécu éloignée de l'Église, mais à la fin, un jésuite très éloquent ayant été introduit près d'elle qui, profitant de l'affaiblissement de ses facultés, a fait entendre raison à la pauvre sourde et serait parvenu à convertir la vieille philosophe, qui a montré autant d'originalité in extremis que son compagnon : elle a consenti à se laisser administrer, mais à condition que le curé l'embrassât[5], avant de le gourmander d'avoir dérangé son rouge[3]:239.

Galerie

Notes et références

Voir aussi

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